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Ce qu’il faut retenir des grandes mesures annoncées par le Premier ministre

Publié le

par Virginie Cresci

Paquet de cigarette à 10 euros, réforme du bac, plus de places dans les prisons, suppression de la taxe d’habitation… retour sur les grandes mesures annoncées par Édouard Philippe lors de son "discours de la méthode" à l’Assemblée nationale.

C’est devant une Assemblée bavarde et agitée qu’Édouard Philippe a prononcé son "discours de la méthode" ce mardi 4 juillet. Après avoir (difficilement) posé pour la photo officielle (Jean-Luc Mélenchon avait même sorti une cravate pour l’occasion), les députés, réunis en session extraordinaire, ont écouté le chef du gouvernement citer les grandes lignes de la politique qui sera menée ces cinq prochaines années.

Le Premier ministre a entamé son discours en citant Simone Veil, disparue ce vendredi 30 juin : "Malgré un destin difficile, je suis, je reste toujours optimiste, la vie m’a appris qu’avec le temps, le progrès l’emportait toujours." Il a ensuite salué le parcours d’une autre femme, l’avocate d’affaires Laetitia Avia, jeune députée de La République En Marche passée par les conventions ZEP de Sciences Po. Le chef du gouvernement a brièvement rendu hommage à Alain Juppé, avant de citer deux Premiers ministres qui l’ont précédé, Jacques Chaban-Delmas et Michel Rocard.

Pendant plus d’une heure, Édouard Philippe a énoncé des mesures politiques concrètes qu’il souhaite mener en tant que chef du gouvernement. À chaque annonce, les députés LREM ont vivement applaudi, comme le leur a recommandé Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement. Mais s’ils ont applaudi le Premier ministre, l’ont-ils véritablement écouté ? On se le demande bien, puisqu’ils ont même applaudi lorsque Édouard Philippe a parlé de "l’échec de 60 % des élèves en licence".

"Le président de la République nous a montré le cap, il nous a également donné la méthode pour y arriver. Le cap est clair, il doit être tenu", a affirmé le Premier ministre. "Nous lancerons dans l’année les projets de réformes institutionnelles qui sont indispensables", a-t-il assuré. Focus sur les principales mesures annoncées.

Les vaccins obligatoires pour les enfants

Dans sa grande partie sur la Sécurité sociale, "le patrimoine de ceux qui n’en ont pas", le Premier ministre a annoncé que les vaccins infantiles qui sont aujourd’hui recommandés, "deviendront obligatoires" en 2018. "Des maladies que l’on croyait éradiquées se développent à nouveau sur notre territoire, des enfants meurent de la rougeole aujourd’hui en France… Dans la patrie de Pasteur, ce n’est pas admissible", a insisté Édouard Philipe. Cette mesure concernera des vaccins comme ceux contre la coqueluche, l’hépatite B ou encore la rougeole.

Le paquet de cigarettes à dix euros

Le Premier ministre a annoncé une hausse progressive du prix du paquet de cigarettes dès 2018. Il s’agit en l’occurrence d’une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. "Nous porterons progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros", a affirmé ce mardi Édouard Philippe.

L’augmentation du nombre de places en prison

Édouard Philippe a annoncé une grande réforme de la justice, qui commencera par "la construction de 15 000 places de prison supplémentaires". "Un engagement du président", a rappelé le Premier ministre. Ce dernier a toutefois ajouté que "la prison n’est pas une fin en soi", et a annoncé des réformes concernant certains petits délits, qui seront directement soumis à une amende – mais on ne sait pas encore lesquels.

L’égalité femmes-hommes sous le prisme de la maternité

Si le début de son discours a salué le destin de deux femmes, le Premier ministre a été plutôt expéditif sur le problème de l’inégalité entre les femmes et les hommes, le ramenant surtout à la question de la maternité (les femmes sans enfants apprécieront). "La ministre de la Santé annoncera des mesures sur le congé maternité et sur la garde d’enfants", a affirmé Édouard Philippe. Concernant l’égalité les salaires et les violences faites aux femmes, pas un mot.

Revalorisation de l’allocation aux adultes handicapés

Édouard Philippe a annoncé que dès 2018 l’allocation aux adultes handicapés ainsi que le minimum vieillesse (aujourd’hui fixés à 800 euros minimum), seront revalorisés. Une autre promesse de campagne d’Emmanuel Macron. "L’inclusion des personnes en situation de handicap constitue une des priorités du quinquennat", a insisté Édouard Philippe, avant d’ajouter : "Un enfant en situation de handicap scolarisé est une chance pour ses camarades."

