Le candidat qui se cache derrière « Deez Nuts »

Comment un gamin de 15 ans est en train de troller la présidentielle américaine

Un gamin de 15 ans a réussi à transformer une blague sur des testicules en 9% d'intentions de vote aux présidentielles en Caroline du Nord, devenant ainsi le candidat indépendant le plus populaire depuis Ross Perot en 1996.

Deez Nuts for president (Crédits image : Deez Nuts)

Deez Nuts for president (Crédits image : Deez Nuts)

Pour devenir candidat aux élections présidentielles, rien de plus simple en soi, techniquement. Un petit formulaire à remplir, que vous pouvez télécharger ici, et c'est tout bon. Peu surprenant donc de voir qu'en 2016, tout du moins au moment de l'écriture de cet article, 673 candidats briguent la Maison-Blanche : 99 sous la bannière du parti Démocrate, 153 pour les Républicains, et le reste se divisent entre les indépendants et les mini-partis.

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On y trouve de tout et surtout du grand n'importe quoi. Car au milieu des Bernie Sanders, Hillary Clinton et autre Donald Trump se cachent des pépites. Par exemple, Limberbutt McCubbins, candidat démocrate, qui n'est autre qu'un chat de cinq ans qui vit au Kentucky. Un "demo-cat", blague d'Isaac Weiss, la personne ayant inscrit le matou. Sa page Facebook s'approche des 9500 likes. Limberbutt est donc encore loin des hautes instances de Washington.

Dans le même style, on trouve Sydney's Voluptuous Buttocks, littéralement "les voluptueuses fesses de Sydney", qui a pour slogan : "Après tout, les politiciens sont tous des trous du cul, alors quelle différence". Il y a également Crawfish B. Crawfish, une écrevisse, l'elfe BuddyJack Sparrow ou encore l'Empereur César.

Mais certaines de ces candidatures indépendantes ont un peu plus de succès. Le 19 août, les résultats d'un sondage effectué par Public Policy Polling sont tombés : en Caroline du Nord, aux côtés de Hillary Clinton et Donald Trump, 9% des sondés ont choisi un certain Deez Nuts. "Deez Nuts" ? Littéralement "These nuts", il faut comprendre "ces boules/testicules". Il récolte aussi 8% d'intentions de vote dans le Minnesota et 7% en Iowa.

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9% pour un gamin de 15 ans

Le nom officiel du candidat sur la liste des 673 citée plus haut est bien "Deez Nuts". Un journaliste de Rolling Stone a retrouvé son adresse via le formulaire d'inscription, à Wallingford dans l'Iowa, et est tombé sur un certain Mark C. Olson. Contacté sur Twitter, ce dernier lui a déclaré qu'il n'était pas le candidat, mais qu'il s'agissait de son fils de 15 ans. Le même journaliste l'a donc contacté par mail afin d'en savoir plus.

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Dans un autre papier, sorti un peu plus tard sur le site du Daily Beast, on apprend que le candidat s'appelle en réalité Brady C. Olson, a 15 ans, est le fils d'un fermier et d'une assistante dentaire, et va bientôt rentrer en deuxième année de lycée.

Au Daily Beast, il explique qu'il a sauté le pas - avec le soutien de ses parents - après avoir vu la confirmation de la candidature du chat Limberbutt McCubbins, dont nous parlions plus haut. Quand le Rolling Stone lui demande jusqu'où il compte poursuivre la blague, Brady répond très solennellement :

Aussi loin que l'Amérique voudra l'emmener.

Sur son site, le jeune américain explicite un peu son "programme", apparemment proche du parti libertarien. Il est pro-avortement, pour le mariage homosexuel, pour une balance budgétaire parfaite, mais également anti-immigration illégale (sauf pour les mineurs) et pour des aides aux entreprises, qui créeraient, je cite, des boulots "AUX États-Unis POUR les Américains". D'accord.

Deez Nuts

Brady C. Olson, aka "Deez Nuts"

Une blague vieille comme le monde

Brady n'a pas choisi "Deez Nuts" au hasard. Vieille blague qui trainait dans les collèges et lycées américains dans les années 70/80, il s'agit d'une répartie façon jeu de mot mais, surtout, pour la faire simple, une manière d'envoyer bouler quelqu'un.

La première trace écrite de l'expression daterait de 1985, dans le livre Bermewjan Vurds écrit par Peter Smith et Fred M. Barritt, selon "The New Partridge Dictionary of Slang and Unconventional English". Mais c'est Dr. Dre qui l'institutionnalisera avec sa chanson "Deez Nuts", extraite de l'album The Chronic, sorti fin 1992.

Au début du morceau, Warren G, au téléphone, fait la fameuse blague dans un canular qu'il enregistra lui-même pendant qune session en studio. "Dre, allume le micro. Je vais appeler une pote et je vais l'avoir" aurait-il dit, selon une interview lâchée sur le sujet au Daily Beast.

L'expression sera à la mode un certain temps, avant de disparaitre. En 2015, la blague a resurgi des tréfonds de l'oubli grâce à la vidéo d'un canular qui a récolté quelques 17 millions de vues depuis fin mars 2015. La boutade devient mème, et donne quelques idées donc à notre Brady.

Pas de Deez Nuts à la Maison Blanche

Malheureusement (ou heureusement, d'ailleurs), l'histoire risque de ne pas aller beaucoup plus loin. Déjà, parce que son succès fulgurant est entièrement dû à PPP, une agence de sondages pas très bien vue aux États-Unis, comme le souligne Vox dans un article, soulignant le manque de crédibilité de sa méthode.

Mais au-delà de ça, le succès de cette histoire fait du bonhomme un candidat dont désormais tout le monde a entendu le nom. Hier, un supercut de toutes les mentions de son nom à la télévision était diffusé en ligne : 34 extraits vidéo, en moins de 48 heures. Mais sa candidature ne pourra techniquement pas aller plus loin : il faut avoir au minimum 35 ans pour être président.

Comment a-t-il pu devenir candidat dans ce cas ? Le système américain permet à n'importe qui de se présenter avec son "formulaire numéro 2". Mais pour être un candidat officiel, il faut remplir le formulaire 1, où l'on demande le vrai nom, le numéro de téléphone et l'âge. Surtout, un soutien financier d'au moins 5000$ est obligatoire pour rendre la candidature légitime. Dommage.

D'autant plus dommage que parmi ses soutiens, Deez Nuts avait un certain Warren G. Oui, le même rappeur Californien, pape du G-Funk, qui affirmait au Daily Beast :

J'étais dans mon lit, et le mec des infos a balancé : "Donald Trump, Hillary Clinton", avant de dire "Deez Nuts". J'ai dit "Wow. Vous vous foutez de moi là !". J'étais comme un fou de voir ce truc [...]. C'était un délire. S'il me veut [en tant que vice-Président, ndlr], je serai à ces côtés jusqu'à la fin. Qui serait meilleur que moi ? Je suis prêt, allons-y. J'organiserai à la Maison-Blanche des "Mercredi Weed".

Un gamin de 15 ans, appelé Deez Nuts, avec comme vice-président Warren G, ça aurait pu avoir de la gueule franchement.

Par Arthur Cios, publié le 22/08/2015

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