Cette start-up veut révolutionner la mode avec ses colorants écolos faits à partir de bactéries

Et si l’encre que l’on met dans nos stylos mais qui sert aussi à teinter nos vêtements devenait elle aussi beaucoup plus propre à produire et à recycler ? La jeune start-up PILI articule tout son travail de recherche autour de cette stupéfiante possibilité.

Jérémie Blache et Guillaume Boissonnat, cofondateurs de PILI. © Fabrice Gousset

Une encre conçue à partir de bactéries

À tous les niveaux, la pollution ne cesse de gagner du terrain. Face à l’urgence, de plus en plus de secteurs bannissent les composants chimiques, ultra-polluants, de leur production. Pour preuve, outre l’industrie agroalimentaire, la cosmétique développe elle aussi de plus en plus de produits bio, comme les colorations végétales ; et les produits ménagers passent également en mode vert.

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Il faut savoir qu’en général, les encres de nos stylos, de nos cartouches pour imprimantes ou les teintures textiles sont soit conçues par les procédés ultra-polluants de la pétrochimie (les encres sont conçues à partir de pétrole, de solvants et de grandes quantités d’eau), soit par des procédés artisanaux (comme pour le bleu indigo) qui s’avèrent extrêmement coûteux (et si l’on regarde de plus près, pas si écologiques que ça).

Depuis 2015, la start-up PILI s’interroge notamment sur les nouveaux modes de production des encres mais surtout des textiles, en explorant des pistes biosourcées, qui ne pollueraient donc pas, coûteraient le moins cher possible, et seraient facilement produites en grande quantité.

Des comètes de colorant PILI © Marie-Sarah Adenis

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Jérémie Blache, président et cofondateur de PILI, nous explique tout l’enjeu de leur projet :

« Il y a une urgence à arrêter d’utiliser des matières fossiles comme le pétrole. Les dégâts considérables causés aux écosystèmes, au climat mais aussi à notre santé sont connus de tous. C’est particulièrement vrai dans le domaine du textile, qui est la deuxième industrie la plus polluante au monde, dans laquelle 99,9 % des colorants utilisés en teinture sont d’origine pétrochimiques. »

De l’atelier pédagogique à la start-up

Mais avant d’être une start-up innovante, PILI était d’abord un projet artistique et pédagogique : un atelier cherchant à initier enfants et adultes aux technologies de bioproduction. Ce projet s’est transformé en 2015 en jeune entreprise au défi immense : devenir une alternative réelle aux colorants pétrochimiques.

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Basée à Paris et à Toulouse, cette jeune entreprise innovante fondée par Jérémie Blache, Guillaume Boissonnat, Marie-Sarah Adenis et Thomas Landrain, et qui emploie aujourd’hui dix salariés, a découvert que les bactéries pouvaient fabriquer des colorants. Car, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les bactéries ne sont pas toutes mauvaises. Cette start-up l’a bien compris, et elle a exploré cette piste pour imaginer les colorants du futur : avec des couleurs aussi belles et résistantes que celles conçues par l’industrie pétrochimique, et à l’empreinte environnementale bien meilleure.

Des bioréacteurs de 300 litres pour produire les colorants grâce aux bactéries.

Sa bioproduction se déroule dans des cuves de fermentation, un procédé similaire à la production de bière. Les chimistes ont découvert que les enzymes du micro-organisme (la bactérie), en se développant, fournissaient du colorant :

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« PILI travaille avec des matières renouvelables, moins d’énergie et des usines microscopiques et écologiques : les bactéries. Certaines d’entre elles s’avèrent capables de transformer leur nourriture (principalement du sucre) en colorants très semblables en termes de propriétés à ceux que l’on porte aujourd’hui et qui sont issus de la pétrochimie. »

Ce procédé de fermentation n’est pas nouveau. Néanmoins, ce qui l’est beaucoup plus, c’est d’appliquer cette technologie à la création de colorants et de la perfectionner grâce aux outils les plus récents de la biologie moderne.

