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En Chine, un simulateur propose d'expérimenter… la mort

Publié le

par Olivia Cassano

À Shanghai, un tout nouveau musée invite ses visiteurs à expérimenter la mort, l’incinération et la résurrection pour la modique somme de 60 euros les deux heures.

Vous pouvez boire tout le thé matcha du monde et faire autant d’exercices cardio-vasculaires que votre cœur de mortel puisse supporter, mais tant que la science n’aura pas trouvé la formule magique pour "vivre éternellement", vous mourrez un jour.

Pour la plupart des gens, cette pensée plane comme un nuage noir menaçant au-dessus de la tête et l’incertitude entourant la Fin avec un grand F soulève des tas de questions anxiogènes comme "vais-je souffrir ?", "verrai-je la lumière au bout du tunnel ?" ou "qui va arroser mes plantes quand je serai parti ?".

En Chine, une poignée d’entrepreneurs a décidé d'expérimenter des "simulateurs de mort" dans un musée. Leur but est d'aider les gens à mieux apprécier la vie et accepter leur inévitable destin, en essayant de fournir quelques réponses à ces sempiternelles questions.

Renaître dans un utérus

Le musée en question s'appelle Xinglai (le "réveil" en chinois) et a ouvert lundi 4 avril dans un quartier branché de Shanghai, Xintiandi. Il a pour ambition d’apaiser les angoisses des personnes apeurées par la mort. La peur de la mort est on ne peut plus naturelle, me direz-vous, mais ce n’est pas la question.

L’expérience commence sur un tapis roulant sur lequel les visiteurs s'allongent avant d'être envoyés dans un "four" où ils "meurent" et sont "incinérés". Une fois morts, ils se retrouvent dans un "utérus" en latex, duquel ils sont éjectés avant de "renaître" dans une piscine à boules. En gros, vous mourez, mais au moins, vous avez l’opportunité de sortir d’un faux canal vaginal, c’est marrant, non ? Et la session de deux heures coûte 60 euros.

© Tumblr

Cette fascination pour la simulation de la mort (et de la résurrection) peut sembler un peu perverse, mais d'un autre côté, feindre la mort a toujours captivé les humains. Shakespeare, Jonathan Swift, Mark Twain, Thomas Hardy, entre autres auteurs, ont écrit à ce sujet, et des douzaines d'individus ont simulé leur décès (dont Ross dans Friends, pour voir combien de personnes viendraient à son enterrement).

Les créateurs de simulateurs de mort (il en existe quelques-uns en Asie) veulent désormais transformer les fausses morts, bien pratiques pour échapper au fisc et au mariage, en une nouvelle méthode pour gérer le deuil et faire fuir les pensées suicidaires.

Le fondateur du lieu, Ding Rui, a expliqué qu’il "recherchait intensément l’expérience de la mort" avant d’ouvrir le musée Xinglai, qui est en cours de développement depuis presque quatre ans.

"Nous ne comprenons, ni ne digérons vraiment la mort. Donc j’ai pensé à ce que je pourrais faire pour sensibiliser les gens à la vie, afin qu’au moment où un individu approche la mort, il n’ait pas à penser à ces problèmes constamment."

Il est facile de considérer ces simulateurs comme des attractions kitsch pour les touristes ayant une curiosité morbide pour la vie après la mort. Mais leur émergence indique peut-être qu'un nouvel axe de recherche est en plein essor dans le domaine de la santé mentale. Bon, un parc d’attractions sur le thème de l’incinération n'est peut-être pas l’endroit le plus approprié pour aborder le sujet, mais c’est une autre question.

Traduit de l’anglais par Hélaine Lefrançois

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