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Ce Brésilien est député le jour et prisonnier la nuit

Publié le

par Théo Mercadier

Métro, boulot, barreaux.

Le député brésilien Celso Jacob a une double vie pas forcément évidente à gérer. Le jour, il est député à la Chambre pour le Parti du mouvement démocratique brésilien ; le soir, il rejoint sa petite cellule et ses compagnons d’infortune de la prison de Papuda. Un train-train hors du commun qui s’explique par le régime de semi-liberté dont il bénéficie, et qui l’autorise à poursuivre une activité professionnelle. Pour chaque série de trois jours travaillés, une journée de détention est retirée de sa peine de sept ans. "Je vais devoir faire 10 mois [en prison] pour passer au régime ouvert", espère-t-il.

En 2002, alors qu’il était maire de la ville de Tres Rios, il a falsifié certains papiers et contourné les procédures d’appel d’offres. Des années plus tard, il est rattrapé par ces affaires et se retrouve obligé de passer par la case prison – un verdict qu’il conteste encore à ce jour et qu’il met sur le compte de l’ambiance générale qui règne au Brésil.

En effet, l’opération "Lava Jato" ("lavage express") du juge Sergio Moro a braqué les projecteurs sur la corruption endémique qui ronge le système politique du pays, et débouché entre autres sur la destitution de la présidente Dilma Roussef en 2016. Son successeur, Michel Temer, est lui aussi inquiété dans une affaire de pots-de-vin, ainsi qu’une bonne partie de la classe politique brésilienne. "Nous vivons des temps difficiles en politique, parce que nous sommes au milieu de dénonciations, d’importants détournements d’argent […]. Dans des conditions normales, il ne se serait rien passé me concernant", soupire le député-prisonnier.

Pas de traitement de faveur

Fait plutôt étonnant, la loi brésilienne n’empêche pas à un député d’exercer ses fonctions s’il est condamné, a fortiori à de la prison. Celso Jacob peut donc tranquillement continuer à siéger à la commission de l’Éducation et des droits de l’Homme – même s’il avoue rencontrer certaines difficultés lorsque les séances se poursuivent la nuit. Malgré sa privation de liberté (il ne peut pas faire ses propres courses), il affirme tout de même vouloir poursuivre sur ce rythme : "Je peux inverser le cours des choses."

D’après l’AFP, Celso Jacob a bien flippé en arrivant dans la prison de Papuda, à 30 kilomètres de la capitale Brasilia. Il y partage les lieux avec 5 487 détenus, sans aucun traitement de faveur. Alors qu’on s’imagine habituellement que les politiciens condamnés finissent dans des prisons dorées, il occupe bien une petite cellule, avec deux autres prisonniers. "Ce n’est pas un endroit recommandable", confie-t-il, même si son statut et ses compétences lui attirent l’amitié de ses voisins. Calé en droit, il les aide le week-end sur leur dossier.

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