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Ce clitoris en 3D va révolutionner l'éducation sexuelle

Publié le

par Olivia Cassano

La chercheuse française Odile Fillod a mis au point un modèle de clitoris grandeur nature à imprimer en 3D. Espérons que ça aide les hommes (et les femmes) à savoir où il se trouve.

Le clitoris conçu par Odile Fillod, imprimé en 3D. (© Marie Docher)

Les femmes aussi ont une bite. Et ce ne sont pas les cours d’éducation sexuelle de l’école qui vous l’apprendront. Le clitoris, qui est composé du même tissu érectile que le pénis, a également un prépuce et un gland, et il mesure en moyenne près de 20 centimètres. La seule différence avec l’organe sexuel masculin ? Le clitoris est presque entièrement interne. Si vous ne le saviez pas, rassurez-vous, même celles qui possèdent un clitoris ne sont pas forcément familières de cet organe du plaisir.

C’est la raison qui a poussé Odile Fillod, une chercheuse française, à réaliser un modèle de clitoris grandeur nature en 3D et en open source. Il sera donc facile de l’imprimer en 3D et de l’incorporer aux cours d’éducation sexuelle.

"Il est important que les femmes aient une image mentale de ce qui se produit réellement dans leur corps lorsqu’elles sont stimulées", a expliqué Odile Fillod au Guardian. Elle ajoute :

"Comprendre le rôle essentiel joué par son clitoris peut aider une femme à cesser d’avoir honte ou de se sentir anormale si les rapports sexuels pénis-vagin ne la font pas jouir. Étant données les caractéristiques anatomiques, c’est le cas de la plupart des femmes.

Il est également essentiel que les femmes sachent que l’équivalent du pénis chez elles n’est pas le vagin, mais le clitoris. Les femmes ont des érections lorsqu’elles sont excitées, mais elles restent invisibles parce que le clitoris est interne. Je voulais montrer que les hommes et les femmes ne sont pas foncièrement différents."

On apprend les fondamentaux de l’anatomie humaine en biologie. Mais les cours d’éducation sexuelle se composent essentiellement d’atroces images d’organes génitaux ravagés par les MST, généralement suivis de rires gênés dans la classe. On nous parle du cycle menstruel chez les femmes et de l’érection chez les hommes, mais quand est-ce qu’on nous parle des érections féminines ? Les cours d’éducation sexuelle s’intéressent tellement aux risques des rapports sexuels qu’ils en oublient de parler du plaisir.

On nous parle bien sûr de contraception, mais le message qui s’imprime reste que l’activité sexuelle possède un but reproductif. Mais il y a pire, les cours d’éducation sexuelle véhiculent eux-mêmes de dangereux stéréotypes sur le sexe. Un récent rapport rendu au gouvernement français souligne que les programmes d’éducation sexuelle perpétuent le cliché selon lequel les jeunes hommes s’intéressent plus à la sexualité, tandis que les filles attacheraient plus d’importance à l’amour.

Une éducation sexuelle qui s’intéresserait au plaisir (parce que c’est la raison pour laquelle la plupart d’entre nous baisent) plutôt qu’aux aspects reproductifs et pratiques produirait peut-être une génération d’amants moins égoïstes, et surtout moins ignorants. Cela permettrait peut-être de mettre fin à cette idée patriarcale selon laquelle les femmes ont moins d’intérêt pour le sexe, activité qu’elles apprécieraient ou désireraient moins que leurs camarades masculins. On a tout aussi envie de sexe que les mecs, même si on ne parle jamais de la masturbation féminine en cours. Des hommes qui se branlent pendant que les filles se tournent les pouces ? J’y crois pas trop, désolée.

Le clitoris en 3D conçu par Odile Fillod pourrait éviter les conceptions erronées de l’orgasme féminin, et permettre aux filles d’avoir moins honte du fonctionnement de leur corps.

Les garçons hétéros pourraient enfin savoir comment offrir du plaisir à une femme en se fiant moins au porno, qui est généralement fait par les hommes et pour les hommes, et qui ne dit rien du plaisir féminin. Peut-être même que cela pourrait alléger la pression sur les épaules des hommes, à qui on enjoint d’être bons au lit et d’avoir une bite parfaite, parce qu’en fin de compte, si l’on s’y connaît un tant soit peu en orgasme féminin, ça n’a pas tellement d’importance.

Le modèle de clitoris d’Odile Fillod a été conçu en open source. En théorie, n’importe quel prof peut imprimer un clitoris grandeur nature et l’incorporer à ses cours d’éducation sexuelle. D’ici à ce que chaque jeune Français ait sur son pupitre un clitoris, il y a encore de la marge, mais espérons que quelques profs consciencieux oseront faire le premier pas.

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