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Cartographie au laser : des dizaines de milliers de ruines mayas découvertes au Guatemala

Publié le

par Thibault Prévost

En scannant la jungle guatémaltèque grâce à un nouveau type de radar, des chercheurs ont découvert des dizaines de milliers de bâtiments mayas.

L’archéologie est en train de vivre une petite révolution technologique. Alors que les cinq sens humains sont, depuis toujours, au cœur du travail d’archéologue – qu’il s’agisse de lire des cartes anciennes, se repérer dans la jungle ou repérer, à l’œil nu, des traces de vestiges engloutis sous les bois –, ceux-ci sont en train d’être supplantés par un sixième sens artificiel : la cartographie au laser.

Jeudi 1er février, une équipe de chercheurs internationaux a annoncé la découverte, phénoménale, de tout un pan de la civilisation maya, perdu au cœur de la jungle guatémaltèque et repéré grâce à une nouvelle technologie de repérage, le LiDAR. De quoi repenser les méthodologies d’exploration, nourrir les excitations de toute la communauté archéologique mesoaméricaine et redéfinir les contours de la civilisation maya, bien plus importante que ce que l’on imaginait jusqu’alors.

  • Qu’a-t-on découvert exactement ?

À en croire les déclarations des responsables de la Fundacion PACUNAM (Patrimonio Cultural y Natural Maya), qui gère la préservation de l’héritage culturel du Guatemala, l’équipe de recherche (composée d’archéologues américains, européens et guatémaltèques) aurait découvert tout un pan de la civilisation maya dans la région du Petén, à la frontière avec le Belize, dans une zone couvrant 2 000 kilomètres carrés.

Au total, ce sont plus de 60 000 structures qui ont été identifiées, dont bon nombre de maisons, quatre pyramides, des centres de cérémonies, des canaux d’irrigation, des structures de palais, des tours de garde, des murs de défense, des voies de circulation et d’énormes zones agricoles dissimulées sous la jungle qui sont apparues, obligeant les archéologues à repenser entièrement l’échelle de la population maya.

Tikal, Guatemala. (© Wikimedia Commons/CC)

Jusqu’alors estimée à quelques millions de personnes, la civilisation précolombienne, qui domina une partie de l’Amérique centrale de 2 500 ans avant à 1 500 ans après Jésus-Christ, était en réalité bien plus importante. À l’aune de cette découverte, et notamment des immenses terrains agricoles, des larges chaussées surélevées ou du complexe système d’irrigation, les archéologues estiment aujourd’hui qu’elle regroupait environ 10 millions de personnes, tout en exerçant une influence considérable sur son environnement — dans certaines zones, expliquent les chercheurs, près de 95 % de la surface disponible était cultivée.

Enfin, contrairement à l’hypothèse jusqu’ici admise, la civilisation maya semble avoir été bien plus militarisée que ce que l’on pensait : outre un mur de défense de 14 kilomètres et plusieurs tours de garde, les recherches ont révélé une sorte de citadelle, perchée en haut d’une colline et entourée de douves et de remparts — en d’autres mots, une forteresse. Enfin, une structure d’apparence naturelle, placée à équidistance des pyramides, pourrait bien être un tombeau royal inédit. En d’autres termes, il reste tout à découvrir.

  • Au fait, c’est quoi le LiDAR ?

Autre volet de la découverte, presque aussi important que les résultats eux-mêmes : la méthodologie utilisée, qui préfigure l’avenir de l’archéologie numérique. Aucune de ces ruines n’a été découverte par exploration humaine. Pour parvenir à ces conclusions explosives, les chercheurs ont simplement analysé les données produites par des explorations successives menées en 2016 par des drones équipés d’appareils LiDAR.

Qu’est-ce que le LiDAR ? L’acronyme de "light detection and ranging", ou la détection et la télémetrie par ondes lumineuses. Monté sur un drone, donc, l’appareil agit comme un radar ou un sonar, à la différence qu’il émet des lasers quand les deux autres émettent respectivement des ondes radio et acoustiques. Les lasers rayonnent dans le spectre infrarouge, visible et ultraviolet, rebondissent sur le sol et sont captés par le drone, ce qui permet de dresser une carte topographique de la zone visée — c’est ce qu’on appelle la cartographie "photogrammétrique".

Contrairement aux autres techniques, le LiDAR permet aux scientifiques de "supprimer" la couche de végétation dense pour générer des modèles 3D de la surface du sol nu, là où les constructions de l’homme apparaissent nettement. La technique, non-invasive et moins coûteuse que d’envoyer des équipes explorer ces régions hostiles, est de plus en plus plébiscitée par les archéologues, qui peuvent ainsi couvrir de grands territoires sans prendre le risque de passer à côté des ruines, tellement dissimulées par la végétation qu’elles sont impossibles à reconnaître à l’œil nu. Malgré des décennies de fouilles, aucun explorateur n’avait encore réussi à mettre à jour ces sites — à l’inverse des pilleurs, dont les trous sont visibles sur les relevés. Et les résultats sont spectaculaires.

"LiDAR est en train de révolutionner l’archéologie de la même manière que le télescope spatial Hubble a révolutionné l’astronomie", explique Francisco Estrada-Belli, de l’université de Tulan, au National Geographic. "Plus d’une centaine d’années nous seront nécessaires pour traiter et analyser toutes les données recueillies dans cette région et comprendre véritablement ce que nous voyons." Dans les trois prochaines années, l’initiative PACUNAM LIDAR cartographiera plus de 14 000 mètres carrés des régions méridionales du Guatemala, pour le projet de cartographie le plus ambitieux jamais mené à l’aide de ces appareils. Le début d’une nouvelle ère, et la promesse de nombreuses autres découvertes.

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