Avec CaraChat, GMX ressuscite CaraMail… et nous fait encore plus regretter le bon vieux temps

En annonçant le retour de la plateforme CaraMail, GMX nous promettait une délicieuse madeleine de Proust. Finalement, CaraChat n’a aucun goût.

À l’aube du XXIe siècle, alors que les protonerds du monde entier ne s’étaient toujours pas remis du "non-bug" de l’an 2000, les internautes français faisaient crépiter leurs modems 56k entre deux hurlements de leurs parents −"Éteins Internet, faut que je téléphooooone" − pour traîner sur Lycos, vérifier leurs mails sur AOL, se faire inonder de wizz sur MSN, lâcher quelques comm’s sur Skyblog, et surtout parler de tout et de rien dans les chat rooms spacieuses de CaraMail.

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Avec son interface utilisateur léchée (bon, pour l’époque, hein) rappelant le minimalisme des chats IRC, son utilisation instinctive, son dédale de thématiques en pagaille, et jusqu’à 28 millions d’abonnés s’échangeant des "kikoo" et des "ASV stp" − "âge, sexe, ville", le sigle d’approche le plus invraisemblable jamais inventé − en 2004, le site fondé en 1997 finira par s’éteindre en 2009, emportant dans sa tombe un Internet collégien, foutraque, immature et forcément jouissif.

Après la revente des droits à l’Allemand United Internet − lequel a ensuite créé GMX en France −, les utilisateurs hexagonaux de CaraMail avaient pu conserver leurs identifiants et leurs adresses e-mail "caramail.fr", ce qui, il faut bien le dire, est un efficace marqueur de coolitude générationnelle dans une époque contemporaine obsédée par son passé numérique immédiat.

Une première résurrection déjà en demi-teinte

En 2012, le blog Korben racontait qu’une première tentative de résurrection avait eu lieu grâce à un codeur prénommé David : CaraMail, tel Lazare, avait alors surgi des tréfonds des Internets comme si l’Univers s’était arrêté net en 2009, et nos yeux s’étaient une première fois embués de gratitude. Malheureusement, l’expérience avait tourné court, et nous devions nous rendre à l’évidence : non, nous ne retrouverions plus jamais cette douce ivresse numérique.

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Sauf que. Cette année, pour fêter les 20 ans de la plateforme, GMX a annoncé la résurrection officielle de l’outil de messagerie. Alléluia ! CaraChat, la nouvelle version, débarque sur tous nos appareils connectés. Spoiler : c’était mieux avant. Plus de chat rooms thématiques, plus de discussions avec de parfaits inconnus, rien qu’une bête appli de messagerie, comme il en existe désormais des dizaines.

On mettra un bon point à GMX pour le chiffrement des communications et le respect des lois européennes de protection des données, mais on s’arrêtera là. Selon Numerama, le PDG de GMX voit son appli comme "une vraie alternative européenne aux principaux acteurs américains du marché". Mouais. À Facebook Messenger et WhatsApp, peut-être, mais pour ce qui est de Signal et Telegram, on repassera.

Résultat : la madeleine de Proust que l’on nous avait promise se révèle fadasse, et nous voilà obligés de jouer les vieux cons aigris, marmonnant que c’était mieux avant, en utilisant les dernières applications à la mode. Monde de merde.

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Par Thibault Prévost, publié le 05/12/2017

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