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Ce qu'il faut savoir sur Emmanuel Macron, candidat à la présidentielle

Publié le

par Théo Mercadier

Alors qu'Emmanuel Macron vient d'annoncer officiellement sa candidature à l'élection présidentielle de 2017, on revient avec vous sur les idées du personnage.

"Macron candidat ? Cette bonne surprise !" Tellement surprenant que tout le monde en parle depuis des mois. Sauf que voilà, depuis 11 heures ce 16 novembre, c'est officiel, gravé dans le marbre et ça jette le bonhomme dans la baston pour la présidentielle. Il a plutôt bien géré son agenda, le Macron : annoncer sa candidature quelques jours avant la primaire de la droite, c'est parasiter l'avance d'Alain Juppé et lui permettre de gratter les voix au centre, celles des déçus de Sarkozy et Hollande. Une position fidèle à son crédo du "ni de droite ni de gauche", moderne, cool.

Plutôt BG dans son costume présidentiel

Du neuf avec du vieux

C'est probablement la volonté de rupture affichée par le tout récent candidat Macron qui a le plus séduit la sphère médiatique et, incidemment, ses électeurs potentiels. "Avec Macron ça bouge, il y a du neuf, on est dans le moderne !" Il n'y a qu'à regarder ses meetings donnés sans fiches et à 360 degrés, son positionnement au-dessus des partis ou ses appels constants à une participation de la société civile à la vie politique pour croire un instant qu'effectivement, Macron, c'est du nouveau.

Son mouvement En Marche !, qui revendique 92 000 adhérents (presque autant que le PS, à 111 000 adhérents), est un mouvement collaboratif, "pas un parti". Collaboratif, Mais pour combien de temps ? Pas longtemps : Emmanuel Macron le sait très bien, la culture politique française demande des chefs, des leaders, des figures fortes. Une culture que Charles de Gaulle avait très bien comprise en rédigeant la Constitution de la Cinquième République, avec un président au statut quasi monarchique. Rien que le nom du mouvement, donne une indication sur cette position du candidat Macron : "En Marche" ... "E.M." ... "Emmanuel Macron". En lieu et place d'une réinvention de la politique, plus altière, plus participative, l'ancien ministre de l'Économie  joue donc selon les règles du jeu politique français. Ce que sa candidature à l'élection présidentielle confirme aujourd'hui.

Mine de rien, les réunions locales de son mouvement font salle comble et l'engouement ne paraît ne pas devoir ralentir. Son mode de consultation de la société française fait lui aussi dans le 2.0 : du porte à porte augmenté par des smartphones, qui a permis de récolter l'avis de 100 000 citoyens en un temps record, puis d'analyser le tout grâce à des algorithmes dernier cri. Pas mal, "Macron, candidat du peuple !", on y croirait presque.

Des gros sous chez Rothschild

Sauf que son parcours et sa carrière disent à peu près tout le contraire de ses discours néopopulistes... Quand on a fait l'ENA, qu'on arrive aux plus hautes sphères du pouvoir sans avoir jamais été élu et qu'on passe deux ans à engranger des millions dans la banque d'affaires Rothschild, on a beau dire qu'on se sent proche de la société française, ça sonne plutôt creux. Au sein de la banque d'affaires, il pilote le rachat par Nestlé d'une filiale laitière à 9 milliards d'euros, un énorme coup qui lui fait empocher un paquet de gros sous, "assez pour être à l'abri du besoin jusqu'à la fin de ses jours".

"Je n'ai pas d'amis journalistes." Emmanuel Macron à <em>Mediapart.</em> (source : Acrimed)

Les idées du candidat Macron

Alors un banquier, ça donne quoi quand il décide de se mettre à la politique ? Ça donne un homme qui fait du neuf avec du vieux, qui habille les vieilles rengaines néolibérales (compétitivité, dérégulation, assouplissement du droit du travail) dans la douce soie du 2.0 et du modernisme. C'est original. En mai 2016, alors que la rue s'enflamme contre la loi Travail, il insiste sur la nécessité d'aller encore plus loin dans ce sens, notamment dans la priorité au dialogue social sur la loi (comprenez, le face-à-face avec son patron pour négocier, sans sécurité législative derrière). "La loi doit définir un cadre […] mais la loi pour tout, dans tous les cas, ce n'est pas la bonne solution", dit-il ainsi dans un meeting au Mans, le 11 octobre.

Le soutien à l'investissement et aux entreprises doit également, selon lui, être l'une des priorités. Il est d'ailleurs l'un des principaux artisans du CICE, le Crédit d'impôt compétitivité emploi, adopté en 2013 et qui avait à l'époque clairement marqué la politique de l'offre du gouvernement (en opposition à une politique de la demande, qui soutient les salaires et la consommation). Un fiasco censé créer de l'emploi mais qui ne réjouit aujourd'hui plus que les patrons. Macron, un politique ultralibéral donc, qui se pare d'idées novatrices pour faire passer une pilule périmée depuis les années 1980 et la claque destructrice de Margaret Thatcher.

Un projet pour la France, M. Macron ? Des bus partout partout !

Ce qui le fait se lever le matin, c'est sa volonté de créer une société plus mobile, où personne ne serait plus "assigné à résidence" (une expression répétée jusqu'à la nausée lors de son entretien avec Mediapart, le 2 novembre). Si beaucoup se sont ouvertement foutus de sa gueule sur les "autocars Macron", mesure phare de la loi qui porte son nom, lui affirme qu'ils ont permis en 2015 à 5 millions de français de se déplacer à moindre coût. À moindre coût écologique aussi ?

La mobilité ne doit pas être seulement géographique, elle doit aussi être sociale. La bonne vieille rengaine de l'ascenseur social en panne, tout ça. Sa solution ? La création d'un nouveau prolétariat 2.0, qui n'aurait "pas peur de travailler 45 heures par semaine au volant d'un Uber plutôt que de vendre de la drogue à Saint-Denis" (toujours dans son entretien chez Mediapart). La fin des 35 heures pour les jeunes est l'une des huit propositions présentées par Emmanuel Macron à L'Obs, le 9 novembre. C'est donc parti pour un marché du travail à deux vitesses. Le meilleur ? Il ne garantit même pas que les jeunes soient mieux payés : travailler plus pour gagner moins ?

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