Cannabis : dans le New York Times, la guerre publicitaire fait rage

Suite à un éditorial appelant clairement à légaliser le cannabis, le New York Times se fait le champ de bataille entre les pro et les anti-marijuana, à coups de publicités pleine page.

"Abroger la prohibition, à nouveau" est le titre d'un des éditoriaux les plus ambitieux qu'ait publié le New York Times. Le prestigieux quotidien américain s'est illustré la le 27 juillet lorsqu'il a pris clairement position pour la légalisation de la marijuana dans son éditorial, à lire par ici. Un édito qui fait écho à une sortie très médiatique par Barack Obama sur le sujet. Le président américain avait déclaré que le cannabis "n'était pas plus dangereux que l'alcool".

Une semaine plus tard, c'est le même New York Times qui publie la riposte. Celle-ci vient sous forme de publicité pleine page et montre un homme d'affaires caché par le visage malicieux d'un hippie. Le message ?

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La libéralisation du cannabis n'est pas désintéressée et des businessmen, les mêmes que pour d'autres corporations, n'auront que peu de scrupules à vendre un produit dont le potentiel d'addiction est bien réel.

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L'herbe n'est pas plus verte dans la douille du voisin...

La publicité renvoie à une adresse internet, "GrassIsNotGreener.com", un site dédié à cette initiative portée par de nombreuses associations parentales et de santé publique américaines. Selon elles, légaliser la marijuana, c'est favoriser le développement d'une industrie du cannabis, qui sera aussi dévastatrice que les empires du tabac – que la publicité n'ose pas nommer.

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"Just Say Know"

L'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais ce débat est trop neuf, trop passionnant et trop compliqué pour ne pas susciter les réactions. Le 4 août 2014, les lecteurs du New York Times ont pu découvrir une nouvelle publicité à la page 17 de leur quotidien.

Celle-ci est accompagnée de la tagline "Just Say Know", sympathique pied-de-nez à un fameux slogan de la War on Drugs apparu dans les années 80, "Just Say No".

(Crédits image : ...)

Le cannabis médical, vendu et proposé en publicité comme n'importe quel autre médicament

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Leafly se présente comme une société d'informations sur le cannabis. Variétés, points de vente, goût et prix des différentes souches cannabiques... La société s'autoproclame même dès la homepage de son site Internet tenir la place de "plus grande communauté d'information sur le cannabis".

Cette année, l'État de New-York est devenu le 24ème du pays à légaliser la consommation de marijuana à usage médical. La détention de cannabis et son usage récréatif restent illégaux mais la possession en petite quantité de cette substance est punie moins sévèrement.

L'éditorial libertaire

Plus qu'un conseil soufflé entre deux lignes sur les économies budgétaires, cet article est une véritable charge contre la politique de "War on Drugs". Ce brûlot compare l'interdiction du cannabis à la prohibition, qui a empêché les citoyens américains de consommer toute boisson alcoolisée que ce soit de 1919 à 1933.

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Très critique, le journal relève l'inefficacité d'une telle technique puisque de toute façon, les Américains n'ont pas arrêté de lever le coude pour autant :

Les citoyens respectueux de la loi sont devenus des criminels et des organisations de malfaiteurs ont surgi et prospéré. 40 ans ont passé depuis que le Congrès a adopté l'interdiction actuelle de la marijuana, infligeant beaucoup de tort à la société uniquement pour interdire une substance beaucoup moins dangereuse que l'alcool.

Fondé en 1851, titulaire de 98 prix Pullitzer, employeur de 1 200 journalistes en 2006, la référence journalistique East Coast surprend dans sa prise de position radicale, arguant seulement contre la prise de cette substance avant l'âge de 21 ans pour cause de troubles occasionnés au cerveau chez les adolescents.

Le fond de l'éditorial du New York Times présente un drapeau américain dont les étoiles se muent progressivement en feuilles à cinq branches

Le fond de l'éditorial du New York Times présente un drapeau américain dont les étoiles se muent progressivement en feuilles à cinq branches

Reste que cet édito signé du comité de la rédaction insiste également sur les désastres sociaux liés à la fameuse "War on Drugs", corollaires de la répression policière et d'un véritable racisme larvé contre les jeunes noirs américains. Le quotidien appelle aussi à différencier le cannabis d'autres drogues, insistant sur sa dangerosité moindre face à l'alcool. Chiffres à l'appui, le comité de rédaction rappelle que pour 658 000 arrestations pour cause de détention de cette substance en 2012, on n'en compte la même année que 256 000 pour des cas de "cocaïne, héroïne et leurs dérivés".

Propagande(s)

En somme, selon le New York Times, ce n'est pas parce qu'on fume un petit pétard de temps en temps qu'on doit forcément mal finir, comme les personnages pathétiques de Reefer Madness. Ce film réalisé dans un but de prévention en 1936 et cité par le New York Times montre des dérives violentes sous l'emprise de la verte, comme le meurtre, le viol et le suicide.

Avec le Colorado en première ligne des États ayant légalisé totalement l'usage récréatif du cannabis. Même si elle n'est plus aussi exagérée, la propagande en faveur ou bien contre l'usage du cannabis ne fait que commencer au pays de l'Oncle Sam.

-> À voir : Le tout premier acheteur de cannabis à usage récréatif des États-Unis

Par Théo Chapuis, publié le 04/08/2014