Marvel Studios’ BLACK PANTHER..Shuri (Letitia Wright)..Ph: Film Frame..©Marvel Studios 2018

Quand la CIA s’intéresse à la plausibilité de la technologie du Wakanda

Vibranium, bracelets Kimoyo, vaisseaux invisibles… l’agence de renseignement américain détricote la technologie futuriste de Black Panther.

(© Marvel Studios 2018)

Au Wakanda, loin des remous de la géopolitique mondiale, le présent n’a pas tout à fait le même visage que le nôtre. Dans le royaume imaginaire et autarcique de Black Panther, tranquillement enveloppé derrière un écran d’invisibilité pour échapper aux rébarbatives négociations internationales, le rythme du progrès technologique a continué d’accélérer, boosté par une économie florissante et une stabilité politique modèle.

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Résultat : dans cet afro-futurisme triomphant, les voitures volent, deviennent invisibles et peuvent être conduites à distance via hologramme, votre bracelet en vibranium contient toutes les données de votre vie et certaines capes peuvent se transformer à dessein en gilets pare-balles. Bref, de quoi ridiculiser nos "techno-gourous", toujours en train de faire mumuse avec des voitures autonomes. Mais au fond, la technologie fictionnelle du Wakanda est-elle si éloignée de la réalité ? La CIA – oui, la CIA – vous répond.

Toujours pas de vibranium…

Pour les besoins de sa série "Real vs Reel", dans laquelle la section communication de l’agence démonte les clichés et autres amalgames qui la concernent au cinéma et à la télévision – en invitant Daniel "007" Craig pour discuter gadgets, notamment –, la CIA a donc convoqué "Rebecca", "l’une des scientifiques les plus à la pointe" de l’agence, paraît-il, pour comparer les gadgets afro-futuristes de T’Challa et ses copains à la réalité.

Premièrement, le vibranium n’existe pas – on préfère le rappeler, au cas où. En revanche, explique Rebecca, plusieurs nanomatériaux développés en laboratoire peuvent présenter des caractéristiques similaires : le carbure de tungstène, une combinaison de carbone et de tungstène découverte en 1927, est par exemple capable de conserver l’énergie libérée lors de la compression de matériaux et de la libérer plus tard, de la même manière que le costume de vibranium et de nanotechnologies de Black Panther absorbe et relâche à loisir l’énergie cinétique. D’ailleurs, le "vibranium" est aussi le nom d’un alliage de fibres de carbone et de senseurs, huit fois plus résistant que l’acier et cinq fois plus léger, utilisé… dans la construction de l’Hyperloop. Sinon, niveau super-matériau révolutionnaire, il y a aussi le graphène…

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(© Marvel Studios 2018)

… mais des hologrammes, de la nanotech et du sable cinétique

Une fois le vibranium mis hors-jeu, l’Agence s’intéresse à ce qui reste de la technologie wakandaise, à commencer par les bracelets Kimoyo, qui semblent particulièrement intéresser Rebecca. Il y a de quoi : non contents de projeter des hologrammes à la demande et d’agir comme interfaces de communication, les Kimoyo agissent également comme des bracelets connectés capables de stocker d’énormes volumes de données biométriques, ce qui est aussi cool que terrifiant, quand on y réfléchit.

Et nous n’en sommes pas si loin, rappelle la CIA : les technologies tactiles sont là, la mémoire se miniaturise à pas de géants, les bracelets connectés se vendent comme des petits pains, bref, il ne manque plus que l’hologramme. Et une technologie pour sécuriser nos données, rappelle Rebecca, qui parie sur la blockchain. N’oublions pas qu’il y a quelque mois, les bracelets connectés de Strava révélaient l’emplacement de bases militaires opaques faute d’avoir suffisamment protégé les données de leurs utilisateurs

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Pour le reste, la chercheuse de la CIA nous rappelle que le monde réel pourrait presque commencer à regarder le Wakanda dans les yeux. Les cartes animées en 3D faites de sable au vibranium utilisées par Shuri ? Le MIT bosse déjà sur des dispositifs similaires. Les "nanites" du costume de Black Panther capables de réfléchir en essaim et de s’autorépliquer pour remédier aux attaques subies ? L’intelligence collective commence à donner des résultats (angoissants) chez des flottes de drones. Quant aux nanorobots capables de s’autorépliquer… nous n’y sommes pas tout à fait. Et vu les perspectives qu’ouvrirait un tel scénario, c’est tant mieux.

Quid, enfin, de ce dispositif d’invisibilité qui recouvre les vaisseaux wakandais ? Bonne nouvelle, on s’en rapproche, même si l’invisibilité est physiquement impossible : en juin dernier, quatre chercheurs de l’INRS de Montréal démontraient l’efficacité d’un dispositif de modulation de fréquences de la lumière, qui permettait de tromper un observateur en rendant un objet "invisible" à ses yeux. La technologie est donc bel et bien là. Ne reste plus qu’à inventer les vaisseaux qui vont avec – oups –, découvrir un gisement de vibranium, et à nous les joies de la technologie wakandaise.

Par Thibault Prévost, publié le 08/08/2018

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