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Parti de rien, Christian Audigier a rejoint la Cité des Anges

Publié le

par Rachid Majdoub

Le créateur de mode français a perdu son combat contre le cancer à l'âge de 57 ans. Retour sur un empire bâti à la force de ses rêves.

Christian Audigier - © Jolie Kinga

Christian Audigier est décédé cette nuit à l'hôpital Cedars-Sinai à Los Angeles alors qu'il avait 57 ans, d'après Paris Match puis plusieurs médias. Le créateur de mode français, père des marques Ed Hardy et Von Dutch, se battait contre le cancer depuis plusieurs années, luttant contre un syndrôme myélodysplasique (MDS) qui touche la moelle osseuse.

Il laisse derrière lui sa femme, le mannequin brésilien Nathalie Sorensen, ses quatre enfants (Rocco Mick Jagger, Dylan, Crys­tal et Vito) et un empire de plusieurs dizaines de millions de dollars, qu'il a fondé en partant de rien, ou presque. C'était avec 500 billets en poche qu'il rejoignait Los Angeles au début des années 2000, après un passé déjà bien mouvementé.

Né le 21 mai 1958 à Avignon, Christian Audigier a grandi au sein d'une famille modeste, aux côtés de sa mère. Il quitte l'école prématurément pour commencer à travailler dès l'âge de 14 ans. Avec en tête : le rêve américain. En attendant de rejoindre les États-Unis, il réussit à s'incruster dans le monde de la nuit à Saint-Tropez, et sympathise notamment avec Johnny Hallyday qui lui confie l'organisation des soirées qui se déroulent dans sa villa "La Lorada".

Des débuts encourageants, mais cela ne lui suffit pas. Christian Audigier rêve de plus grand. Les États-Unis sont encore loin. Après avoir eu sa première fille, il quitte la France et part s'installer à Bali pour y élever cette dernière. Nous sommes en 1990. Possession de stupéfiants : Christian Audigier passe par la case prison pour plusieurs mois derrière les barreaux. Dix ans plus tard, il rejoint enfin le pays de ses rêves, et sa Côte Ouest.

Des cités d'Avignon à la Cité des Anges

Avec 500 dollars en poche, donc, Christian Audigier pose ses valises à Los Angeles. Avec une idée en tête : le succès et l'argent, lui, l'enfant modeste. Il travaille alors d'arrache-pied à la création de ses marques de prêt-à-porter, Ed Hardy et Von Dutch.

Le tout sans avoir ses papiers américains. Christian Audigier a longtemps vécu clandestinement aux États-Unis, le temps de bâtir son empire. Ce qui lui a valu quelques galères pour faire des aller-retours entre la France et la Californie, devant contourner les frontières aéroportuaires de ses nouvelles terres pour revenir de salons de mode auxquels il participait dans l'Hexagone. La carte verte, il l'obtiendra une fois millionnaire, le FBI fermant les yeux sur son passé clandestin.

Cette ascension, Christian Audigier la doit à son acharnement, à sa volonté de réussir, mais aussi à son charisme et son tact. Il a su pénétrer un milieu qui n'était pas le sien, et devenir l'ami de personnalités difficiles à approcher. Ce sont ces célébrités qui feront son nom.

De 500 billets à 250 millions de dollars

Le désormais créateur et entrepreneur de mode parvient à faire parler de lui en misant sur le celebrity wear. Sa stratégie : prendre de sa boutique de L.A. casquettes et t-shirts marqués de sa griffe trash et rock 'n' roll et les offrir à des stars comme Justin Timberlake, Madonna, Jessica Alba, Britney Spears, Paris Hilton ou encore Michael Jackson, qui tombent tous sous le charme de l'esthétique de ses vêtements.

Deuxième étape : payer des paparazzis pour qu'ils aillent photographier ces mêmes célébrités portant ses produits. Et le tour est joué, avec une marque se voulant pourtant populaire.

S'ensuit une grande carrière, au cours de laquelle il travaille également avec de grandes marques comme Guess, Levi's, Diesel ou encore Chipie, remettant au passage au goût du jour la marque Von Dutch qu'il finira par quitter en 2004. Sa fortune ne s'estimait plus à 500 billets comme à ses débuts, mais à 250 millions de dollars.

L'enfant parti des cités d'Avignon est un modèle de success story pour beaucoup de jeunes. Christian Audigier est décédé ce 9 juillet 2015 prématurément à l'âge de 57 ans là où il était destiné : la Cité des Anges.

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