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Débat télé : ce qu'on a appris sur les programmes des candidats de la primaire de la droite

Publié le

par Théo Chapuis

On a regardé le débat de la primaire de la droite et du centre, et malgré un certain consensus, on a relevé des différences entre les candidats. Les voici.

De haut en bas et de gauche à droite : Bruno Le Maire, Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé, Jean-Frédéric Poisson et François Fillon (© Capture d'écran France 3, TF1)

Sur le plateau, sept candidats remontés à bloc face à trois journalistes. Pour ce premier match de la primaire de la droite en vue de l'investiture pour la campagne présidentielle, beaucoup de citoyens ont dû se sentir concernés : il a regroupé 5,6 millions de téléspectateurs devant leur téléviseur, soit 26,3 % de part d'audimat. De quoi prouver l'intérêt des Français puisque comme Puremédias le relève, il s'agit de la meilleure audience d'un rendez-vous politique cette saison.

Sans réelle surprise, le débat a révélé des nuances entre les candidats, mais pas vraiment de rupture de fond : Jean-François Copé a d'ailleurs admis entre deux argumentations que sur de nombreux sujets, "au fond, c'est plus consensuel qu'on ne le croit". Eh oui, les téléspectateurs qui s'attendaient à voir les candidats s'écharper ont dû être déçus : la grande famille de la droite a tenu à se montrer unie.

Des différences globalement subtiles

Et d'ailleurs c'est plutôt vrai : sur de nombreux sujets, la plupart des candidats font bloc – et se le font savoir dans une ambiance souvent très cordiale sur le plateau. L'opposition entre propositions est même parfois de façade, uniquement pour jouer sur sa différence, en reprenant l'idée soutenue par un rival tout en la portant avec ses propres mots. On a davantage assisté à une mesure d'ego qu'à une joute rhétorique musclée entre idéologies contraires. Il fallait s'y attendre.

Imposition, chômage, retraites, sécurité, immigration... C'était pourtant l'occasion pour chacun de marquer sa différence, et des candidats ont pu révéler leurs aspérités sur les sujets de leur choix :

  • Nathalie Kosciusko-Morizet veut incarner la candidate la plus progressiste, se focalisant sur le travail indépendant et se disant favorable à la dépénalisation du cannabis ;
  • Bruno Le Maire, chantre du "renouveau", propose notamment la privatisation de Pôle Emploi pour lutter contre le chômage ;
  • Jean-François Copé s'est illustré sur la question sécuritaire en réclamant davantage de fermeté ;
  • Alain Juppé a capitalisé sur sa bonne cote en faisant valoir son expérience politique, notamment en matière de politique étrangère ;
  • François Fillon a également fait valoir son expérience de Premier ministre et a promis d'entrée de jeu "le plein emploi en cinq ans". Sur un tout autre sujet, il préconise davantage de rapprochements diplomatiques avec la Russie et même la Syrie de Bachar el-Assad ;
  • Jean-Frédéric Poisson, seul candidat non issu des Républicains, a défendu les valeurs de la famille et de la culture judéo-chrétienne, se faisant d'ailleurs le seul défenseur des syndicats sur le plateau – tout en adoptant une posture radicale contre "le multiculturalisme", dont il ne veut pas ;
  • Nicolas Sarkozy, lui, a taclé les syndicats, proposé la suppression pure et simple de l'ISF ainsi que celle de 300 000 emplois publics et la suspension du regroupement familial. Dans l'ensemble, il lui a été difficile de créer la différence, lui qui semblait fulminer de se retrouver sur un pied d'égalité avec de nombreux acteurs politiques qui furent ses ministres et a donné l'image d'un candidat stressé.

On vous propose d'aller plus en détail sur certaines questions abordées lors du débat et qui ont retenu notre attention :

Mariage pour tous

Pour commencer, malgré leur combat à l'Assemblée contre le Mariage pour tous (à part Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire qui se sont abstenus lors du vote), ils sont tous contre l'abrogation de la loi Taubira, sauf Jean-Frédéric Poisson, candidat du Parti chrétien-démocrate (PCD). François Fillon, lui, s'oppose à l'adoption plénière pour les couples homosexuels.

