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"Chroniques de l’impunité 2.0" : un docu sur la "guerre" qu’est devenue le cyberharcèlement des femmes

LCI publie un documentaire fort et efficace, où cinq femmes témoignent du cyberharcèlement sexiste dont elles ont été victimes. Des violences organisées, qui sont restées impunies.

"Le problème, comme souvent avec le harcèlement, c’est l’impunité des auteurs", soulignait la journaliste Nadia Daam dans sa chronique sur Europe 1 le 1er novembre. Elle y attaquait les cyberharceleurs du forum 18-25 de Jeuxvideo.com, qui ont notamment causé la désactivation du numéro anti-relous le 30 octobre.

Visée après sa chronique par des "attaques contre ses comptes électroniques, injures pornographiques, menaces de mort, menaces de viol, menaces sur son enfant, tentative d’intrusion à son domicile au milieu de la nuit", la journaliste a été soutenue par plus d’une centaine de confrères et consœurs de différents médias. Ils et elles ont signé une tribune de soutien publiée simultanément sur Libération, Slate et Rue89, pour dénoncer ces comportements inadmissibles.

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5 témoignages forts de cyberharcèlement sexiste

Ce cyberharcèlement sexiste est loin d’être nouveau, comme le documentaire de LCI mené par la journaliste Anaïs Condomines le montre. Publié ce 6 novembre, Cyber harcelées : chroniques de l’impunité 2.0 mêle les témoignages de plusieurs femmes harcelées sur Internet. À commencer par la journaliste, elle-même victime de cyberharcèlement sexiste après la publication de son article "Cyberharcèlement et 'raids' antiféministes sur le forum 18-25 de Jeuxvideo.com : 'cela a assez duré'" en janvier dernier sur le site de LCI.

Elle est allée à la rencontre de la comédienne Marion Seclin, de l’afroféministe Lauren Lolo, la militante féministe Caroline de Haas et l’étudiante Marie Thibault. Chacune témoigne du cyberharcèlement organisé et violent dont elle a été victime, et rapporte la même impunité de ses harceleurs.

Lauren Lolo raconte les insultes racistes et sexistes, envoyées "très souvent en anonymes", et Caroline de Haas et Marie Thibault rapportent les conséquences de ce harcèlement sur leur vie privée. Pour la militante féministe, tout est parti d’un tweet où elle dénonçait l’amalgame entre violeurs et étrangers après la vague d’agressions sexuelles à Cologne il y a deux ans.

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De lourdes conséquences… pour les victimes

Les insultes et les menaces qu’elle a ensuite reçues ont eu des conséquences sur son moral, son sommeil, sa capacité de travail… Marie Thibault raconte que les mails d’insultes et d’incitation au suicide envoyés par ses camarades au collège lui ont quant à elle donné envie de "disparaître", de "ne plus être qu’une ombre".

Pourtant, la jeune femme explique qu’aucune des personnes référentes n’a pris sa part de responsabilités au collège. De la même façon, la plainte de Caroline de Haas a été classée sans suite. Si on lui a expliqué que les cyberharceleurs n’avaient pu être retrouvés, pour elle ils n’ont surtout pas été recherchés. Ce qui "donne le sentiment que c’est autorisé", souligne-t-elle.

Anaïs Condomines a interrogé à ce sujet maître Delphine Meillet, avocate spécialiste de la cybercriminalité. Elle confirme que la harcèlement en ligne est un délit, puni de 2 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Mais qu’il est "extrêmement rare" que la plainte fonctionne : "l’expérience prouve que les services de police ne sont pas formés au cyberharcèlement", regrette l’avocate.

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Quels recours ?

Et porter plainte n’est pas toujours évident, comme l’expérience de Marion Seclin le montre. Le documentaire a été publié deux jours après son intervention au TEDxChampsÉlyséesWomen, où elle est revenue sur son statut de "championne de France de cyberharcèlement". La comédienne est devenue la cible de ces attaques après la publication d’une vidéo sur le harcèlement de rue sur le site madmoiZelle en mai 2016, vidéo depuis laquelle elle a reçu 40 000 menaces de mort, viol et insultes. "C’est devenu une guerre", souligne la comédienne au micro de LCI.

Comme Marion Seclin l’a souligné, trouver les identités des 40 000 cyberharceleurs, puis tous les poursuivre est une mission impossible. Et, comme elle l’a expliqué sur la scène du TEDx, elle n’a pas franchement pu compter sur l’aide de YouTube, qui ne se considère que comme un hébergeur.

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Pour la sénatrice Laurence Rossignol, interrogée par Anaïs Condomines, il manque "une loi contre le sexisme", dont le harcèlement en ligne est bien une manifestation violente.

En attendant des actions publiques, les mouvements citoyens s’organisent : Sophie Gourion, fondatrice du blog Les mots tuent et ex-conseillère au ministère des Droits des femmes, a appelé les annonceurs à boycotter Webedia, propriétaire de Jeuxvideos.com, ce dimanche 5 novembre sur Twitter — et encouragé les internautes à la suivre avec le hashtag #BoycottWebedia.

L’idée est de rendre "la sécurité des femmes" plus "rentable pour Webedia que le harcèlement" : la journaliste a donc interpellé les annonceurs avec des captures d’écran de discussion explicites sur le forum. Barilla puis le groupe d’assurances Apicil ont clairement déclaré vouloir retirer leurs publicités du site.

Ce même jour, le groupe Webedia a donc annoncé qu’il s’associerait aux procédures judiciaires qui sont ou qui seront engagées contre les cyberharceleurs de Nadia Daam. Un premier progrès, puisque le 31 octobre dernier, le président de Jeuxvideo.com avait lui expliqué à FranceInfo que les propos tenus sur le forum étaient "simplement l’expression de cette jeunesse".

Par Mélissa Perraudeau, publié le 07/11/2017

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