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Les infidélités du site Ashley Madison en une mappemonde interactive

Publié le

par Thibault Prévost

Depuis la publication des données, la semaine dernière, de 39 millions d'utilisateurs d'Ashley Madison, les analystes amateurs ont eu de quoi s'amuser.

Cliquez sur la carte pour la voir en plus grand et dans toute son interactivité

36 398 874. Trente-sept millions, moins des poussières : voila le nombre d'utilisateurs inscrits, dans le monde entier, sur le site Ashley Madison, spécialisé dans la rencontre extra-conjugale. Depuis le piratage de cette base de données et sa publication, le 16 août dernier, par une équipe de hackers du nom d'Active Team, ce gigantesque ballot d'informations est autopsié par des milliers d'anonymes qui tentent d'en découvrir les plus profonds secrets en s'aidant de tout l'arsenal de la visualisation de données. Dernière en date, une carte du monde interactive. Réalisée par l'agence ibérique Tecnilogica, elle localise – sans les nommer – les utilisateurs du site et les place sur la planisphère.

On y apprend d'emblée que le fantasme (tout masculin) d'un site regorgeant de femmes à la recherche d'une aventure fait long feu : de fait, les mâles sont présents en si écrasante majorité que la carte indique uniquement par une couleur les lieux dans lesquels on trouvera moins de 85% d'hommes. Et ils sont rares.

Excepté en Inde, aux Philippines et au Brésil, la planète d'Ashley Madison ressemble à une version dématérialisée de ces boîtes à chagrin côtières au dancefloor mal éclairé, remplies de types attirés par les promesses en néon d'une nuit où ces dames ne paient pas l'entrée. En France, c'est sans surprise Paris qui remporte le titre de capitale de l'infidélité où 37 000 personnes tentent (majoritairement entre mecs, au vu des données) de se trouver une maîtresse.

Ashley Madison, 57% d'utilisateurs mariés

Et les Espagnols de Tecnilogica ne sont pas les seuls à avoir vu dans cette fuite une formidable opportunité de faire de l'analyse et de la visualisation de données. Ainsi du site Dadaviz, qui propose une série de graphes pour mieux disséquer les habitudes de ces infidèles masqués (là encore, la démarche vise des masses de données et ne publie aucune information compromettante).

On y apprend, dans une mise en page soignée, que 86% des comptes utilisateurs dévoilés sont des hommes – ce qui corrobore l'analyse vue plus haut –, que la majorité (57%) d'entre eux sont effectivement des hommes en relation et, plus intéressant, que 34% des comptes piratés sont... des faux.

En 2012, une ex-employée canadienne du site avait intenté un procès contre son ancien employeur, expliquant avoir souffert de lésions physiques à force de créer, inlassablement, des milliers de faux profils féminins (pour information, cette femme a perdu son procès en janvier, mais l'information est restée).

Enfin, le site revient sur le sujet qui avait enflammé les réseaux sociaux dans les premières heures de la publication des données : la présence, non négligeable, d'emails provenant de gouvernements nationaux, notamment anglais. Bien trop surestimés (on alla jusqu'à évoquer "des milliers" de courriels officiels américains), ces chiffres ont depuis été ré-examinés et compilés dans des proportions plus plausibles. Et ce sont les officiels US que l'on trouve le plus sur le site d'adultère, avec 1405 profils répertoriés.

Ces données, retravaillées pour être plus lisible, ne doivent néanmoins pas nous faire oublier la véritable nature de ce piratage. S'il est de bon ton de sourire à la vue d'un homme infidèle démasqué (valeur sûre du théâtre de boulevard depuis plusieurs siècles), cette fuite de données a tout de la farce tragique : à Toronto, la police canadienne a rapporté l'ouverture d'une enquête sur deux suicides qui sembleraient directement liés à la diffusion des données confidentielles. Comme nous l'expliquions au moment des faits, les répercussions ne font que commencer.

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