Et si la résurrection de Detroit passait par la nuit berlinoise ?

Selon un article du Wall Street Journal, le parrain de la nuit berlinoise – Dimitri Hegemann – serait en passe d'ouvrir un club à Detroit. Et son investissement dans le futur de Motor City ne s'arrêterait pas là. 

DétroitL'intérieur de Fisher Body 21, le bâtiment qu'aurait choisi Dimitri Hegelman pour y installer son nouveau club à Berlin - Crédit Image Farzin Montazersadgh

L'intérieur de Fisher Body 21, le bâtiment où Dimitri Hegemann voudrait installer son nouveau club à Detroit (crédit image : Farzin Montazersadgh)

En 1987, alors que le mur de Berlin n'était pas tombé et que la capitale allemande ne rayonnait pas encore sur la scène techno mondiale, le jeune Dimitri Hegemann a fait un voyage aux États-Unis. Le futur patron du Tresor Club – une institution de la nuit berlinoise installée dans le coffre d'une ancienne banque depuis son ouverture en 1991 –, âgé à l'époque de 33 ans, tombe sur une démo d'un groupe de Detroit au son industriel et rugueux.

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Le jeune homme suit alors la trace de la techno de Motor City. Il découvre, comme il le raconte au Wall Street Journal, qu'une grande partie "des gens de Detroit ont quelqu'un dans leur entourage qui a travaillé dans une usine" et tombe amoureux d'une musique qui sera plus tard – de son propre aveu – "la bande-son de la réunification".

De retour en terre teutonne, Dimitri Hegemann se bat pour cette scène. Au sein du festival Berlin Atonal, qu'il a organisé de 1982 à 1990 dans le club punk SO36. Au Tresor, l'un des derniers bastions de la techno originel du "hub" berlinois. Dans son label enfin, dont la première sortie est l'album X 101 de UR.

Dimitri Hegemann, iconique patron du Tresor Club de Berlin - Crédit Image Marie Staggat

Dimitri Hegemann, iconique patron du Tresor Club de Berlin - Crédit Image Marie Staggat

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Outre la musique, c'est une histoire de ville que le natif de Werl (non loin de Düsseldorf) raconte dans les colonnes du magazine financier américain. Berlin, ville industrielle aux nombreux espaces vides, a réussi sa reconversion en remplissant ses friches de lumières stroboscopiques et de caissons de basses. Grâce à la techno (en partie), elle est devenue un centre artistique, touristique (170 millions de chiffres d'affaires selon une étude de 2005) et industriel (les entreprises Ableton, Native Instrument, et Soundcloud y sont installés). Et Berlin, ville phare du clubbing en Europe, est finalement prête à se mettre au service de sa "mère spirituelle" : Detroit.

Rendre à Detroit ce qui est à Detroit

Ainsi à l'initiative du patriarche de la techno berlinoise, d'un réseau d'entrepreneurs et d'hommes politiques, la ville à l'ours entend bien exporter son savoir sur les bords du lac Michigan et donner à Detroit une cure de jouvence.

La conférence Berlin-Detroit Connection, organisée par Hegemann en mai dernier, avait ainsi pour but de faire se rencontrer des berlinois et des acteurs culturels locaux. Tous (ou presque) ont fait le vœu que l'évènement soit la première pierre d'une longue collaboration transatlantique pour rendre à la ville son faste d'antan. Et les idées ne manquent pas.

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Interrogée par le Wall Street Journal, Katja Lucker – directrice du Berlin Music Board, agence gouvernementale dont le but est de promouvoir la scène locale – dit travailler à un projet de résidence pour des artistes allemands à Detroit ; une initiative louée par les autorités américaines.

Contactée par le quotidien américain, Cornelius Harris – manager de UR – reste quant à lui sur ses gardes : "Les gens à Detroit aimeraient se poser les questions que les berlinois se posent. Il n'y pas de comparaison possible entre ces deux villes". 

Un commentaire qui fait écho au ton général de l'article du Wall Street Journal. Intitulé "Là où Detroit voit une usine désaffectée, Berlin voit un club techno", celui-ci insiste sur la difficulté à faire coexister la vision parfois "trop romantique" qu'ont les berlinois de la ville, et les véritables enjeux de cette revitalisation pourtant en passe de se concrétiser.

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"Fisher 21 est mon premier amour"

Fisher 21 est une ancienne usine construite en 1919 et abandonnée depuis le début des années 1990. Depuis 15 ans qu'il visite Motor City, Dimitri Hegemann n'a jamais manqué un rendez-vous avec cette bâtisse. "Je viens souvent prendre de ses nouvelles, c'est mon premier amour", confie-t-il  au Wall Street Journal

Fisher 21, le rêve de Dimitri Engelmann - Crédit Image

Fisher 21, le rêve de Dimitri Hegemann - Crédit Image

Haute de six étages, couverte de graffiti, la friche représente une surface de près de 50 000m². Une vieille dame du paysage industrielle de Detroit que le patron du Tresor se verrait bien épouser. "Ce bâtiment a une aura spécial... J'ai vraiment des plans pour lui".

Sur Piquette Avenue, Hegemann imagine un complexe à l'esprit très berlinois : des restaurants, un festival d'art, des espaces de coworking ainsi qu'un club, bien sûr. Un projet assez proche de celui qu'a proposé l'homme pour Kraftwerk Berlin – ancienne centrale électrique reconvertie depuis 2007 en lieu d'art tout-terrain où son Tresor Club a réouvert.

Si l'on connaît de longue date l'attrait de Hegemann pour Detroit, le projet semble plus que jamais en marche. L'homme s'est entouré d'une véritable équipe : une fondation spécialisée dans la réhabilitation d'espaces laissés à l'abandon, des promoteurs, des architectes ainsi que le journaliste local Walter Wasacz. Une initiative plutôt bien accueillie jusque là par les médias locaux (lire notre article en bas de page).

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Aucun calendrier n'est pour l'instant annoncé. Fact Magazine rappelle qu'à Motor City si l'endettement est maximal, la musique continue de faire recette. On estime à un milliard de dollars le poids économique de la techno locale. Le projet pourrait permettre de convertir cette manne financière en emplois.

A lire également -> Les DJs de Detroit sont des survivants

Par Tomas Statius, publié le 17/10/2014

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