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Dépakine : l'État accusé d'avoir caché une étude sur un médicament dangereux

Publié le

par Théo Chapuis

La Dépakine, bientôt pire scandale que le Médiator ? (via 66millionsdimpatients.org)

D'après le Canard enchaîné, une étude sur la Dépakine a été cachée aux familles des victimes de ce médicament, qui cause des malformations du fœtus et des troubles du comportement.

La Dépakine, bientôt pire scandale que le Médiator ? (via 66millionsdimpatients.org)

"Dépakine : l'étude médicale que cache le ministère." C'est ainsi que titre le Canard enchaîné, en bandeau de une, ce 10 août au matin. D'après l'hebdomadaire, la Dépakine a été prescrite entre 2007 et 2014 à plus de 10 000 femmes enceintes. Or ce médicament antiépileptique est soupçonné de provoquer des malformations du fœtus – et le journal accuse le ministère de la Santé de "soigneusement cacher" une "alarmante étude" menée de concert par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAMTS). Si ces informations sont avérées, l'affaire pourrait prendre des allures de scandale, comme celle du Médiator.

Épilepsie, bipolarité, dépression, migraines... la Dépakine est un médicament utilisé dans des traitements divers, commercialisé depuis 1967 par le laboratoire Sanofi. Sa substance active est le valproate de sodium, et elle est connue depuis plusieurs années pour être tératogène – c'est-à-dire causer un risque élevé de malformation du fœtus – pour environ 10 % des individus. Cette molécule engendre également un risque encore plus important de retard intellectuel, de difficultés à marcher et même d'autisme pour 40 % des enfants qui y auraient été exposés.

Des troubles connus depuis les années 1980

C'est loin d'être la première fois qu'on blâme la Dépakine : une association de victimes, l’Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant (Apesac), est née en 2011 et, en février 2016, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) pointait déjà du doigt le valproate de sodium contenu dans le médicament et ses dérivés. Cette étude pointait des cas de malformations congénitales à la naissance directement liées à la prise de la molécule par des femmes enceintes.

De nombreux titres de presse se sont également penchés sur les troubles engendrés par cette molécule chez l'enfant. Il y a un an, une enquête du Figaro santé tirait la sonnette d'alarme en faisant le lien entre la Dépakine prescrite à une mère et les graves troubles constatés chez son fils de 20 ans qui "s'exprime comme un enfant de 12 ans".

D'après la journaliste Anne Jouan, ce n'est qu'en 2006 que la notice du médicament déconseille pour la première fois l'utilisation de la Dépakine chez la femme enceinte, mais sans mentionner la gravité des risques encourus. Néanmoins ceux-ci étaient déjà connus depuis belle lurette à ce moment-là : depuis 1982 pour les malformations et 1994 pour les troubles du comportement.

Le ministère promet un "plan d'action" en septembre 2016

D'après le Canard, le ministère de la Santé a eu accès à une première partie de l’étude dès la mi-juillet, avant de la dissimuler aux familles. Une info démentie par l'avenue Duquesne, qui a cependant précisé qu'un "premier volet" sera présenté à l’Apesac le 24 août. Une réunion qui "a été fixée dès la fin du mois de juillet" d'après les informations recueillies par 20 Minutes. Le ministère a ajouté que l'étude et "le plan d'action qui sera établi sur cette base" seront rendus publics début septembre 2016.

Selon le quotidien gratuit, l'Apesac a évalué en 2014 à près de 30 000 le nombres d'individus touchés depuis 1967. De son côté, l'Igas a recensé 450 enfants nés avec des malformations congénitales entre 2006 et 2014, victimes du valproate. Le Figaro, en juin dernier, annonçait le chiffre inquiétant de "80 000 femmes en âge de procréer" qui prennent de la Dépakine.

Invitée dans la matinale d'Europe 1 ce mercredi 10 août au matin, Marine Martin, présidente de l'Apesac, a jugé "énorme" la responsabilité de l'État et du laboratoire dans ce "scandale sanitaire". Rendez-vous en septembre.

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