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La Chine censure The Big Bang Theory, NCIS et d'autres séries

Ce weekend, la Chine a interdit la diffusion de quatre séries américaines sur son territoire, dont The Big Bang Theory. Retour sur la censure chinoise, tiraillée entre désir d'Occident de sa population et répression autoritaire.

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Malgré leurs efforts, Sheldon et sa bande ne sont pas les bienvenus en Chine (Crédits image : This Recording)

Le physicien Sheldon Cooper, l'agent spécial Leroy Jethro Gibbs ou encore l'avocate Alicia Florrick ne sont plus les bienvenus en Chine. Les autorités de la République populaire de Chine ont déclaré persona non grata ces héros, issus notamment des séries The Big Bang Theory, NCIS, The Good Wife et The Practice.

Les plateformes v.sohu.com, youku.com et v.qq.com ont cessé leur diffusion samedi 26 avril, alors même que les droits pour ces séries avaient "été légalement acquis par ces sites", comme le rapporte le Global Times, quotidien d'actualité chinoise en langue anglaise.

Le journal rapporte également que "cela semble indiquer une surveillance en ligne plus stricte dans le futur, selon des experts". Approché par le Global Times, un agent de relations publiques de tv.sohu.com a déclaré être embarrassé pour commenter la raison de la disparition de ces programmes sur sa plateforme.

Et pour cause, la décision vient du gouvernement lui-même : en guise de justification, le Quotidien du peuple, organe de communication officiel du Parti, a expliqué que sans ordre, il ne peut y avoir de liberté sur Internet.

Censure de l'érotisme, de la politique et de la violence

La République populaire de Chine n'est pas un pays comme les autres. Tiraillé entre l'apparition d'une classe moyenne qui croque les modes de vie occidentaux à pleines dents et sa frilosité à ouvrir ses frontières culturelles, le pays est encore gravement soumis à la censure. D'ailleurs, si celle-ci sévit régulièrement, il reste difficile de savoir, même pour le Global Times, pourquoi ces séries en particulier, alors qu'elles sont si peu politisées, subissent un brusque arrêt de leur diffusion.

Beijing News est allé à la rencontre de Zhang Yi, un membre de l'équipe du site de vidéos Letv. Il rapporte qu'avant de diffuser un programme importé, les sites ont la charge d'examiner et de relever les contenus ayant trait à "l'érotisme, la politique ou bien la violence". Concernant les séries incriminées, qu'on jugera pourtant chastes et au langage châtié, "il pourrait y avoir quelques problèmes politiques", explique-t-il. Les sites ont pour habitude de couper les scènes érotiques ou violentes et de pixelliser toute nudité.

"Nettoyage du web"

Le Monde avertit que depuis l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping, en mars 2013, la République populaire de Chine subit "une vaste campagne de "nettoyage du web"" qui touche de nombreux contenus. Aussi le pays vit-il un Internet fermé à ses frontières, avec son propre Wikipédia (Baike), son propre Facebook (Renren, dont la home fait curieusement écho à celle du réseau de Zuckerberg) et d'autres réponses institutionnelles à ce que "la Grande Muraille pare-feu de Chine" empêche de pénétrer l'espace numérique chinois.

Aujourd'hui, Twitter, YouTube, Dailymotion, Facebook sont des contrées numériques non explorées pour la très grande majorité des Chinois. En fait, ces sites offrent une liberté de ton beaucoup trop importante pour le gouvernement, pas encore prêt à l'autocritique, étrangement.

Cela n'empêche pas de nombreux internautes chinois de se demander pourquoi une série légère et lointaine de tout engagement politique telle The Big Bang Theory doit être empêchée de diffusion. "Comment avez-vous pu trouver quoi que ce soit de dérangeant dans “The Big Bang Theory” ?", s'exclame l'un d'eux. 

D'autres se plaignent de l'absence de séries locales de bonne qualité, lesquelles se résument souvent, selon Le Monde, à "des comédies sentimentales larmoyantes ou des séries guerrières aux intrigues caricaturales et indigentes". On est certes loin du second degré et de l'ironie pratiqués dans les programmes aujourd'hui retirés du web chinois.

3200 salles de Chine projetteront "Volcan" (la traduction de "Eyjafjallajökull"), pour la promotion duquel Dany Boon s'est rendu à Pékin et Shanghaï.

3200 salles de Chine projetteront "Volcan" (la traduction de "Eyjafjallajökull"), pour la promotion duquel Dany Boon s'est rendu à Pékin et Shanghaï.

Et le cinéma ?

Un autre fan de ces séries occidentales témoigne : "Si vous pouviez produire des programmes télévisés qui n'insultent pas l'intelligence des spectateurs (...) croyez-vous que je déploierais autant d'énergie pour aller chercher des séries étrangères ?". Chaque année, seule une vingtaine de films étrangers étaient autorisés à sortir sur le sol chinois. Après avoir relevé ce quota à 34 films (dont 5 à 7 venant des studios français), cette politique restrictive reste critiquée.

Le Figaro expliquait le 19 avril que le CNC et Unifrance, organisme chargé de promouvoir le 7ème art français, cherchaient à porter le nombre de films tricolores à 10 ou 12 par an sur le territoire chinois. On le comprend : l'Empire du Milieu est un eldorado pour les productions tricolores. "Aujourd'hui, malgré le petit nombre de films diffusés, la Chine est déjà la deuxième terre d'exportation des productions hexagonales. Je pense qu'elle peut devenir un jour notre premier marché, devant les États-Unis", considère Jean-Paul Salomé d'Unifrance dans les colonnes du Figaro.

Les revenus du box office en Chine ont atteint 21,77 milliards de yuans (3,6 milliards de dollars) en 2013, soit une augmentation de 27,51% en glissement annuel.

Police en ligne

Ce n'est pas gagné. Xi Jinping et son gouvernement ne sont pas prêt d'ouvrir en grand les portes du pays, quand bien même la gentrification galopante de la population ne fait plus aucun doute. La police d'Internet chinoise, qui comptait entre 30 000 et 40 000 agents en 2007, s'agrémentait également de 280 000 "honkers", des fantassins du web à la solde du régime qui sont chargés d'orienter les débats dans les forums.

Dans un discours prononcé en 2007, le président Hu Jintao appelait lui-même les cadres du parti "à exercer leur suprématie sur l'opinion publique en ligne, à élever le niveau et l'étude du guidage en ligne et à exploiter les nouvelles technologies pour disséminer une propagande positive".

Le flicage culturel chinois est pourtant tout sauf logique. Alors que le pays expérimente la réintroduction des jeux vidéo sur son territoire, il a interdit la vente de l'album des Guns N' Roses Chinese Democracy.

Le gouvernement communiste a déclaré par l'intermédiaire d'un journal contrôlé par l'État que l'album rock "fait partie d'un stratagème de l’Occident pour dominer le monde en utilisant la démocratie comme subterfuge". En cause : la chanson éponyme dont les paroles seraient non-conformes.


Par Théo Chapuis, publié le 28/04/2014