Sauver la Grèce en achetant des salades olives feta, le projet fou d'un Anglais

Un Britannique a lancé un projet de crowdfunding à l'objectif titanesque : 1,6 milliard d'euros, soit de quoi éponger la dette que la Grèce doit au FMI. Coup d'œil sur cette initiative ambitieuse – et très sérieuse.

Si ce crowdfunding réussit, la Grèce serait non seulement solvable aux yeux du FMI – mais plus important encore, contre 6€, vous obtiendrez une salade feta olives (Crédits image : Meal Makeover Moms/Flickr)

Si ce crowdfunding réussit, la Grèce serait non seulement solvable aux yeux du FMI – mais plus important encore, contre 6€, vous obtiendrez une salade feta olives (Crédits image : Meal Makeover Moms/Flickr)

Comme jamais, en ce début d'été torride, la Grèce joue son destin dans l'Union européenne. Entre 2009 et 2015, elle est passée par huit plans d'austérité aux montants divers, quatre gouvernements (de la coalition de droite à la gauche radicale), sans pour autant parvenir à rembourser sa dette colossale. Dimanche, les Grecs seront appelés aux urnes pour savoir s'ils acceptent ou non les mesures imposées par leurs créanciers... auquel le premier ministre Alexis Tsipras a appelé à voter non.

Publicité

Bref, si la situation semble dans l'impasse pour le pays, certains continuent à espérer, qu'ils soient citoyens hellènes ou non. Thom Feeney est de ceux-là : citoyen britannique, il est à l'opposé total d'un cliché tenace – celui du sujet de la couronne d'Angleterre anti-Européen jusqu'aux entrailles. Non seulement il veut sauver la Grèce grâce à un projet de crowdfunding, mais en plus il vous propose en échange un plat excellent pour la santé :

J'ai décidé de résoudre la crise grecque grâce au crowdfunding. Tout ce dont j'ai besoin, c'est que chaque citoyen de l'UE achète une salade olives feta.

Publicité

Pourtant Thom Feeney ne travaille pas dans l'industrie agro-alimentaire : il a 29 ans, habite Londres et travaille dans une boutique de chaussures. Le 28 juin, il a tout simplement lancé une campagne de crowdfunding sur la plateforme Indiegogo avec un but pas banal : rembourser la dette que la Grèce doit au FMI, soit 1,6 milliard d'euros. Selon l'apprenti justicier, ce n'est pas très compliqué :

Publicité

L'Union européenne est le foyer de 503 millions de personnes. Si nous donnons juste quelques euros, alors nous pouvons sauver la Grèce et peut-être la remettre vite sur les rails. C'est facile.

"Les Européens sont plutôt généreux"

Voilà comment Fenney se retrouve à proposer une carte postale du Premier ministre grec Alexis Tsipras contre la somme de trois euros, ou encore une salade olives feta contre celle de six euros. Car si 500 millions d'Européens donnaient trois euros à son projet, il empocherait 1,5 milliard d'euros, soit quasiment le montant de la somme à rembourser.

Il a bon espoir : après tout, trois euros, "c'est à peu près le prix d'un demi à Londres", commente-t-il. D'ailleurs, selon lui, "les Européens sont plutôt généreux en règle générale, sans doute Mme Merkel et M. Cameron sont-ils des exceptions". Au passage, il assure que tous les profits "iront directement au peuple de Grèce" et que tous les produits "sont bien 100% grecs".

Publicité

C'est tout de même plus digne que de lancer un crowdfunding pour financer ses vacances en Croatie, non ? (Capture d'écran Indiegogo)

C'est peut-être ambitieux, mais c'est tout de même plus digne que de lancer un crowdfunding pour financer vos vacances en Croatie, non ? (Capture d'écran Indiegogo)

En quête d'1,6 milliard d'euros sur Indiegogo, chargé d'envoyer des millions de salades, de cartes postales et autres denrées (Ouzo, vin, panier garni...) par la poste, Thom Feeney est-il un fou, un mythomane, un rêveur, un opportuniste ou bien un humaniste ?

Laissons-le nous répondre lui-même :

J'en avais simplement assez de voir le sujet de la crise grecque tourner en rond indéfiniment. Tandis que les politiciens tergiversent, des personnes réelles s'en trouvent affectées concrètement. Et lors de leurs gesticulations, les politiciens finissent par l'oublier. Alors j'ai juste pensé, "tant pis, j'essaye..."

Pour sauver la Grèce, #crowdfundgreece

Europhile convaincu, il emploie l'expression "nos cousins grecs" mais se défend d'être d'une manière ou d'une autre impliqué dans la politique du pays. Cependant, en jetant un rapide coup d'œil à son compte Twitter personnel, on s'aperçoit bien vite que chez lui, Feeney roule clairement pour le Labour, le parti travailliste britannique (centre gauche) – lourdement battu lors des élections générales du 7 mai 2015.

Pourtant, seulement armé de son compte dédié Greek Bailout Fund ainsi que du hashtag #crowdfundgreece, Feeney affirme n'être animé que de philanthropie dans son projet : "Je vois davantage la campagne comme une façon d'aider les Grecs que de m'impliquer dans la politique".

D'ailleurs, il ne cherche pas à en faire trop :

J'ai mis assez d'argent pour avoir une bouteille d'Ouzo, ce qui m'a coûté 10€. Si 1 Européen sur 3 faisait la même chose, on atteindrait notre but !

A l'heure où nous écrivons ces lignes, le projet a déjà récolté plus de 142 000 €. Soit une goutte d'eau dans l'océan d'1,6 milliard d'euros qu'il faut atteindre. Pourtant, le projet intrigue et suscite le relai : il a été partagé plus de 23 000 fois sur Facebook et plus de 6 400 fois sur Twitter. Il lui reste 7 jours pour accomplir son objectif.

Un antécédent français

En 2012, une campagne de crowdfunding voyait déjà le jour pour aider la Grèce. Fin mars déjà, un groupe d'intellectuels français lançait "De peuple à peuple", un projet sur KissKissBankBank qui proposait de réunir 300 000 €. Si on est bien loin des milliards d'euros que coûterait le coup d'éponge final sur la dette grecque, c'est que ce projet devait aider en priorité l'association Solidarity4All "qui facilite l'accès à la nourriture, à l'éducation et à la santé des plus démunis", selon l'Obs.

Le projet a capoté, ne remplissant que 39% de ses objectifs... Pourtant, c'est déjà près de 120 000 € de promesses de don que récoltait cette modeste initiative à destination du peuple de Grèce. On souhaite que les dieux de l'Olympe accordent davantage de réussite au projet de Thom Fenney.

Par Théo Chapuis, publié le 30/06/2015

Copié

Pour vous :