Autre quasi-consensus : tous sont opposés à la grossesse pour autrui (GPA) et à la procréation médicalement assistée (PMA) ; hormis Nathalie Kosciusko-Morizet qui souhaiterait autoriser cette dernière mesure.

Chômage

D'après de nombreux candidats à l'investiture de la droite, "le plein emploi est possible". Les solutions varient : Jean-François Copé veut "assouplir" les conditions de travail, Bruno Le Maire supprimer les emplois aidés et privatiser Pôle Emploi, François Fillon et Nicolas Sarkozy baisser les charges et l'imposition sur les entreprises. Ils sont tous d'accord, à part Jean-Frédéric Poisson, pour rendre les allocations chômages dégressives – ne changent que les modalités pour y parvenir.

Retraite

Sur le départ à la retraite, quelques différences d'ajustement : cinq candidats décident de fixer l'âge de départ à la retraite à 65 ans, tandis que Nicolas Sarkozy propose un passage à 63 ans en 2020 et 64 ans en 2025. Il est critiqué par certains de ses rivaux qui l'accusent de trop prendre son temps pour une réforme profonde, sauf Alain Juppé qui préconise également une augmentation progressive de l'âge de départ.

À ce sujet, Bruno Le Maire martèle son désir de "supprimer tous les régimes spéciaux", comme par exemple celui des cheminots ou des militaires, pendant que Nathalie Kosciusko-Morizet diffuse son idée d'une retraite à points. Jean-Frédéric Poisson, comme sur de nombreux sujets au cours du débat, reste évasif.

Mise en cause juridique d'un candidat ou d'un élu

Point intéressant alors que quatre candidats sur sept ont (ou ont eu) des démêlés avec la justice dans des affaires politico-financières. Bruno Le Maire lance l'idée de la nécessité d'un casier judiciaire vierge pour se présenter à l'élection présidentielle. Nicolas Sarkozy, qui est encore empêtré dans plusieurs affaires, notamment pour financement illégal de campagne, s'est défendu bec et ongles, invoquant des "calomnies" à son encontre et adoptant une posture que d'aucuns auront trouvée victimaire. Il faut dire qu'il était le premier visé.

Alain Juppé, qui a été condamné en 2004 pour "prise illégale d'intérêt" à 14 mois avec sursis et un an d'inéligibilité dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, a adopté une posture plus apaisée, indiquant à l'adresse des électeurs "s'ils estiment que ma faute me disqualifie, ils ne m'éliront pas". Soit.

Cannabis

En pleine réponse à une question sur l'islam, Jean-François Copé a réussi un grand écart : en quelques phrases il remet le couvert sur le pain au chocolat et bifurque sans prévenir sur la question du cannabis. Beaucoup de téléspectateurs ont dû s'amuser de voir le sujet du pétard s'imposer comme un cheveu sur la soupe...

On a pu constater un consensus plutôt attendu sur le sujet... sauf de la part de Nathalie Kosciusko-Morizet qui prône sa dépénalisation – et non sa légalisation, nuance. La députée de l'Essonne considère notre système actuel comme inefficace pour lutter contre le trafic et la consommation.

Surpopulation carcérale

La surpopulation carcérale est une réalité française depuis de nombreuses années et ni la droite ni la gauche ne sont parvenues à la réduire : d'après un rapport du ministère de la Justice, le 1er août 2016, il y avait 68 819 détenus dans les maisons d'arrêt françaises pour une capacité totale de 58 561 places, soit 117,6 % de taux d'occupation.

Tous les candidats à la primaire de droite se rendent à l'évidence et réclament l'ouverture de nouvelles places en prison. Reste la bataille sur les chiffres : Bruno Le Maire et Alain Juppé proposent 10 000 ouvertures ; François Fillon, Jean-François Copé et Nathalie Kosciusko-Morizet 16 000 ; Nicolas Sarkozy 20 000 ; Jean-Frédéric Poisson 30 000.

Sécurité, fichés S...

