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Chez la start-up Theranos, on joue à buter un journaliste dans un faux Space Invader

Publié le

par Thibault Prévost

Les employés de Theranos, une start-up médicale accusée d’entuber ses investisseurs, ont développé un jeu vidéo interne dont la cible est le journaliste responsable des révélations.

On sait comment passer le temps chez Theranos. Dans la start-up médicale fondée par Elizabeth Holmes, désormais évaluée à 9 milliards de dollars, contrairement à d’autres entreprises de la Silicon Valley, on ne se contente pas des traditionnels baby-foot, consoles de jeux et autres sessions de yoga gracieusement offertes par la boîte, non, on développe ses propres jeux vidéo, pour rigoler. Et pas n’importe lesquels : selon des informations recueillies par Business Insider, le nouveau hobby favori des employés de Theranos serait de dégommer un journaliste, John Carreyrou, dans une sorte de remake glauque de Space Invaders.

Pourquoi tant de haine vis-à-vis d’un simple journaliste du Wall Street Journal, vous demandez-vous ? Car aux yeux de Theranos, John Carreyrou n’est pas n’importe qui : il est celui qui, depuis 2015, a jeté l’opprobre sur une start-up que tout le monde, investisseurs compris, voyait comme une des plus majestueuses "licornes" de la côte ouest.

Il faut dire qu’en 2013, les promesses faites par Elizabeth Holmes avaient quelque chose de magique : son entreprise aurait développé une méthode et des appareils capables, à partir d’une seule goutte de sang, de tester un patient pour des centaines de maladies, le tout de manière rapide et économique. Une véritable révolution pour la médecine, qui permettra à la société de lever 1,4 milliard de dollars… pour une machine qui ne fonctionnait pas.

La société serait au bord de la faillite

Le premier à révéler la fraude sera John Carreyrou, dans une enquête publiée en 2015. Trois ans plus tard, la société périclite et vit peut-être ses derniers mois. Selon des informations de BuzzFeed, Theranos ne pourrait pas rembourser un prêt de 100 millions de dollars et pourrait donc se diriger vers la faillite dès cet été, alors que l’un de ses produits, censé dépister le virus Zika, ne parviendrait pas à obtenir l’approbation de la Food and Drugs Administration (FDA) américaine.

Parallèlement, le 14 mars dernier, un règlement entre la société et la Security and Exchange Commission (SEC) condamne la société pour fraude et oblige Elizabeth Holmes à régler 500 000 dollars d’amende, à renoncer à son poste ainsi qu’à ses parts dans la société (valorisées à 19,8 millions de dollars), et à ne plus officier comme PDG d’une entreprise publique (Theranos étant alors sous contrat avec la FDA) pendant dix ans.

Dans ce contexte, et alors que l’entreprise a dû se séparer de plus de 400 employés en 2017, les salariés de Theranos restant ont donc décidé de s’en prendre à Carreyrou avec ce jeu vidéo, intitulé "Haters' gonna hate version 1.5", dont le journaliste a pu se procurer une photo. Mieux : le journaliste serait en contact avec le créateur du jeu, qui s’apprêterait à lui en envoyer une version pour qu’il puisse y jouer, écrit Business Insider.

En octobre 2016, une enquête de Vanity Fair sur le fonctionnement de la start-up révélait que lors d’une réunion entre Elizabeth Holmes et ses employés, et alors que les soupçons sur la crédibilité de l’entreprise commençaient à inquiéter jusqu’aux investisseurs, le personnel de Theranos se serait mis à chanter, à l’unisson, "Va te faire foutre, Carreyrou !". Sur Twitter, le principal intéressé a au moins l’air de le prendre avec fatalisme… Probablement parce que son livre sur la société, Bad Blood, qui est sorti le 21 mars dernier, devrait lui attirer d’autres campagnes de calomnie. Avec Pac-Man, cette fois-ci ?

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