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Reporters Sans Frontières lutte contre la cybercensure avec l'opération "Collateral Freedom"

Publié le

par Aline Cantos

Neuf sites miroirs ont fait leur apparition sur la toile. Ces sites, à l'initiative de Reporters Sans Frontières, viennent contourner la censure qui fait rage dans certains pays, privant les habitants d'informations.

La journée du 12 mars a été décrétée "Journée mondiale contre la cybercensure" par l'organisation internationale Reporters Sans Frontières. Le moins que l'on puisse dire, c'est que celle du 12 mars 2015 a mis à jour le foisonnement d'idées de l'ONG en la matière.

Parmi les pays concernés par l'action de RSF, des pays du Golfe, la Chine, le Vietnam, et bien d'autres. Avec un total de 11 pays visés, l'action "Collateral Freedom" a de l'ambition et en appelle aux dons afin de maintenir l'hébergement des sites et par là même la continuité de ses effets.

Capture d'écran du site de l'opération <a href="http://12mars.rsf.org/2015-fr/" target="_blank">Collateral Freedom</a>

"Collateral Freedom, la censure mise en échec dans 11 pays ennemis d’Internet"

Mettre à mal la censure dans des pays "ennemis d'Internet", tel est l'objectif de RSF selon la description sur le site dédié à l'opération. Le message est fort en signification et place Internet parmi les tenants de la liberté. Ainsi, quoi de plus naturel que de voir qu'à l'initiative du projet se trouve une ONG chinoise du nom de GreatFire.

Alors que le net est contrôlé par un bataillon de fonctionnaires en permanence, bloquant plateformes, sites et informations indésirables aux yeux du gouvernement, le pays s'emploie à mettre en avant son ouverture économique et sa croissance afin de démontrer sa puissance.

Pourtant, la Chine est encore bien loin de la liberté qu'elle donne à voir. Malgré une masse de plus en plus dense de blogueurs et blogueuses hyperconnectés, le pouvoir chinois s'acharne à exercer son pouvoir par le biais de la censure et à grand renfort de listes noires et de suspensions de sites internet.

Pays visés par la campagne <a href="http://12mars.rsf.org/2015-fr/" target="_blank">Collateral Freedom</a>

Mais le pays semble avoir de plus en plus de mal à exercer son emprise, son développement passant en partie par le web et les options que ce dernier offre afin de nourrir l'activité et la croissance.

Au demeurant, si 75% des chinois déclarent se sentir libres sur Internet, certains sites restent tout de même hors de portée de ces derniers, bloquant nombre d'informations.

Le problème est le même dans les pays du Golfe, notamment aux Émirats Arabes Unis, pays que RSF classe parmi la catégorie des "états sous surveillance". Une cyberpolice y est en effet chargée de contrôler l'activité sur Internet, notamment à travers des contrôles d'identité parfois imposés dans les cybercafés.

"D’après un sondage publié par le journal Khaleej Times, 95,5 % des personnes interrogées sont contre le système actuel de filtrage" affirme Reporters Sans Frontières au sujet des dispositions légales interdisant depuis 2006 toute "opposition à l'islam", "insulte à une religion reconnue par l'état" ou "transgression des valeurs et principes familiaux".

Sites miroirs mis en ligne par <a href="http://12mars.rsf.org/2015-fr/#sites" target="_blank">RSF</a> et GreatFire

Un hashtag mobilisateur

Les cas de censure se suivent et se ressemblent dans les pays concernés par l'action "Collateral Freedom", c'est pourquoi l'organisation compte sur la mobilisation financière et la participation des internautes afin de contrer la cybercensure.

En choisissant d'utiliser le hashtag #CollateralFreedom, Reporters Sans Frontières compte sur les réseaux sociaux afin de faire entendre sa voix. La viralité permise par ces réseaux est génératrice d'une participation hors-norme de la société civile, permettant d'aller au-delà de la simple voix des ONG.

Reporters Sans Frontières n'est pas la seule ONG à miser sur la viralité puisque l'ONU Femmes, par exemple, a déjà envahi les réseaux sociaux avec un "#HeForShe" venant promouvoir sa campagne pour l'égalité des sexes, dont la représentante est l'actrice britannique Emma Watson.

Désormais, les ONG interagissent avec les internautes afin d'augmenter leur visibilité et leur soutien, appuyant ainsi la force de leurs opérations. L'action menée par Reporters Sans Frontières comptant sur les dons afin de maintenir les bandes passantes servant à la mise à disposition des sites miroirs, le hashtag #CollateralFreedom apparaît comme une opportunité de mobiliser massivement à moindre frais, évitant ainsi d'importants frais de publicité.

Les tweets de soutien à l'opération affluent des quatre coins du monde, relayant ainsi la campagne et ses intentions. Lutter contre la censure d'Internet en passant par le web lui-même, un pari risqué mais semble-t-il efficace qu'a décidé d'assumer Reporters Sans Frontières.

Avec ses miroirs, RSF semble confiant puisque si la mobilisation continue, les sites ne sont pas supposés pouvoir subir un blocage. Données chiffrées, hébergement a priori sûr, tout est fait pour protéger les sites mais aussi les internautes. Grâce à la connexion "https", ceux qui consultent les sites seraient placés hors de la portée des fournisseurs d'accès et ne devraient pas être inquiétés.

Collateral Freedom apparaît ainsi comme une action coup de poing, ancrant dans la réalité les préoccupations de Reporters Sans Frontières qui s'est longtemps contenté de publier un rapport dénonçant la censure exercée dans certains pays.

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