Des scientifiques ont mesuré la vitesse de la mort

Spoil : elle se déplace encore moins vite qu’un TER Intercités.

Cellules durant une apoptose / Dr Jeremy Skepper / Wellcome Collection

Au quotidien, certaines de nos cellules se suicident. Cela s’appelle l’apoptose et le phénomène est connu depuis le début des années 1970. En temps normal, rien de bien dramatique. Cette autodestruction est souvent nécessaire pour la propre survie de l’organisme. Certaines cellules défectueuses, par exemple, pratiquent préventivement leur hara-kiri pour empêcher le développement de cancers.

Deux chercheurs de l’université de Stanford, Xianrui Cheng et James E. Ferrell Jr, fascinés par les mystères de la vie, ont décidé de regarder de plus près ce phénomène mortuaire. Le résultat de leurs recherches, relayé par Science News, nous indique la chose suivante : dans les cellules d’ovules de grenouille observées, la mort se déplace à 30 micromètres par minute, autrement dit 2 millimètres par heure.

Plus que la vitesse, c’est surtout le mode de transmission du signal qui intéressait les deux biologistes, signal sur lequel il n’y avait, jusque-là, aucun consensus. C’est désormais officiel, le signal apoptotique (à répéter dix fois à toute vitesse) transite en mode "trigger wave", une réaction en chaîne biologique découverte dans les années 1970, où de l’information se transmet rapidement, efficacement et sur de longues distances (on l’avait par exemple déjà repérée dans l’axone des neurones).

"Nous, les biologistes, sommes en train de nous familiariser avec cette idée que les 'trigger waves' sont récurrentes dans la communication biologique", a déclaré Ferrell à Science News. Et ce n’est pas rien : si l’on comprenait un peu mieux les "trigger waves", peut-être, pourrait-on parvenir, un jour, à obliger les cellules cancéreuses à se donner la mort. Ou mieux comprendre la mort des cellules dans le cadre de la maladie d’Alzheimer.

Par Pierre Schneidermann, publié le 10/08/2018