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Dans un entretien fleuve, Christiane Taubira dézingue le Parti Socialiste

Publié le

par Cyrielle Bedu

Source © Youtube

L'ancienne garde des Sceaux règle ses comptes avec le PS. Dans une interview donnée à l'hebdomadaire Le 1, elle égratigne le parti et en profite pour remettre gentiment Manuel Valls à sa place.

(Via YouTube)

Combattre les injustices, protéger les plus faibles... Selon Christiane Taubira, la gauche a perdu de vue les objectifs qui constituaient sa colonne vertébrale. Dans un entretien accordé à l'hebdo Le 1, elle le dit clairement : la gauche doit retrouver ses valeurs si elle veut se réinventer. Et, comme à son habitude, l'ancienne ministre ne mâche pas ses mots : "[La gauche] a trop cédé aux idées et à la sémantique de la droite, à ses critères de résultat, de performance, de gestion". 

L'ex-garde des Sceaux affirme ainsi déplorer le tournant pris par le Parti socialiste. Fin janvier 2016, c'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle avait démissionné de son poste de ministre de la Justice du gouvernement de Manuel Valls. En cause : son profond désaccord avec le projet sur la déchéance de nationalité

Depuis cette démission, nombreux sont ceux qui ont souhaité qu'elle se présente à l'élection présidentielle de cette année. À travers une pétition, près de 90 000 personnes l'imploraient même de se porter candidate. Mais celle qui s'était déjà présentée en 2002 face à Lionel Jospin (éliminé dès le premier tour pour laisser place à un duel Jacques Chirac/Jean-Marie Le Pen), persiste et signe : cette fois, elle ne se présentera pas. Elle regrette d'ailleurs d'être la cible des critiques, quoi qu'elle fasse.

"Je me présente en 2002, je suis coupable de l’échec de la gauche ; je ne me présente pas en 2017, je suis coupable du probable échec de la gauche. Heureusement que j'ai un mental d'acier. "

Le cas Manuel Valls

Du reste, l'ancienne chargée du projet de loi sur la mariage pour tous n'a à ce jour pas donné sa préférence en vue de la primaire de la gauche. Et on apprend dans cet entretien qu'elle porte un regard négatif sur les positions des candidats de cette primaire. 

"À entendre le bruit de la campagne de la primaire de la gauche, à scruter les programmes des uns et des autres, en dehors du revenu universel qui ne dessine pas à lui seul un projet de société, on est forcé de reconnaître que la gauche aujourd’hui est incapable de redonner de l’espoir, de se réinventer, souligne-t-elle. La gauche est impuissante, tétanisée, sa créativité est étranglée."

Christiane Taubira conteste également les méthodes de son ancien patron, Manuel Valls, aujourd'hui candidat à l'élection présidentielle : "Progressivement, sous sa législature, le mot d'ordre face aux contestations, et parfois aux simples questions, a consisté à intimer silence". "Le style du Premier ministre, c'était de souligner les angles, pas de les arrondir ou de tisser des liens pluriels. Il défendait ses positions sans guère laisser de place aux réserves ou aux désaccords", affirme-t-elle avant de continuer avec ces mots : "Qu'est-ce que la gauche sinon des valeurs ? Ce sont les valeurs qui permettent d'inventer des solutions modernes aux problèmes nouveaux."

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