(Crédits image : Agência Brasil)

Comment fonctionne une boîte noire ?

Dans la nuit du lundi 21 au mardi 22 juillet, les séparatistes ukrainiens ont remis à la Malaysia Airlines les deux boîtes noires de l'avion de ligne MH17 abattu le 17 juillet dans la zone du pays qu'ils contrôlent. Mais comment ces machines fonctionnent-elles ?

Boîte noire de type "enregistreur de vol" (Crédits image : TUFKAAP/Domaine public)

Boîte noire de type "enregistreur de vol" (Crédits image : TUFKAAP/Domaine public)

La boîte noire. À chaque fois qu'une catastrophe aérienne survient, on le sait, les nouvelles qui suivent parlent de la quête de ce fameux dispositif. Et il est au moins aussi fameux que mystérieux. Abattu le 17 juillet au-dessus de la partie maîtrisée par les pro-Russes en Ukraine, les secrets du vol MH17 sont cachés dans deux de ces dispositifs qui équipent tous les avions. Mais comment fonctionne une boîte noire et à quoi sert-elle exactement ?

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Tout d'abord, si c'est le terme de "boîte noire" qui est resté, les boîtes noires ont la fonction d'enregistreurs de vol, ou de mouchards, peints plutôt de couleur vive (et non en noir) afin de pouvoir les repérer facilement en cas de crash. En l'occurrence, les deux boîtes noires du vol MH17 sont rouges, comme on peut le constater dans la vidéo de l'AFP hébergée par LeMonde.fr où on voit les séparatistes ukrainiens les remettre aux Malaisiens.


Vol H 17 : les boites noires remises aux...
par lemondefr

Enregistrement numérique et vocal

On en compte deux dans un appareil de type MH17. L'une, nommée CVR (Cockpit Voice Recorder, ou "enregistreur vocal du cockpit") est placée à l'avant de l'avion afin d'enregistrer les messages entre l'équipage et le sol, les conversations au sein du cockpit et les annonces en cabine passager. L'autre, au nom de DFDR (Digital Flight Data Recorder, ou "enregistreur des données du vol numérique") se trouve à l'arrière de l'avion et enregistre l'ensemble des données techniques du vol. Pourquoi à l'arrière ? Car c'est en général la partie la mieux conservée lors d'un crash.

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Lourdement protégées, elles doivent pouvoir résister au crash et aux éventuelles altérations dues au feu et à l'eau. Leur dispositif de blindage les préserve des immersions profondes jusqu'à 6 000 mètres et des températures excédant 1 100°C pendant une heure maximum. Ainsi, si le vol MH17 a bel et bien reçu de plein fouet un missile BUK, les responsables malaisiens auxquels les séparatistes ukrainiens ont remis les enregistreurs ont constaté qu'ils se trouvaient "en bon état".

Aussi, le Nouvel Obs rappelle qu'après 23 mois immergées à 3 900 mètres de profondeur dans l'Océan atlantique, les données contenues dans les boîtes noires de l'AF447 d'Air France avaient ainsi pu être intégralement recueillies, permettant d'enfin lever le voile sur le mystère du crash Rio-Paris survenu le 1er juin 2009.

Tout blindés qu'ils soient, comment retrouver les enregistreurs de vol sous l'océan ? Équipées d'une balise qui se déclenche en cas d'immersion, ils émettent un signal à ultrason toutes les secondes pendant une durée d'au moins 30 jours à 2km de portée en moyenne.

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Un système archaïque ?

Malgré toutes les caractéristiques de performance et de protection des enregistreurs de vol, cela n'a pas suffi à retrouver la trace du tristement célèbre vol 370 de la Malaysia Airlines et de nombreuses voix s'élèvent aujourd'hui pour améliorer ce système. Certains recommandent que la durée de vie des boîtes noires, sous l'eau, s'étende de 30 à 90 jours et que la portée de leur signal augmente également. Cette demande a été formulée pour s'appliquer "aussi rapidement que possible" par les enquêteurs à la recherche de l'AF 447 Rio-Paris... dont on n'a retrouvé les boîtes noires qu'en 2011.

Plus radicaux, d'autres pensent qu'on peut se passer des boîtes noires, mais qu'un "live stream" doit s'opérer entre l'avion et le sol afin d'obtenir les informations en temps réel. Ce qui éviterait d'attendre de posséder la boîte noire "physiquement" pour connaître les circonstances d'un dysfonctionnement menant à un accident.

Le portrait-robot du vol MH370, toujours porté disparu. (Crédits image : Les Echos)

Le portrait-robot du vol MH370, toujours porté disparu. (Crédits image : Les Echos)

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Un peu d'Histoire

Il faut savoir que la boîte noire est une invention made in France. Dès 1940, l'ingénieur aéronautique François Hussenot s'est spécialisé dans l'étude, la réalisation et les perfectionnements des enregistreurs et instruments d'essais en vol. Il donne même son nom à un ancêtre photographique de ce dispositif, qui devient le "Hussenographe".

Mais c'est en 1942 que le premier enregistreur de vol moderne est inventé, en Finlande cette fois-ci. L'ingénieur aéronautique Veijo Hietala avait conçu une boîte littéralement noire, permettant d'enregistrer toute information importante des tests d'avions de chasse que l'armée finlandaise concevait ou réparait dans son atelier d'assemblage principal à Tampere.

Pour ses services d'information exhaustifs sur les détails du vol, son concepteur la nomme du nom de la célèbre espionne de la Première guerre mondiale, Mata Hari. Un exemplaire de ce type est toujours conservé au musée de Vapriikki, en Finlande.

Pendant les recherches autour du crash du vol 538 de la Trans Australia Airlines en 1960 à Mackay dans le Queensland, le juge de l'enquête a fortement recommandé que des enregistreurs de vol soient installés à bord de tous les avions de ligne. L'Australie est alors devenu le premier pays à inclure un CVR. Les autres pays du globe lui ont tous emboîté le pas et c'est pourquoi à chaque catastrophe aérienne, vous entendez parler de ces mystérieuses boîtes noires. Sauf que maintenant, vous savez pourquoi.

Le modèle MAta Hari, premier enregistreur de vol moderne inventé en 1942 (Crédits image : Vapriikki museum)

Le modèle MAta Hari, premier enregistreur de vol moderne inventé en 1942 (Crédits image : Vapriikki museum)

Par Théo Chapuis, publié le 22/07/2014

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