À l’aéroport de Bangui (Crédits image : AFP Photo/Sia Kambou)

La Centrafrique privée de SMS

Le gouvernement de la Centrafrique, se disant menacé par un "complot planifié", bloque l'usage des SMS, par lesquels des appels à la grève générale se diffusent.

À l'aéroport de Bangui (Crédits image : AFP Photo/Sia Kambou)

À l'aéroport de Bangui (Crédits image : AFP Photo/Sia Kambou)

Twitter en Turquie, Facebook en Chine, le reste en Iran... De par le monde, les tentatives de musèlement de la communication, par peur du pouvoir en place, ne manquent pas. La Centrafrique ne fait pas exception à la règle : le ministère des postes et des télécommunications de la république a annoncé lundi 2 juin aux opérateurs du pays que "l'utilisation de tous les SMS pour tous les abonnés de la téléphonie mobile est désormais suspendue à compter du lundi 2 juin 2014 jusqu'à nouvel ordre". Cette interdiction devrait donc être suivie par les quatre opérateurs principaux de Centrafrique, Télécel, Moov, Azur et Orange.

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C'est "sur instruction du Premier ministre" André Nzapayeké, nommé depuis le 27 janvier 2014, que cette décision a été prise. Elle vise à "contribuer à la restauration de la sécurité sur toute l'étendue du territoire". Alarmiste, le chef du gouvernement a indiqué à Jeune Afrique :

Nous sommes en situation de guerre. C'est une mesure temporaire, qui devrait durer quelques jours, que nous prenons pour tenter de contrôler la situation sécuritaire.

Ces jours derniers, plusieurs appels à la grève générale ont été lancés, puis relayés par SMS. "Ville morte à partir du 5 juin, pas de bar, d'école, de boulot. Restez chez vous jusqu'au désarmement – partagez SVP", indiquait l'un de ces messages. Le gouvernement, pas loin de la parano, crie à la manipulation politique... et interdit donc les textos.

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La peur du complot

Selon sa présidente, Catherine Samba-Panza, "il y a des ambitions cachées, avérées" orchestrées par "des agitateurs" qui agissent "en sous-main". Elle précisait également que "des enquêtes [étaient] en cours". Le Premier ministre, pas plus rassurant, évoquait auprès de Jeune Afrique "un complot planifié" par des "hommes politiques très proches du pouvoir", dont certains se trouveraient même "autour" de son propre cabinet et de celui de la présidente.

Dimanche, M. Nzapayéké appelait à "reprendre le travail" après plusieurs journées de manifestations contre le pouvoir et les forces internationales, dont l'une d'entre elles marquée par le décès de trois personnes. Il faut y ajouter le massacre perpétré le 28 mai à l'église Notre-Dame de Fatima, qui a vu la mort de 17 personnes et l'enlèvement de 27 individus supplémentaires.

Par Théo Chapuis, publié le 04/06/2014