Le flou règne sur la suppression de la taxe d’habitation

Lors de sa campagne, Emmanuel Macron a misé gros sur la suppression de la taxe d’habitation, qu’il a promise pour 80 % des contribuables. Face au mécontentement des élus locaux qui s’inquiètent de la baisse annoncée de leurs ressources, Édouard Philippe s’est voulu rassurant : "Nous engagerons avec les collectivités locales des discussions." En attendant, vous continuerez à payer votre taxe d’habitation.

L’accès au haut débit pour tous

Emmanuel Macron veut que la France soit une "start-up nation". Une chose bien difficile si tous les Français n’ont pas accès au haut débit, ce qui est le cas pour bon nombre d’entre eux à l’heure actuelle. Édouard Philippe a donc annoncé l’accès au haut débit partout en France "au plus tard d’ici 2022".

L’accès à la culture pour la jeunesse

Édouard Philippe a défini la culture comme étant "ce que détestent les porteurs de haine qui ont attaqué notre pays". Il a garanti que les ministres de l’Éducation et de la Culture travailleront ensemble afin d’élargir l’accès à la culture pour les plus jeunes. "La formation dès le plus jeune âge à la culture et à la création rend libre", a-t-il affirmé. Encore un engagement de campagne d’Emmanuel Macron, qui a promis un pass culture de 500 euros pour ceux qui ont 18 ans.

Le renforcement de l’arsenal militaire

Pendant un long moment, Édouard Philippe a rendu hommage aux victimes du terrorisme et a salué le courage de "tous les Français", qui n’ont pas changé leur mode de vie face à la menace. "Il y aura d’autres attaques, d’autres drames", a-t-il assuré. Nous ne nous habituerons jamais et nous ne baisserons pas la garde." Le Premier ministre a annoncé "une loi de programmation militaire", qui sera adoptée dès 2018. Il a aussi promis une hausse du budget de la défense à 2 % du PIB d’ici 2025.

Une réforme du bac à venir

Alors que les (peut-être) futurs bacheliers attendent patiemment les résultats (qu’ils auront tous demain), le Premier ministre a annoncé une importante réforme du baccalauréat. "Notre système laisse sortir chaque année près de 100 000 jeunes sans qualification", a-t-il souligné, avant de promettre une refonte du bac. Il y aura moins d’épreuves à passer et l’importance du contrôle continu sera revue à la hausse. Une concertation aura lieu "avant septembre 2018, pour une mise en œuvre complète de cette réforme pour le bac 2021", a indiqué Édouard Philippe.

Des mesures pour les réfugiés

Édouard Philippe a assuré que des mesures seront présentées par le gouvernement "la semaine prochaine" en vue de réformer le droit d’asile et la lutte contre l’immigration irrégulière. Cela sera fait avec une "exigence de dignité", a promis le chef du gouvernement, afin que "la France honore sa tradition d’accueil des réfugiés". L’une des principales mesures consisterait à "réduire les délais moyens de 14 à 6 mois" pour les demandes d’asiles.

Augmentation de la prime d’activité

Les travailleurs dont les revenus sont modestes se verront verser une prime d’activité plus importante, "car le message aux Français est clair : le travail doit payer", a affirmé le Premier ministre. Quant à l’accès au chômage, il a confirmé la promesse de campagne d’Emmanuel Macron d’ouvrir les droits aux indemnités aux personnes démissionnaires sans en donner le délai, ni les coûts, ni les conditions. Le mystère règne donc sur cette mesure.

La promesse d’une baisse de la dépense publique

Malgré ces mesures qui s’annoncent coûteuses, Édouard Philippe a promis de réduire le déficit public. "Mon objectif est de réduire le déficit en dessous de 3 % d’ici 2017", a-t-il assuré. "On ne dépensera pas plus en 2018 qu’en 2017". En 2016, la dépense publique s’élevait à 56,4 % du PIB. Un chiffre alarmant qui a été signalé dans un rapport de la Cour des comptes. Édouard Philippe a promis une importante baisse des dépenses publiques, notamment grâce à une réforme de la Sécurité sociale "à l’équilibre à l’horizon 2020". Ce qui lui a valu un "assez de bêtises" de Jean-Luc Mélenchon.

Après cette allocution ayant abordé d’autres points comme la confirmation de la hausse de la CSG ou encore la suppression du RSI adossé au régime général, le Premier ministre a laissé la parole aux huit présidents de groupes (Richard Ferrand, Christian Jacob, Marc Fesneau, Stéphane Demilly, Olivier Faure, Jean-Luc Mélenchon, Sébastien Jumel et Jacques Bompard). Pendant cette longue journée à l’Assemblée nationale – où chacun de ces messieurs a vanté les efforts en matière de parité que représente cette législature – notons qu’aucune femme ne s’est exprimée. Espérons qu’une Simone Veil se cache parmi ces députées silencieuses, afin que ces messieurs n’aient plus à citer le passé, mais se tournent vers l’avenir.

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