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Daech rase au bulldozer les vestiges archéologiques d'une cité antique en Irak

Publié le

par Théo Chapuis

Le groupe armé Daech s'en est pris aux ruines antiques de Nimroud, cité antique néo-assyrienne d'Irak. Même si le pire est à craindre, il est encore hasardeux de dresser un bilan des dégâts.

L'entrée du palais de Nimroud, patrimoine de l'humanité, est aujourd'hui très probablement rayée de la carte, selon la seule volonté des intégristes de Daech (Crédits image : Wikipédia Commons/M. Choran)

L'autoproclamé État islamique n'en finit pas de détruire le patrimoine culturel qui lui hérisse la barbe. Après avoir brûlé des milliers de livres et mis en scène la destruction de statues millénaires du musée de Mossoul la semaine dernière, le groupe armé a attaqué jeudi 5 mars dans l'après-midi les vestiges de la cité antique de Nimroud, ville assyrienne fondée au 13è siècle avant Jésus-Christ. Elle est située à 30 kilomètres au sud de Mossoul.

C'est le ministère du tourisme irakien qui a lancé l'alerte, déclarant que Daech a "pris d'assaut la cité historique de Nimroud et a commencé à la détruire avec des bulldozers". Un responsable des antiquités admet l'impuissance du gouvernement à ce stade  : "Jusqu'à présent, nous ne pouvons pas mesurer l'ampleur des dégâts", déclare-t-il sous couvert d'anonymat.

Or, des camions ont été aperçus sur le site, laissant supposer que les djihadistes iconoclastes cherchaient également à dérober des pièces archéologiques. Une hypothèse soutenue par une source tribale citée par le Guardian.

Site après site

Ce qui s'est produit là n'est guère surprenant. Selon Le Monde, de nombreux archéologues avaient déjà prédit le saccage de ce site par Daech, du fait de sa proximité avec Mossoul – où la négation d'une autre culture que celle promue par l'EI est sévèrement réprimée.

Abelamir Hamdani, archéologue irakien de l'Université Stony Brook à New York, annonce de mauvais présages : selon lui, c'est la cité de Hatra, inscrite au patrimoine de l'Unesco, qui sera "évidemment [...] la prochaine cible. [...] C'est seulement une question de temps", augure-t-il. S'estimant "bouleversé" par ces destructions, il n'annonce pas un avenir plus lumineux pour l'héritage culturel d'Irak :

Je suis désolé de le dire, mais tout le monde s'y attendait. Le dessein des djihadistes est de détruire le patrimoine irakien, site après site.

L'un des fameux lions ailés androcéphales de la ville de Nimroud, exposé au British Museum de Londres (Crédits image : Ken & Nyetta, Wikipedia Commons)

Capitale du monde antique

Nimroud a été construite autour de l'an 1250 avant Jésus-Christ. Cette ville de 3,60 kilomètres carré, l'une des plus vastes à l'époque, s'appelait alors Kalkhu, ou Kalakh dans l'Ancien Testament. Quatre siècles plus tard, la cité devenait la capitale néo-assyrienne, empire le plus puissant de la planète à l'époque. Son autorité s'étendait entre les frontières actuelles de l'Égypte, de la Turquie et de l'Iran. Seule consolation : nombre de ses trésors archéologiques inestimables avaient déjà été déplacés au British Museum de Londres ou bien à Bagdad.

Ces destructions font évidemment écho aux nombreuses autres intentées par Daech en Irak et en Lybie – mais aussi à la pulvérisation des Bouddhas de Bâmiyân par les talibans d’Afghanistan. Ces trois hauts-reliefs monumentaux de bouddhas debout, à 230 kilomètres au nord-ouest de Kaboul, auraient complètement cédé après un mois de tirs d’artillerie et d’explosifs. Ils auraient été construits entre 300 et 700 après J.C. Face à ce qui heurte leur conception de l'Histoire et de la culture, les intégristes ont choisi de nettoyer par le vide.