Sécurité, identité, immigration... La deuxième partie du débat était le moment pour la droite de montrer les muscles sur des sujets sur lesquels elle se positionne traditionnellement avec fermeté. Sur le cas des "fichés S", les candidats se sont révélés prolixes : Bruno Le Maire, qui souhaite une expulsion automatique des étrangers qui consulteraient des sites djihadistes ("à menace d'exception, justice d'exception", a-t-il martelé), propose leur mise en résidence surveillée et leur expulsion s'ils sont étrangers.

Nicolas Sarkozy, tout à sa posture opiniâtre, réclame l'incarcération des fichés S "les plus dangereux" ; tandis qu'Alain Juppé dit presque la même chose dans l'autre sens, si ce n'est qu'il propose de "s'appuyer sur les professionnels du renseignement" pour laisser "certains" fichés S en liberté, manière selon lui de mieux les surveiller pour démanteler les filières djihadistes.

Pour François Fillon, il faut fixer le retrait de la nationalité française pour les Français qui vont vont se battre en Irak ou en Syrie et promeut l'expulsion des étrangers "qui menacent la sécurité nationale". Nathalie Kosciusko-Morizet, qui tient décidément à son image plus "light", se positionne moins radicalement que ses homologues masculins : elle prend l'exemple d'une mairie qui souhaiterait embaucher et voudrait que celle-ci puisse accéder à l'information de savoir si ce travailleur est fiché S ou non. Elle a cependant rappelé son vœu d'interdire le salafisme.

Seul Jean-Frédéric Poisson se dit explicitement contre leur internement et rappelle qu'il n'a pas voté la reconduction de l'état d'urgence. Jean-François Copé, de son côté, annonce un tournant sécuritaire total s'il est élu et annonce 50 000 créations de poste dans l'armée et la police pour défendre le pays.

Regroupement familial

Des différences de taille entre les candidats existent sur ce point. Alain Juppé, partisan de fixer la "priorité" à la "lutte contre l'immigration illégale", ne veut pas supprimer le regroupement familial, mais focaliser son combat contre les mariages blancs et gris.

Bruno Le Maire, lui, entend "durcir" les conditions du regroupement familial, notamment en imposant des "conditions de revenus". De l'autre côté du spectre, les choses sont claires : d'après Nicolas Sarkozy le regroupement familial doit être suspendu.

Islam

Très vite, le débat sur la sécurité a (comme on pouvait s'y attendre) tourné à un débat sur l'islam en France. Nicolas Sarkozy a été le premier à dégainer le mot "burkini", qu'il considère comme un accoutrement "moyen-âgeux" de soumission des femmes et a insisté sur ce point.

Jean-Frédéric Poisson s'est quant à lui inscrit en faux et a exprimé son souhait de pouvoir exprimer librement sa foi religieuse sur la voie publique : "Je ne veux pas d'un ministère du vêtement en France", a-t-il dit. Quelques minutes plus tard, le même candidat accusait néanmoins "la civilisation islamique", qui "pose problème en France" selon lui...

Identité

Fermeté encore sur la question de l'identité française : Bruno Le Maire fait la distinction nette avec la culture et estime que "l'identité, ça ne doit pas être ouvert". Le moment pour Jean-François Copé d'exprimer son idée de la suppression du droit du sol en France – idée combattue par Nathalie Kosciusko-Morizet, qui se permet un petit tacle à Nicolas Sarkozy, fustigeant "l'identité gauloise" disant lui préférer "la France", et qu'on ne peut pas non plus "renier son identité".

Alain Juppé se fixe également sur cette ligne et plaide pour "l'identité heureuse" et tout en se méfiant "du communautarisme", prône "une vision de la société française qui respecte la diversité".

Les paroles des candidats se sont alors concentrées sur les différences de points de vue, ténues, entre "assimilation" (la pleine adhésion à la société d'accueil) et "intégration" (qui implique davantage une notion d'échange) des populations. François Fillon veut l'assimilation quand Nicolas Sarkozy est moins direct mais dit souhaiter "un peu moins de différences et plus d'intégration républicaine". Jean-Frédéric Poisson, lui, "ne [veut] pas d'une identité multiculturelle".

Rendez-vous pour deux prochains débats les 3 et 17 novembre, avant un vote les 20 et 27 novembre.

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