Élargir le champ des possibles

Des colorants obtenus à partir de cultures bactériennes. © Marie-Sarah Adenis

Aujourd’hui, cette jeune entreprise de biotechnologie est soutenue par l’État à travers le Concours Mondial d’Innovation (organisé par la BPI) et a clôturé sa première levée de fonds en début d’année 2018. Au deuxième semestre 2018, PILI tente de perfectionner ses usines cellulaires.

Parmi ses nombreux défis, « dans un premier temps, à court terme, obtenir une gamme complète de colorants textiles et dans un second temps, à plus long terme, produire à très grande échelle (probablement d’ici 3 ans). » Cela implique forcément de rendre les coûts de production moins onéreux pour permettre au plus grand nombre d’en profiter :

« Pour prétendre à une alternative écologique, la solution doit être réalisée à grande échelle, sans causer de dommages aux écosystèmes, ni à notre santé, et bien entendu être accessible (donc compétitive) pour que le plus grand nombre en bénéficie. C’est aussi pour inscrire durablement ces nouveaux modes de production que nous avons besoin de communiquer sur leur nature, afin de démonter les a priori et amener la société à se mobiliser pour encourager ces initiatives qui vont être de plus en plus nombreuses. »

Pointée du doigt pour ses excès, ses gâchis, son manque de transparence et de respect pour celles et ceux qui travaillent dans les manufactures, les acteurs de l’industrie de la mode doivent obligatoirement s’imposer une prise de conscience :

« Il y a beaucoup à faire, à tous les niveaux. Les marques sont d’ailleurs très nombreuses à nous solliciter. Elles ont bien compris que la prise de conscience écologique rend le consommateur beaucoup plus sensible à ce qu’il achète. À la fin, c’est lui, c’est nous qui avons le pouvoir, chaque achat est une sorte de bulletin de vote. Certaines marques plus engagées que d’autres soutiennent nos efforts de développement à travers des aides, du coaching, des tests. Nous travaillons main dans la main avec elles pour adapter nos produits aux besoins des consommateurs. Ces marques seront parmi les premières à utiliser nos colorants pour leurs produits. »

Bousculer les mentalités

Concevoir des colorants à partir de bactéries, voilà qui a de quoi en déconcerter plus d’un. PILI espère donc faire évoluer les mentalités à ce niveau-là, comme l’affirme sa directrice de la création Marie-Sarah Adenis :

« On pourra dire que notre objectif aura été atteint quand des personnes porteront des vêtements teintés avec nos colorants ! Mais également lorsque le grand public sera conscient que le microcosme est plein de trésors et que les bactéries ne sont pas toutes synonymes de maladie, loin de là ! »

Aujourd’hui, à l’heure où l’écologie et le respect de l’environnement représentent des enjeux fondamentaux et capitaux de notre société, les initiatives de ce genre se multiplient.

Parmi elles, la bio-impression représente le futur de la médecine, comme l’ont démontré des chercheurs américains de l’université de l’Illinois. Ces derniers ont mis au point un nouveau biomatériau à base de sucre qui pourrait avoir un impact significatif sur l’ingénierie médicale, la recherche sur le cancer et la fabrication d’outils médicaux. D’autant plus qu’il est biodégradable : « C’est une excellente façon de créer des formes autour desquelles nous pouvons modéliser des matériaux mous ou faire pousser des cellules et des tissus ; ces formes peuvent se dissoudre ensuite. Par exemple, on peut imaginer faire pousser des tissus ou étudier les tumeurs dans un laboratoire », a ainsi précisé Rohit Bhargava, professeur de bio-ingénierie et directeur du Cancer Center de l’Illinois, au site 3D Natives.

Une chose est sûre : le futur se dessine et il s’inscrit plus que jamais dans une démarche éco-responsable. Merci la nature et merci les bactéries !

Par Julie Bluteau, publié le 17/09/2018

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