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L'impact chiffré des attentats sur le comportement des Français

Publié le

par Thibault Prévost

Après les attaques du 13 novembre, les Français ont modifié leurs habitudes en conséquence. Une influence mesurable grâce aux statistiques chiffrées.

Prendre le métro à l'heure de pointe, pénétrer dans un centre commercial bondé voire simplement flâner, la tête légère, sur les grandes artères de Paris... des comportements d'une banalité sans nom jusqu'à vendredi dernier, devenus aujourd'hui source d'angoisse pour les Franciliens.

Derrière la méthode Coué numérique et le traitement à base de hashtags et de terrasses, la vie en Ile-de-France a indéniablement perdu de sa normalité frivole. Grâce aux chiffres, il est même possible de mesurer l'influence des attaques sur différents aspects du quotidien francilien.

Transports

C'est probablement le chiffre le plus révélateur du climat post-attentat en Ile-de-France : les chiffres de la RATP, repris par Francetvinfo, font état d'une diminution de 10% de la fréquentation des métros et RER depuis lundi. Les Transilien, ces trains express reliant la capitale à sa grande ceinture, se sont eux vidés de moitié, indique la SNCF. Une baisse de fréquentation à relativiser en prenant en compte la fermeture de plusieurs monuments (Invalides, Tour Eiffel et Château de Versailles) situés sur le RER C géré par la SNCF.

Conséquence directe de cette nouvelle angoisse des transports en commun, la région Ile-de-France connaît depuis samedi un niveau d'embouteillage routier supérieur à la moyenne, comme le précise Rue89. Mardi, 529 kilomètres de bouchons étaient enregistrés sur les routes de la région, un record historique.

Des niveaux exceptionnels toujours maintenus ce jeudi, avec presque 350 kilomètres de bouchons enregistrés par Sytadin, la vigie des routes franciliennes. L'angoisse des transports en commun, déjà répandue avant les attaques, a viré à la psychose.

Santé

Difficile, lorsque l'on habite la région, de ne pas succomber à une certaine forme de stress, surtout après plusieurs jours passés les yeux rivés à un torrent d'images et de discours anxiogènes. Depuis les événements de vendredi, l'Institut de veille sanitaire (InVS) en Ile-de-France a recensé 112 passages aux urgences pour stress le samedi, contre une quinzaine la veille.

Malgré les panneaux "Même pas peur!" brandis sur les places publiques, les Franciliens ont été secoués : sur les journées du 14, 15 et 16 novembre, 65% des consultations nationales pour stress l'étaient en Ile-de-France. Un stress post-traumatique qui touche essentiellement les 15-44 ans, précise l'autorité sanitaire.

Consommation

Plus généralement, les attaques terroristes du 13 novembre se ressentent aussi sur la consommation dans la capitale, les parisiens n'ayant ni le cœur de penser à leurs achats de Noël ni l'envie de se retrouver dans la tempête humaine des grands centres commerciaux. Plusieurs grandes enseignes de distribution, contactées par Le Monde, ont reconnu une modification des comportements d'achat depuis samedi en Ile-de-France, alors que les chiffres sont restés sensiblement les mêmes sur le reste du territoire.

Dans les faits, les Parisiens se sont rués sur les chaînes d'épicerie (le groupe Casino fait état d'une augmentation de 17% de son chiffre d'affaires) tout en délaissant les autres types de commerce et particulièrement les enseignes de jouets, dont le gros de l'activité démarre habituellement à la mi-novembre. Les centres commerciaux ont quant à eux vu une baisse de fréquentation de presque 18% samedi, selon leur Conseil national (CNCC). Le 27 novembre prochain, le "Black Friday" (rebaptisé pour l'occasion, le nom évoquant trop la macabre actualité) sera un véritable baromètre de l'état d'esprit des Parisiens.

Emploi

François Hollande l'a martelé, la France est désormais en guerre avec l'Etat islamique. Chez les jeunes Français, le message est bien passé : depuis vendredi, le site du ministère de la Défense sengager.fr a vu son trafic tripler, avec 1500 connexions par jour contre 500 habituellement. Un réflexe patriotique jamais vu dans l'histoire récente qui laisse le chef de la communication des armées, Eric Lapresle, "sur le cul", comme le rapporte Le Monde.

À la fin de l'année, l'armée aura engagé 15 000 jeunes, contre 10 000 en 2014. En 2016, outre le gel de la suppression des effectifs de la défense annoncé par le président, l'Armée de terre, plus gros demandeur en effectifs, devrait se garnir de 16000 soldats supplémentaires.

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