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Une start-up rêve de commercialiser le stockage sur ADN d’ici 2019

C’est ambitieux. Un peu trop. Si bien qu’il faut prendre des pincettes.

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Actuellement, le stockage numérique

Allez, soyons fous et établissons un top 3 au pied levé digne de Topito : après l’intelligence artificielle un tant soit peu intelligente (#1) et l’ordinateur quantique (#2), le stockage d’information sur des molécules d’ADN est le troisième rêve abordable dont rêve le monde de la tech.

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Actuellement, le stockage de nos données informatiques repose quasi exclusivement sur des supports numériques, qu’ils soient individuels (disques durs, mémoires flash, disques optiques) ou "partagés" avec le cloud et ses data centers.

L’accumulation des données continue d’exploser. Les stockages numériques leur emboîtent le pas. Un exemple récent parmi tant d’autres : il y a une semaine, une carte SD avec une capacité de 128 To (c’est beaucoup) était dévoilée au Mobile World Congress de Shanghai.

Le stockage sur ADN

Le stockage des données sur ADN serait une vraie révolution. Pour la première fois, on déposerait des informations sur du vivant. Cette technique aurait les avantages suivants :

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  • Les données survivraient beaucoup plus longtemps, plusieurs milliers d’années contre plusieurs dizaines actuellement.
  • Le stockage sur ADN prendrait beaucoup moins de place. En théorie, on pourrait stocker l’équivalent de 100 millions de DVD sur 1 gramme.
  • Le stockage sur ADN ne connaîtrait pas d’obsolescence. Comprendre : on ne passerait pas du DVD au Blu-Ray du jour au lendemain.

Pour mieux comprendre de quoi il en retourne, je vous propose la vidéo suivante réalisée par Microsoft il y a deux ans. Et notamment la petite infographie à 1’ 16” qui vous expliquera, techniquement et dans les grandes lignes, comment ça marche.

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Une start-up ambitieuse

Revenons à l’actualité. Le journal News Scientist vient de nous apprendre qu’une start-up logée à Boston, Catalog, entend commercialiser des solutions viables de stockage sur ADN d’ici 2019.

S’il convient de prendre mille pincettes et de ne pas s’enflammer, comme lorsque la Chine nous annonce un super laser carbonisateur, Ceci dit, la news est, en soi, tout de même intéressante, si ce n’est révélatrice : l’annonce de Catalog est peut-être le début d’un long fleuve d’enchères d’annonces fracassantes sur les débouchés à court terme.

Pourquoi faut-il douter ? Le rapport qualité/prix existant est loin d’être mirobolant. Stocker coûte encore extrêmement cher. NewScientist nous cite un concurrent, Twist Biosciences, capable de stocker 12 MB (environ trois morceaux en mp3) pour un coût de revient de 100 000 $ (environ 85 000 euros). Les perspectives commerciales sont donc limitées.

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Catalog, de son côté, ambitionne de commercialiser un produit permettant de stocker 1 TB de données - l’équivalent du disque dur moyen qui nous accompagne au quotidien dans nos ordinateurs - pour un prix cinq fois inférieur.

Un mystérieux "alphabet"

À l’origine de ce qu’il faut bien appeler une disruption, un procédé très différent de ce qui se ferait aujourd’hui : plutôt que de renseigner chaque bout d’information dans la molécule, Catalog aurait créé une sorte d'"alphabet" - que l’on peut comparer aux librairies dans la programmation - qui permettrait d’écrire et de déchiffrer l’information beaucoup beaucoup plus rapidement. C’est quasiment tout ce que l’on sait pour le moment.

Les chercheurs extérieurs interrogés par NewsScientist sont sceptiques. D’autant plus qu’aucune publication scientifique n’a encore été pondue. Et un rapide coup d’œil sur le site de l’entreprise nous apprend la chose suivante : en 2016, Catalog avait encodé son premier kilobit (un poème américain en trois strophes). C’était il y a seulement deux ans, et on était loin, très loin du terabit annoncé.

Le jour où le premier kilobit fut encodé © Catalog

Par Pierre Schneidermann, publié le 05/07/2018

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