Data : de Paris à Londres, les habitudes de consommation de drogue en Europe

L'analyse des eaux usées de 50 villes européennes, compilée dans un rapport de l'UE, révèle les habitudes de consommation de stupéfiants des Européens.

coke cat

"I'm in love with the coco". La punchline lénifiante d'O.T. Genasis pourrait tout aussi bien servir de cri de ralliement des Londoniens aux narines poudrées : selon le rapport annuel de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA), qui a analysé le contenu des eaux usées d'une cinquantaine de villes à travers l'Europe, les égouts de la capitale britannique ont le taux de cocaïne le plus élevé de l'Union, avec 737 milligrammes par semaine pour 1000 personnes, devançant de peu Amsterdam et ses 716 milligrammes.  Paris, la seule ville française présente dans le rapport, obtient l'honorable score de 234 milligrammes, soit moins du tiers de nos homologues anglais.

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L'étude des concentrations de drogues dans les eaux usées est une recherche relativement récente, entamée dans les années 90 et mise en place pour la première fois en 2012 par l'Union européenne. Néanmoins, le résultat des analyses permet de faire émerger de nettes tendances quant aux habitudes de consommation des européens, tant au niveau local que continental.

Ainsi, les outils de visualisation de l'EMCDDA permettent non seulement de comparer les villes entre elles pour les cinq familles de drogues étudiées (cocaïne, cannabis, MDMA, amphétamine et méthamphétamine), mais également de comparer l'évolution des consommations selon les années, les semaines et les jours de la semaine.

Et les résultats, s'ils concordent parfois avec l'image d'Epinal de la prise de stupéfiants (oui, la consommation de drogue augmente du jeudi au dimanche et oui, Amsterdam est bien - et de loin - la capitale de la défonce en Europe), sont parfois plus instructifs qu'on ne le penserait. Ainsi, au rayon des curiosités, la ville européenne qui possède les égouts les plus infestés de méthamphétamine est... Oslo. Essayez par vous-même, c'est curieusement plaisant.

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Crédit Image : site de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA)

A Paris, le shit, c'est mercredi

À Paris, la drogue la plus utilisée reste sans conteste le cannabis, même si les concentrations ont baissé entre 2013 et 2014 (tandis que l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies constatait, en avril dernier, une explosion du produit entre 2010 et 2015 sur l'ensemble du territoire). Les concentrations de cocaïne et de MDMA restent également faibles.

Lorsque l'on se penche sur une étude au jour le jour, les résultats révèlent la corrélation entre psychotropes et divertissement : inexistante dans les égouts parisiens du mardi au vendredi, la MDMA y apparaît le samedi, s'intensifie de 50% le dimanche et disparaît progressivement du lundi au mardi -  les dernières traces du lundi étant probablement dues à la faune dominicale de la Concrete.

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Une tendance qui se retrouve dans toutes les villes européennes, comme l'indique le rapport, avant de préciser qu'"en contraste, la consommation de cannabis et de méthamphétamine est plus répartie sur la semaine de façon homogène".

Paris MDMA 2

Crédit Image : site de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA)

De même, l'analyse des concentrations en cannabis révèle un fait curieux : si la consommation des Parisiens reste plus ou moins constante tout au long de la semaine, le pic de concentration dans les eaux usées intervient le jeudi, ce qui signifie que le pic de consommation aurait lieu... le mercredi.

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Ce rapport s'inscrit à la suite d'un autre bilan, beaucoup plus large, de l'organisme européen sur la consommation de drogues dans l'Union, qui regroupe les résultats de 20 ans de surveillance des habitudes de consommation en Europe. Si le cannabis reste, avec 20 millions de consommateurs, la drogue la plus utilisée sur le continent (cinq fois plus que tous les autres produits), la principale préoccupation des autorités concerne les legal highs, ces drogues de synthèse légales imitant les effets des produits illicites, dont le marché grandit à vitesse exponentielle, avec plus de 450 produits découverts et surveillés par les autorités. De quoi remplir les égouts européens d'autres substances, jusqu'alors inconnues.

Par Thibault Prévost, publié le 06/06/2015

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