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Contre le braconnage, des zoos européens ont décidé de décorner leurs rhinocéros

Publié le

par Jeanne Pouget

Depuis 2016 le Zimbabwe décorne les rhinocéros pour lutter contre le braconnage ( ©Africanews/Twitter)

Suite au braconnage du rhinocéros Vince au zoo de Thoiry dans la nuit du 6 au 7 mars dernier, plusieurs établissements européens réfléchissent à des solutions pour éviter qu'un tel drame se reproduise. Certains ont choisi de scier les cornes de leurs animaux, une solution pour le moins radicale.

Depuis 2016, le Zimbabwe décorne les rhinocéros pour lutter contre le braconnage. (© Africanews/Twitter)

La semaine dernière et pour la première fois en Europe, un rhinocéros blanc du Sud âgé de 4 ans a été abattu en France de trois balles dans la tête par des braconniers, qui se sont emparés de l'une de ses cornes. Une situation inédite qui a montré la détermination des malfaiteurs – toujours en fuite à l'heure actuelle –, qui ont déjoué le système de sécurité du zoo de Thoiry (Yvelines) et méthodiquement enfoncé les grilles menant à l'enclos de l'animal.

Face à la gravité de la situation, certains zoos d'Europe ont déjà fait le choix, radical, de décorner leurs rhinocéros, pour dissuader d'éventuels braconniers et éviter un scénario similaire. C'est le cas du parc de Pairi Daiza en Belgique, qui compte trois rhinocéros adultes et un bébé, pour l'instant dépourvu de cornes.

"Cette mesure de protection est considérée à ce jour comme une des seules actions réellement dissuasives", a justifié le directeur du parc Éric Domb sur sa page Facebook. Le jardin zoologique tchèque de Dvur-Kralove-nad-Labem, qui détient vingt-et-un rhinocéros dont trois bébés, compte lui emboîter le pas : "La raison est la sécurité des rhinocéros [...]. L'attaque (en France) nous a mis en état d'alerte. Le danger est vraiment intense", a déclaré à l'AFP Andrea Jirousova, la porte-parole du lieu.

Une opération indolore déjà pratiquée en Afrique

L'opération rapide et pratiquée sous anesthésie est indolore pour les animaux. Elle consiste à scier leurs cornes à quelques centimètres de la racine. Constituées d'un mélange de kératine et de poils agglomérés, soit la même matière que nos ongles et cheveux, elles repoussent avec le temps. L'amputation n'est donc pas définitive et doit être réitérée après une période de deux ans. La technique est déjà à l'œuvre dans certains pays d'Afrique, qui l'ont généralisée dans leurs réserves, comme en Afrique du Sud et au Zimbabwe.

Si décorner les rhinocéros s'apparente à une triste mutilation qui fait perdre une partie de leur identité à ces animaux majestueux, c'est pour l'instant la seule solution vraiment efficace pour lutter contre le braconnage. En effet, dépourvus de leurs cornes, ces animaux n'ont plus de valeur aux yeux des braconniers qui n'ont donc plus de raison de s'attaquer à eux. Pour Cécile Dubois, directrice adjointe du Safari de Peaugres (Ardèche), qui envisage aussi de décorner ses animaux, ce genre de décision n'est pas une réjouissance. Elle résume en une phrase la tristesse d'en arriver là : "On reçoit beaucoup de critiques sur les réseaux sociaux [...]. Mais mieux vaut un rhinocéros moche mais vivant qu'un rhinocéros mort", explique-t-elle au Figaro.

Pour rappel, la corne d'un rhinocéros peut se vendre jusqu'à 60 000 dollars (environ 57 000 euros) le kilo au marché noir, soit plus cher que l'or et la cocaïne. Réduite en poudre, elle est revendue sur les marchés asiatiques sous forme de remèdes divers contre l'impuissance ou le cancer par exemple – des vertus en réalité inexistantes, selon toutes les études scientifiques menées sur le sujet.

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