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Vidéo : Data Gueule démolit le mythe de l'assistanat à coups de stats

Dans une vidéo de 10 minutes postée sur YouTube, l'équipe de Data Gueule, spécialisée dans le fact checking chiffré, s'en prend au mythe de l'assistanat pour montrer une réalité loin des discours politiques.

C'est l'une de ces rengaines politiques qu'on est fatigué d'entendre à longueur de journée dans la bouche des élus de droite : "La France est un pays d'assistés qui ne foutent rien et qui ont de quoi s'acheter des écrans plasma, je vais te foutre tout ça au boulot fissa." Alors forcément, le discours s'ancre aussi dans l'électorat. Le 26 novembre, avant de voter à la primaire de la droite pour François Fillon, une certaine Caroline confiait à 20 Minutes : "Je vote Fillon car cette France d’assistés et de 'moins j’en fais mieux je me porte' est insupportable". Et tant pis si on stigmatise au passage les 99 % d'allocataires honnêtes, on n'est pas à ça près.

Devant la désinformation constante qui nourrit ce mythe qu'est l'assistanat, l'équipe de la chaîne YouTube/émission de France 4 Data Gueule a décidé de prendre les armes et de décortiquer le réel de façon dépassionnée, à grands renforts de statistiques édifiantes. Pour couper court à toute contestation, Data Gueule fournit la source de toutes ses données : des organismes publics comme l'Insee, la Sécurité sociale ou le Pôle emploi.

Le constat est sans appel : l'assistanat, en France, concerne moins de 1 % des personnes bénéficiant d'aides sociales. "Et il faudrait durcir les règles pour tous les autres ?", s'interroge la voix off de la vidéoLa fraude au RSA par exemple, coûtait 350,5 millions d'euros aux services publics en 2013, alors que la fraude patronale aux cotisations fiscales coûtait... entre 20 et 25 milliards d'euros. Additionnée à l'évasion fiscale, cela représente un manque à gagner estimé entre 60 et 80 milliards d'euros CHAQUE ANNÉE pour l'État. C'est 200 fois plus que la fraude au RSA.

Stigmatiser les pauvres

Concernant les allocations chômage, 50 % des bénéficiaires touchent moins de 500 euros par mois. On est bien loin du mythe du "chômeur qui touche 2 000 euros". Bien loin aussi du seuil de pauvreté en France, qui s'élève à 1 008 euros par mois. Mais il faudrait encore réduire ces allocations, de l'avis de tous les candidats à la primaire de la droite (excepté Jean-Frédéric Poisson, qui ne s'est pas prononcé sur le sujet), afin d'inciter les gens à travailler. Ce à quoi Data Gueule répond : "Moins de 1 % déclarent que reprendre un travail serait moins rentable que toucher les aides." Et les 99 % restants ? Ils ne trouvent pas de travail. Pas sûr que les priver d'allocs' et les jeter à la rue les aide beaucoup.

Ce qui ressort en fait de cette étude de Data Gueule, c'est une stigmatisation croissante des populations pauvres, transformées en véritables boucs émissaires. Taper sur les classes les plus défavorisées pour expliquer les problèmes d'une société toute entière, le principe ne date pas d'hier. La conclusion de la vidéo est sans appel :

"Alors quoi, on continue de parler d’assistés ou on assume les besoins de solidarité ? La fraude représente moins de 1 % des allocataires, et il faudrait durcir les règles pour tous les autres ? Le mythe de l’assistanat ne fait que pointer des populations déjà affaiblies. Joies du populisme… Et plus on les cible, plus il leur devient difficile de tendre la main pour demander de l’aide, accentuant encore plus la précarité dans laquelle vivent ces familles. Pourtant, la mode est à renforcer la surveillance sur les bénéficiaires d’aides sociales, comme si être pauvre était un crime ! Bah voyons…  À trop critiquer la solidarité on risque de détricoter le lien social, et on se retrouvera vite à poil."

Par Théo Mercadier, publié le 06/12/2016

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