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Voilà pourquoi certains arrivent (ou non) à contrôler leurs rêves

Publié le

par Théo Chapuis

Des chercheurs allemands pensent avoir compris pourquoi certaines personnes sont plus aptes que d'autres à contrôler leurs rêves. Un mystère abordé de tout temps au cinéma.

Nous sommes nombreux à avoir expérimenté le contrôle de nos rêves. Mais pouvoir décider, même un instant, d'infléchir ses songes, ce n'est pas donné à tout le monde : nous ne sommes pas tous égaux devant le songe. Si l'existence des rêves dits "lucides" a été prouvée dans les années 1970, ils restent encore bien mystérieux pour la communauté scientifique.

Sauf si les récentes découvertes des neurologues de l'Institut Max Planck, en Allemagne, publiées dans The Journal of Neuroscience, se trouvent adoubées par leurs pairs. Les chercheurs Elisa Filevich, Martin Dresler, Timothy R. Brick et Simone Kühn ont remarqué chez certains individus une zone du cerveau particulièrement développée. C'est le cortex préfrontal antérieur, partie du cerveau dédiée aux fonctions cognitives dites "supérieures" (langage, raisonnement, mais aussi goût et odorat...). Et c'est précisément chez ces "rêveurs lucides" que cette zone est hypertrophiée.

Chez les rêveurs capables de contrôler leurs songes, le cortex préfrontal, ici en jaune, est davantage développé (Crédits image : MPI for Human Development)

Puisque c'est la zone du cerveau dédiée à ce qui fait de nous les êtres doués de raison dont nous sommes si fiers, les chercheurs ont alors voulu savoir dans quelle mesure l'aptitude à faire des "rêves lucides" et la conscience de soi étaient liés.

Rien de mieux qu'un test pour le savoir. Les scientifiques ont soumis 62 volontaires – dont la moitié sont des "rêveurs lucides" – à l'observation de leur activité cérébrale par imagerie à résonance magnétique fonctionnelle.

Les résultats ont corroboré les attentes des chercheurs : le cortex préfrontal antérieur de ceux qui savent contrôler leurs rêves est non seulement plus gros, mais aussi plus actif. Aussi, avoir une forte conscience de soi serait lié au fait de savoir façonner ses aventures nocturnes.

Un vieux fantasme au cinéma

En 2010, Inception de Christopher Nolan remporte l'Oscar du meilleur scénario original. Dom Cobb, interprété par DiCaprio, est un "extracteur", c'est-à-dire un voleur capable de s’approprier les secrets de n'importe quel individu, enfouis au plus profond de son subconscient, pendant qu’il rêve. Selon le film, c'est précisément à ce moment-là que son esprit est particulièrement vulnérable.

D'ailleurs, un internaute s'était même amusé à différencier le rêve de la réalité au cours du film, s'aidant d'un détail :

Mais si l'idée de Christopher Nolan est brillante, elle ne date pas d'hier. Depuis toujours, le rêve est un état de conscience qui fascine les cinéastes. Sans en faire une liste exhaustive, on peut citer un paquet de films, parmi lesquels Le Cabinet du Docteur Caligari, sorti en 1927. Chef-d'œuvre de l'expressionnisme allemand, il abordait déjà les questions de réalité et de rêve en les entremêlant, dans une sombre histoire de meurtre et de somnambulisme.

Il faut aussi compter sur eXistenZ de David Cronenberg avec Jude Law. Sorti en 1999, celui-ci s'attarde plus sur un niveau de conscience alternatif que sur le rêve à proprement parler puisqu'il s'agit de connecter un jeu vidéo directement au système nerveux des participants. Encore une fois, c'est la zone floue entre la réalité et le rêve qui est abordée.

Mais notre préféré, c'est sans doute Brazil, perle noire de Terry Gilliam sortie en 1985. À ce moment-là, bigre, les salles obscures n'ont jamais aussi bien porté leur sobriquet. Une mise en abîme kafkaïenne, un monde rétro-futuriste foisonnant et une ritournelle oppressante cadrent une histoire avec un fil rouge consacré à l'évasion par le songe que le plus doué des Monty Python résume comme suit :

De prime abord, Brazil s'intéresse à un fonctionnaire sans histoire, Sam Lowry, qui travaille au sein d'une énorme machine bureaucratique, le Ministère de l'Information, dont il devient rapidement la victime. C'est aussi l'histoire de quelqu'un qui ne prend pas la réalité au sérieux et qui perd trop de temps à rêver.