En Chine, un vendeur de VPN a été condamné à plus de 5 ans de prison

Accusé d’enrichissement illégal, un entrepreneur chinois vient d’être condamné à cinq ans et demi de prison pour avoir commercialisé des réseaux privés virtuels permettant de rester anonyme en ligne.

(© USA Network)

Pékin ne transige plus avec l’anonymat en ligne. Alors que le Grand Firewall de Chine – le dispositif gouvernemental de contrôle et de surveillance des télécommunications – se porte toujours à merveille, la Chine continue de sévir contre les VPN, ces logiciels qui permettent de modifier l’adresse IP d’un utilisateur en la localisant ailleurs sur la planète, et ainsi contourner les interdictions d’accès à certains sites.

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Le 21 décembre, le South China Morning Post (en anglais) nous a ainsi appris qu’un tribunal de la province du Guangxi, dans le sud du pays, venait de condamner un vendeur de VPN à… cinq ans et demi de prison. Accusé par la justice d’avoir commercialisé des VPN de 2013 à juin 2017 sans avoir les autorisations nécessaires pour le faire, Wu Xiangyang a été condamné pour "enrichissement illégal" à hauteur de 64 000 euros de profit. En plus de sa peine de prison, il a donc été condamné à s’acquitter d’une amende de 76 000 dollars.

Si la nouvelle loi chinoise sur la cybersécurité, entrée en application en octobre, ordonne désormais à tout VPN d’être autorisé par le gouvernement avant commercialisation (ce qui laisse planer des soupçons de portes dérobées sur les entreprises "validées" par le Parti), la sévérité de la sanction à l’encontre de Wu Xiangyang démontre bien la volonté de Pékin de se débarrasser de l’anonymat en ligne : en septembre 2017, un autre vendeur de VPN de la province de Guangdong avait déjà été condamné à neuf mois d’emprisonnement, ce qui avait provoqué une vague d’indignation.

Un arsenal de mesures coercitives

Outre une répression sévère à l’encontre de ceux qui auraient l’outrecuidance de vendre aux internautes des systèmes de contournement de la censure, le nouveau panoptique législatif du président Xi Jinping prévoit tout un arsenal de mesures coercitives : dans l’empire du Milieu, les fournisseurs d’accès à Internet ont désormais obligation de rapporter tout comportement répréhensible ou la consultation de contenu illégal à l’État (ne vous offusquez pas trop, nous avons presque le même système en France), et les internautes sont désormais obligés de poster des commentaires sous leur véritable identité (ou, du moins, de lier leur pseudo à leur identité civile).

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Ces mesures ont de quoi faire hurler un paquet de défenseurs des libertés individuelles en ligne. Elle ont notamment entraîné la fermeture de deux des plus gros fournisseurs de VPN chinois (GreenVPN et Haibei VPN). Apple a même fini par retirer la majorité des applis de VPN de l’App Store chinois pour se plier aux nouvelles règles du régime, alors même que l’entreprise s’était placée en héraut de la protection de l’anonymat lorsqu’elle se battait contre le FBI en 2016. Le colossal marché chinois vaut bien une petite compromission morale.

À lire -> Oui, Apple a bel et bien aidé Pékin à lutter contre l’anonymat en ligne

Par Thibault Prévost, publié le 22/12/2017

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