La contraception masculine, une révolution sexuelle en marche ?

Vasalgel, la nouvelle contraception masculine qui devrait être commercialisée d'ici 2017, apparaît comme une petite révolution. Mais sommes-nous prêts ?

vasalgel02

C'est l'ONG américaine Parsemus Foundation, spécialisée dans la "recherche médicale innovante et négligée", qui a lancé ce que beaucoup considèrent comme une avancée sans précédent dans la contraception masculine. En reprenant un concept imaginé il y a une quinzaine d'années par le docteur indien Sujoy Guha, la fondation est en train de développer Vasalgel, qui comme son nom l'indique, est un gel contraceptif injecté dans le canal déférent, d'où s'échappent les spermatozoïdes, afin de les bloquer.

Publicité

C'est un peu le même principe que la vasectomie, la section et le côté irréversible en moins, dans le sens où une seule injection permet d'éliminer l'aspect contraceptif. Une méthode sans hormone et, qui plus est, reste indolore, histoire de faire passer plus facilement la pilule à ces messieurs. Tout laisse à penser que Parsemus Foundation a trouvé une alternative très intéressante et révolutionnaire en matière de contraception. Mais sommes-nous vraiment prêts pour cela ?

Une responsabilité pour les hommes

La spécialisation de la fondation, "recherche médicale innovante et négligée", en dit déjà long sur la contraception masculine. En effet, quand les choix se multiplient toujours plus niveau contraception féminine, la même chose pour la gent masculine est loin d'être vraie. Alors qu'on reparle régulièrement de la "pilule pour homme", elle est aussi souvent avortée ou repoussée pour des raisons aussi bien physiologiques que sociologiques.

En effet, on pourrait penser que le corps de l'homme, contrairement à celui de la femme, est beaucoup plus simple, pourtant cela fait plusieurs années que des chercheurs se cassent la tête pour trouver une solution afin d'empêcher les millions de spermatozoïdes de sortir de leur nid lors des relations sexuelles.

Publicité

Illustration sur la pilule contraceptive pour homme.

La bonne nouvelle c'est que depuis quelques années ces pistes de recherches confortent cette idée que la contraception et le contrôle de la grossesse ne doivent pas rester l'apanage des femmes. Reste à savoir si les hommes sont prêts pour cela car limiter leur capacité reproductives peut être considéré par certains comme une perte de virilité.

Ce qui est sûr c'est qu'une contraception masculine de ce genre ne pourra pas révolutionner autant que la création et la commercialisation de la pilule pour les femmes dans les années 1960. Mais comme le souligne Rue89, cela pourrait limiter les "accidents" engendrant des paternités non désirées. Car après tout, si les femmes sont en mesure de décider si elles veulent avoir un ou plusieurs enfants, les hommes devraient avoir ce droit également, si on souhaite vraiment une égalité homme/femme. Partager la responsabilité de la reproduction, c'est surtout cette avancée sociologique qu'il faut retenir. Mais les femmes sont-elles vraiment prêtes elles aussi ?

Publicité

Une avancée pour les femmes

En ce qui concerne la contraception féminine, aucune méthode n'est réellement parfaite. Il y a d'abord les effets secondaires de la pilule, contraceptif le plus utilisé en France, entre prise de poids, migraines, baisse de la libido, acné pour ne citer que les plus gênants. Et aussi cette nécessité d'être ultra ponctuelle et irréprochable tous les jours, d'avoir toujours sa plaquette sur soi, penser à éteindre son alarme lorsqu'on va à une séance de cinéma, etc. Et c'est sans compter la panique qu'ont suscitée les controverses sur les pilules de 3e et 4e génération. Bref, la pilule a beau être un des contraceptifs les plus sûrs, elle reste bien contraignante.

Il y a bien le préservatif – indispensable lors des coups d'un soir ou autres PQR pour les sex friends, afin d'éviter toute MST– mais entre le fait que ce ne soit pas vraiment confortable, que son application sur le pénis peut parfois faire redescendre l'excitation et qu'en plus une boîte de capotes ça coûte cher, l'utiliser dans un couple stable longue durée est rarement le choix privilégié.

preservatif

Publicité

On ne parlera même pas du préservatif féminin. Sinon, il existe toujours le stérilet, moyen de contraception souvent boudé par beaucoup de françaises et par une horde de médecins qui refusent d'en poser à une femme qui n'a pas encore eu d'enfants, ou plus récemment l'implant contraceptif.

Somme toute, aucune contraception n'est exemptée d'effets secondaires non désirables. Alors si un produit comme le Vasalgel n'en procurait pas, il serait plus logique que les hommes s'occupent de contrôler leurs spermatozoïdes.

Pour autant, toutes les femmes ne semblent pas non plus favorables à cette révolution. En effet, dans un article de Slate, une interviewée confie : "La pilule, c'était un droit qu'on nous donnait, la pilule masculine serait comme si on nous retirait ce droit". En effet, la contraception est intrinsèquement liée à la liberté de la femme, celle de pouvoir disposer de son corps et d'assumer une sexualité hors reproduction. L'avantage avec Vasalgel par rapport à la pilule, c'est qu'il n'y aura pas de risque que l'homme oublie sa pilule et que la femme en fasse les frais. Le débat semble ainsi diviser tout autant la gent masculine que la gent féminine.

Ce n'est pas pour tout de suite

Rien ne sert de s'emballer pour autant, Vasalgel ne devrait pas être commercialisé avant 2017. Et encore faut-il que tous les tests soient concluants. Alors qu'on n'attend pas de pilule masculine avant une dizaine d'années, une commercialisation d'ici trois ans semble très optimiste. Surtout que pour l'instant les tests n'ont été effectués que sur des souris et des babouins.

Pour être sûr de l'efficacité nous avons décidé de donner à tous les hommes une occasion de s'accoupler avec les femelles afin de s'assurer qu'aucune grossesse ne se produise. Chacun des trois babouins mâles ont été placés dans un enclôt avec 10 à 15 femelles (oui, c'est 10-15 chacun). Et la bonne nouvelle c'est que jusqu'à présent aucune grossesse n'a été détectée.

Si des tests devraient être effectués prochainement sur des humains, reste encore à savoir s'il n'y aura pas d'effets secondaires sur la fertilité, la libido ou les testicules de ces messieurs, après une injection de Vasalgel à 800 dollars. Et le problème c'est que pour réellement le savoir, il faudra certainement attendre plusieurs années. Peut être le temps suffisant pour que les mentalités aussi bien des hommes et des femmes continuent d'évoluer ?

Publié le 17 septembre 2014 à 15h10.

Par Anaïs Chatellier, publié le 17/09/2014

Copié

Pour vous :