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En route vers un second mandat, Xi Jinping promet une "nouvelle ère" pour la Chine

Publié le

par Astrid Van Laer

Mercredi 18 octobre s’est ouvert le 19e congrès du Parti Communiste chinois. Le secrétaire général du parti et président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, a livré ce matin un discours fleuve. Les instances dirigeantes vont être renouvelées, avec à la clé un très probable second mandat pour Xi Jinping.

Le président de la République Populaire de Chine, Xi Jinping, au pouvoir depuis 2013, a ouvert mercredi 18 octobre le 19e congrès du Parti communiste chinois, qui s’étendra sur une semaine.

Ce congrès, réuni au palais des Peuples, place Tiananmen, a pour but de renouveler tous les cinq ans les instances dirigeantes. Concernant le mode de scrutin, il fonctionne avec un système semblable à celui des "grands électeurs" : ce sont quelque 2 280 délégués qui sont appelés à voter pour élire les membres du comité permanent, le plus important, mais également ceux du comité central et du bureau politique du parti.

Au-delà de cette élection, il s’agit de donner à voir les lignes directrices qui guideront la politique du pays pour les années à venir, par le biais du secrétaire général du parti et dirigeant chinois. Après être revenu sur les grands moments de son mandat passé, Xi Jinping a promis une "nouvelle ère" à son pays.

Le moins que l’on puisse dire est qu’il a exposé, dans une allocution de près de trois heures et demi, entrecoupées de longs épisodes d’applaudissements, une vision à long terme pour son pays puisque son discours évoquait un projet, en grande partie économique, s’étalant jusqu’en 2050.

"Une place encore plus centrale sur la scène internationale"

L’objectif affiché par Xi Jinping a été clair : une croissance "rapide" et une "place [de la Chine] encore plus centrale sur la scène internationale" seront les maîtres mots des années à venir. Le numéro un chinois s’est adressé aux entreprises étrangères, expliquant que son pays allait davantage s’ouvrir sur le monde, revenir sur son modèle très protectionniste et veiller à traiter de manière "équitable" les entreprises étrangères.

Cette annonce intervient alors que la Chambre européenne de commerce en Chine déplorait encore récemment les obstacles administratifs compliquant les investissements étrangers, soulignant que les entreprises européennes étaient lassées "de ces promesses, connaissant bien cette litanie d’engagements […] qui ne sont jamais véritablement matérialisés" et demandant que des "actes concrets" voient le jour, comme un véritable assouplissement des conditions d’accès au marché national.

Mats Harborn, président de cette Chambre de commerce, avait en effet pointé du doigt en septembre dernier cette inégalité de traitement flagrante entre les entreprises locales et étrangères, assurant que "le manque de réciprocité [n’était] pas politiquement tenable" et avait tapé du poing sur la table :

"Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les investissements chinois en Europe se sont envolés de 77 % l’an dernier, tandis que les investissements de l’UE en Chine s’effondraient d’un quart. […]

Si la Chine n’agit pas, nous redoutons le contrecoup : personne ne veut voir un engrenage de représailles entre grandes puissances commerciales. […] Nous appelons à l’abolition des lois sur les investissements étrangers."

Xi Jinping a donc répondu à ces inquiétudes en assurant que "la Chine [n’allait] pas fermer ses portes, mais s’ouvrir davantage". Le président chinois a également martelé que selon lui, "l’ouverture amène le progrès, la fermeture […] ramène en arrière". Pour ce faire, il a encouragé les citoyens chinois à redoubler d’efforts en citant un proverbe local selon lequel un "voyageur qui a fait 90 % de son trajet doit considérer qu’il n’est encore qu’à mi-chemin".

Un second mandat quasi assuré pour Xi Jinping

Les instances dirigeantes du parti vont également être renouvelées à l’occasion de ce 19e congrès. En tant que secrétaire général de ce parti unique, Xi Jinping est à la tête du pays depuis cinq ans et tout mène à penser que ce mandat, renouvelable une fois, va l’être.

Le leader chinois de 64 ans, descendant de l’aristocratie communiste, est le fils de Xi Zhongxun, secrétaire général du gouvernement de Mao Zedong pendant plusieurs années et responsable de la propagande du parti avant d’être victime d’une grande vague de purges et emprisonné en 1962 pour avoir été critique vis-à-vis des dérives du régime, comme le rappelait Le Point peu avant son accession au pouvoir.

Xi Jinping passe une partie de sa jeunesse à la dure et à l’écart, dans la campagne chinoise, où il s’instruit avant d’entrer, à l’âge de 21 ans, à l’université Qinghua de Pékin. Il fait ensuite ses armes en politique en enchaînant les mandats locaux en tant que vice-maire ou gouverneur. Il faut savoir qu’il fut longtemps le "mari de", après son mariage avec Peng Liyuan, une chanteuse vedette sommée de mettre sa carrière entre parenthèses en 2008 afin de laisser la pleine lumière à son époux en pleine ascension politique.

Cette stratégie de communication plutôt inédite, qui a consisté pendant un temps à laisser filtrer de nombreuses informations sur Xi Jinping pour lui donner un visage plus populaire, lui permit d’abord d’être nommé vice-président de la République populaire avant d’accéder au grade suprême et d’en devenir le président en 2012.

Depuis, Xi Jinping tient le pays d’une main de fer. Marie Holzman, présidente de l’association "Solidarité Chine", interviewée par France Info, rappelle notamment qu’en l’espace de cinq ans, ce sont 1 300 000 personnes qui ont été incarcérées au motif officiel de "corruption". Cette dernière affirme que la dynamique de la peur, à l’œuvre dans le pays, lui permet de jouir d’une autorité forte :

"Il a concentré tous les pouvoirs et en use. Il a censuré les intellectuels, il a mis en prison les avocats défenseurs des droits civiques. Maintenant, il s’attaque aux patrons d’usine qui ont le mieux réussi."

Dans son long discours d’ouverture du Congrès, traduit par Les Échos, Xi Jinping a par ailleurs enjoint les citoyens chinois à soutenir le régime, ne laissant aucune place à une quelconque forme d’opposition :

"Chacun d’entre nous doit en faire davantage pour défendre l’autorité du parti et le système socialiste chinois et s’opposer résolument à toute parole et action de nature à les saper."

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