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Argentine : une ville décide d'interdire les concours de beauté

Publié le

par Anaïs Chatellier

La municipalité de Chivilcoy en Argentine a décidé d'interdire les concours de beauté, jugés "sexistes" et "discriminatoires".

"La beauté n'est pas un critère objectif" commence par rappeler le texte adopté par la grande majorité des législateurs de la municipalité de Chivilcoy. Selon Telesur, cette ville située à quelques 160 kilomètres de Buenos Aires a décidé de bannir définitivement toutes sortes de concours de beauté. Une ordonnance qui serait une première au monde, dans un pays où ce genre d'émission est pourtant très populaire.

Ces concours de beauté pour les petites filles, les adolescentes ou les jeunes renforcent l'idée que les femmes doivent être valorisées et primées exclusivement par rapport à leur physique.

La municipalité les qualifie ainsi de "sexistes" et leur reproche d'être basés sur des "stéréotypes qui promeuvent, la plupart du temps, une véritable obsession de la beauté corporelle et qui entraînent des maladies telles que la boulimie, l'anorexie ou d'autres troubles alimentaires".

Histoire de combler le vide de ces événements annuels, la ville de Chivilcoy souhaite organiser des rencontres entre personnes âgées de 15 à 30 ans afin de promouvoir des activités solidaires permettant, à terme, d'améliorer la vie des différents quartiers de la ville. Une initiative qui apparaît bien plus utile.

Vers une remise en cause des concours de beauté ?

Alors que la décision de la ville Chivilcoy fait figure d'exception, il semblerait que de plus en plus de personnes se mobilisent contre les concours de beauté. Il faut dire que toutes les déclinaisons, de Miss Département à Miss Univers, en passant par Miss France ou Miss Prestige National rien que pour la France – et c'est sans compter les multiples concours de beauté qui existent – ont un point en commun : celui de standardiser les canons de beauté. Ce que dénonce très bien le journaliste Christophe Hondelatte :

Il n'est pas possible de présenter des femmes sur des étagères comme du bétail, juste comme des objets à contempler. Miss France est la caricature de l'émission sexiste. Il y a des portes qui ont été refermées et on ne veut pas revenir à la contemplation de la femme objet. Elles sont surtout élues sur leur plastique. En 2014, c'est indigne.

Les concours qui paraissent les plus aberrants sont ceux qui réunissent sur un même étalage des femmes du monde entier... Comme si la beauté était universelle et qu'une seule femme pouvait devenir Miss Univers ou Miss Monde. Un autre problème de taille s'insère en plus dans ces concours : la chirurgie esthétique.

Comment est-ce possible de discerner le prix de la plus belle femme du monde à une beauté plastique ? Car si en France, le recours à la chirurgie esthétique est prohibé, c'est loin d'être le cas dans la plupart des pays. Les exemples sont d'ailleurs nombreux entre le Venezuela où la chirurgie est coutume – ce qui expliquerait d'ailleurs que plusieurs de leurs Miss aient remporté Miss Univers – ou encore la Corée du Sud où le conformisme frappant pour ne pas dire inquiétant de plusieurs candidates avaient fait du bruit.

Kristina Pimenova considérée comme "la plus belle petite fille au monde", déjà mannequin et habituée des concours de beauté.

Mais dans cette société où tout n'est que paraître, la question de savoir si ces concours peuvent mettre en compétition des mineures se pose de plus en plus. En 2010 déjà, le président équatorien Rafael Correa avait annoncé l'interdiction de concours de beauté dans les collèges, invoquant l'idée qu'ils n'ont aucune valeur éducative et qu'ils véhiculent des critères sexistes.

En France, l’interdiction des concours de Mini-Miss a été votée le 18 septembre 2013 par le Sénat, même si plusieurs médias des États-Unis avaient alors réagi en critiquant l'hypocrisie de notre pays qui a "toujours été célèbre pour ses sex-symbols pré-ados".

Et même si récemment la jeune Kristina Pimenova, qui a 9 ans a déjà une carrière de mannequin depuis quelques années, a fait beaucoup parler d'elle, l'hypersexualisation des enfants semble être devenu un problème auquel il faut remédier. Pour autant, le débat peine à s'élargir à d'autres tranches d'âges encore plus concernées par les problèmes de nutrition et de mensuration supposés par les concours de beauté.

En ce qui concerne la France, leur interdiction ne semble pas vraiment au goût du jour. On imagine mal TF1 renoncer à une émission qui se hisse chaque année en tête des audiences.

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