Le directeur artistique du New York Times est un collectionneur compulsif de chaussettes

Richard Aloisio est un personnage haut, très haut en couleur. Ce très loufoque directeur artistique du New York Times publie régulièrement sur son Instagram des photos de son look en prenant de drôles de poses !


Obsessionnel, il y partage son amour des chaussettes qu'il collectionne très activement mais il partage aussi son excitation pour les chemises hawaïennes, sa passion des montres, ses envies de sacs en lucite, etc. Celui-ci parle d'ailleurs ouvertement de son trouble obsessionnel compulsif : "Si je vois quelque chose que j'aime, il m'en faut plus."

Ayant toujours été fasciné par cette espèce en voix de disparition : les hommes d'un certain âge aux chaussettes fantaisies, j'ai été à la rencontre de Ricky, ce fou de couleurs, l'un des seuls personnages qui vous dira avec humour et aplomb : "Je n'aime pas le beige, avez-vous vu ce magasin, Muji ? Ça doit être le mot japonais pour dire 'quelconque!'" Comment ne pas être fan ?

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Ricky, entre Dapper et Dandy

[En anglais, on différencie le terme "Dapper" du terme "Dandy" lorsqu'on parle de mode masculine. Ces deux sous-cultures de style sont un peu différentes. Ricky utilise beaucoup de hashtag #dapper sur Instagram. J'ai voulu savoir où se situait Ricky dans le spectre.]

"Si je dois me décrire, je dirais que je suis un 'dapperman', un élégant gentleman en couleurs. Mon sentiment, c'est qu'un dapper peut être habillé de façon élégante ou coloré, tout ce qui montre que tu as pensé à ta tenue et qui n'est pas juste un costume noir. Il doit avoir un fort sens de l'élégance."

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"Pour moi, un dandy porte sans doute plus de chapeaux et d'accessoires. J'adore ce look aussi. Ceci dit, il y a un livre qui sort dans un mois qui s'appelle We are Dandy, de Nathaniel Adams et Rose Callahan, avec quelques photos de moi dedans. Donc j'imagine qu'il y a une touche de dandy en moi..."

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Six costumes favoris

Je dirais que j'en ai cinq ou six préférés. Les voici :

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De l'étudiant en design à la direction artistique du New York Times

"Je prends toutes mes photos Instagram tout seul au bureau avec une télécommande. Je suis un des dix directeurs artistiques du New York Times, chacun de nous dirige une section spécifique du journal. Je suis responsable de la section "Week-end" du vendredi ainsi que de la section "Art au quotidien". Je suis né à Brooklyn à New York et j'ai été au Pratt Institute pour apprendre le design, j'ai bossé ensuite pour un certain nombres de magazines glossy avant de me poser au New York Times."

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Des chaussettes par centaines

"J'ai commencé à m'intéresser aux chaussettes de couleurs il y a longtemps pour mettre un peu de fun dans mes tenues, pour essayer de casser la monotone routine des chaussettes noires. C'était un point d'entrée facile dans le monde des vêtements colorés. À partir de là, j'ai un peu pété un câble et j'ai commencé à ajouter couleurs et élégance dans tous les aspects de ma garde-robe. J'aime particulièrement les chaussettes de chez Duchamp et Bugatchi, ainsi que les Happy Socks et Gene Meyer."
"J'ai des centaines et des centaines de paires, j'ai peur de les compter. Elles ne rentrent plus dans un seul tiroir depuis longtemps. Je pense que j'ai au moins 60 paires qui sont toutes neuves et qui attendent de faire leur 'début', mais ça n'est pas ça qui m'empêche de continuer à en acheter. Pour les conserver, je lave toutes mes chaussettes à la main, dedans et dehors, dans de l'eau froide !"
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"Voici cinq de mes dix corbeilles remplies de chaussettes, j'ai aussi quatre tiroirs en plus remplis de chaussettes."

"Je n'achète pas mes chaussettes et mes cravates ensemble. Je n'achète d'ailleurs jamais rien qui va ensemble. Ma philosophie a toujours été de me dire que ce que j'achète ira avec quelque chose que j'ai déjà ou ira avec quelque chose que j'aurai dans le futur. Vu que je suis ma propre esthétique, c'est mon œil qui est attiré par quelque chose et je suis toujours attiré par les couleurs et le style, c'est pour ça qu'on dirait que j'ai acheté les choses ensemble, alors qu'en fait, je peux avoir acheté une cravate il y a 4 ans, qui va parfaitement avec un costume ou une chemise que j'ai achetés hier !"

