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Comment des anti-IVG ont lancé une campagne sauvage sur des arrêts de bus parisiens

Publié le

par Cyrielle Bedu

Le 16 janvier, des passants ont pu découvrir des panneaux publicitaires anti-IVG placardés illégalement sur des Abribus parisiens. La campagne, organisée par le mouvement "En marche pour la vie", était très bien planifiée.

(Crédit Image : Guy Birenbaum, <a href="https://twitter.com/guybirenbaum?lang=fr" target="_blank">via Twitter</a>)

Quelle ne fut pas la surprise des Parisiens de voir, alors qu'ils allaient travailler le 16 janvier, certains des arrêts de bus de leur ville affublés de publicités anti-IVG, similaires à celles que les lecteurs du Figaro ont pu trouver dans leur journal la semaine dernière :

Atterrés, plusieurs internautes ont contacté sur les réseaux sociaux la société JCDecaux, leader mondial de la publicité extérieure sur mobilier urbain, qui s'occupe de l'affichage des pubs dans une grande partie des transports parisiens. La réponse de l'entreprise a été sans appel :

JCDecaux affirme donc que, contrairement aux publicités présentes dans des journaux comme Le Figaro ou Valeurs Actuelles, elle n'était pas au courant et donc pas responsable de l'affichage de ces pubs anti-IVG. Il s'agirait d'un placardage illégal, effectué en pleine nuit par le mouvement "En Marche pour la vie".

Une organisation millimétrée

Pour cette campagne de placardage, le groupe était bien préparé, comme nous l'explique Emilie, une jeune militante féministe LGBT. La semaine dernière, elle a trouvé sur le site de l'association anti-avortement l'annonce d'une opération de collage prévue pour le 12 janvier. Le groupe aurait eu besoin de "200 personnes pour une opération de street marketing". Curieuse d'en savoir plus, Emilie a rempli un formulaire pour y participer. Très vite, elle a reçu des SMS (dont elle nous a envoyé des captures d'écran) expliquant le but de cette fameuse campagne, avec des indications précises à suivre pour prendre part à ces collages totalement illégaux :

Comme le dit l'annonce, il s'agissait bien d'un collage "particulier". Pour être discrets et se faire passer pour des agents de la société JCDecaux, il était donc demandé aux participants de venir en tenue "street crade" pour "ressembler à des techniciens". Dans cette optique, il fallait également que les participants se munissent de gilets jaunes de sécurité.

Une carte géolocalisant plusieurs Abribus a même été diffusée aux "équipes de collage". Selon Emilie : "Cette carte a été légendée en fonction des groupes d'action. C'est en tout cas ce qu'on m'a dit quand je les ai appelé pour leur poser la question. Il y avait plusieurs équipes créées selon la proximité géographique de chacun. Les couleurs [représentaient] donc les équipes, les points et les cibles".

À la suite de la réception de ces SMS, Emilie et une autre militante féministe ont contacté la police pour porter plainte, preuves à l'appui. "Ils ont pris notre histoire très au sérieux et ont envoyé une patrouille le soir même", explique la jeune femme. Peu de temps après, elle reçoit un texto du groupe anti-IVG annonçant l'annulation de l'opération du 12 janvier.

"Quand j'ai reçu le texto disant qu'ils abandonnaient pour ce soir-là,  je savais qu'ils allaient réitérer", déclare Emilie. Et c'est bien ce qu'ils ont fait dans la nuit du 15 au 16 janvier... Sur son compte Twitter, la société JCDecaux a annoncé qu'elle comptait porter plainte.

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