"Quand j'aime quelque chose, je ne peux pas en avoir un seul"

"Ma collection de chemises Aloha a explosé après un voyage à Hawaï. Je suis tombé amoureux des couleurs et du design. Après huit voyages dans les îles hawaïennes, j'ai accumulé plus de 140 chemises. Je les aime toutes, mais cet été j'ai décidé de faire un break et de ne pas les porter afin d'essayer de maintenir un style plus "dapper" avec une chemise et une cravate, même si je dois avouer que c'est affreusement difficile pendant les étés chauds et humides de New York."
"Ma collection de sacs à main en lucite a aussi commencé par hasard, comme toutes mes collections. Je ne connaissais rien à ces sacs, jusqu'au jour où je suis passé devant un magasin à Soho qui ne vendait rien d'autre que des sacs en lucite vintage. Encore une fois je suis tombé amoureux des couleurs et des designs si imaginatifs et il m'en fallait absolument un. Tous ceux qui me connaissent savent que lorsque j'aime quelque chose, je ne peux pas en avoir qu'un seul. La collection a explosé et après quelques années, me voici avec trente-cinq sacs. Je ne les porte pas, il sont à admirer posés sur mes étagères en verre."
"J'ai commencé à collectionner les montres quand j'étais ado dans les années 1980. Mon père m'en a donné une qu'il avait lui-même reçu pendant son enfance, ce qui a créé une véritable fascination chez moi pour les montres vintage. Elles sont si élégantes et belles. J'aime le style des années 1930 et 1940, ce style est très attirant pour moi, mais elles sont très petites sur le poignet comparées aux montres modernes. Donc j'ai commencé à évoluer du vintage aux montres modernes. J'ai commencé à collectionner des montres de luxe de Franck Muller et de Jaeger-LeCoultre, parmi d'autres. Je les trouve exquises et je porte une montre différente avec chacune de mes tenues. J'ai arrêté de collectionner les montres une fois que j'ai atteint le nombre de 65, j'en ai vendu à des amis et des collègues. Il m'en reste 45."
"Un jour, je me promenais et je suis tombé sur ce magasin qui ne vendait presque que des pots à cookies. Le magasin faisait faillite et vendait presque tout en réduction. J'ai acheté 40 pots lors de ma première visite... J'y suis retourné plusieurs fois jusqu'à ce que le magasin ferme. J'ai environ 300 à 350 pots à cookies ! Ils ne sont pas tous dans mon appartement, ils prennent trop de place."
"Je ne sais pas quelle sera ma prochaine obsession, ça arrive par chance !"
"Il y a une citation que j'aime bien, que j'ai créé il y a des années, qui résume bien ma philosophie :
'Si ca vaut le coup alors ça vaut le coup d'en abuser.' ('If it's worth doing, it's worth overdoing.')"

Idoles de style et inspirations

"Deux hommes me viennent à l'esprit. Domenico Spano, qui a fait mes 4 premiers costumes sur-mesure. Il se fait appeler Mimmo et c'est un des hommes les plus élégants que vous pouvez rencontrer. Son sens du style et de la couleur n'est jamais égalé. Il crée des costumes magnifiques de style année 1940 qui sont tout simplement spectaculaires. Bien sûr, nous nous sommes rencontrés par accident. C'est grâce à lui qu'a commencé l'explosion de costumes dans ma garde-robe !"
"L'autre personne est Dr Andre Churchwell, un 'dapper man' incroyable qui est l'incarnation du mot 'classe'."

"Si je pouvais, je vivrais probablement dans une affiche psychédélique des années 1960, ça me rendrait très heureux. Je repeindrais le monde comme un poster tourbillonnant d'un concert de Jimi Hendrix. Si je pouvais vivre dans un film, ça serait Amélie Poulain."

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Une maman au look trop stylé

"J'ai probablement hérité du sens du style de ma mère et de mon père à travers l'osmose de leurs gènes. Ma mère habillait bien ses 3 enfants. Nous n'avions pas beaucoup d'argent mais elle nous habillait bien et proprement."

L'homme moderne, ce flemmard du look

"La façon dont s'habille la plupart des hommes aujourd'hui est clairement horrible ! Basé sur ce que je vois la journée et la nuit, au bureau et dans la rue, je dirais que c'est un look négligé, débraillé et sale qui dit 'je m'en fous de ce à quoi je ressemble'."
"L'homme pense que s'habiller est une perte de temps, lorsque c'est en fait une forme d'armure qui te permet de traverser la journée en te donnant en même temps une bonne estime de toi. Ce n'est pas une chose frivole ! Je vois des couples de 'date' marcher dans la rue le soir, la femme est bien habillée et l'homme porte son jean sale."
"Bien sûr ce n'est que mon opinion et beaucoup ne seraient pas d'accord avec moi. Je dois avouer que je suis plus à l'aise dans un costume avec une cravate que quand je suis habillé de façon casual. C'est vraiment dur pour moi de m'habiller casual."

Par Dora Moutot, publié le 09/11/2016

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