Cannabis : les ados français font de plus en plus tourner le spliff

Après avoir baissé depuis 2003, le cannabis redevient cool pour les jeunes de 17 ans, notamment chez les filles. En 2015, un ado sur deux s'est déjà grillé un pèt'.

(Crédits image : N.ico/Flickr)

(Crédits image : N.ico/Flickr)

Les pétards, c'est ringard ? Jamais ! Ils ont traversé le flower power, les paillettes disco, le désespoir du punk, la vague eurodance, les errances neo-metal et restent encore d'une popularité sans pareille chez les jeunes encore en 2015. Plus durable que Johnny, plus fort que Bowie, le cannabis.

Publicité

Un rapport du très sérieux Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) dévoilé ce mardi 21 avril fait état d'une hausse conséquente de l'expérimentation et de la consommation de cannabis chez les jeunes de 17 ans. Les résultats, issus de questionnaires anonymes remplis par plus de 22 000 jeunes lors des journées Défense et citoyenneté de mars 2014, montrent un net attrait pour la fumée verte, d'autant plus remarquable qu'il vient enrayer la tendance à la baisse qui s'était installée depuis une douzaine d'années.

Alors que l'expérimentation de tabac se stabilise et celle d'alcool repart à la baisse, "celle du cannabis progresse [de plus de 6 points entre 2011 et 2014, ndlr], interrompant ainsi le recul de la diffusion du cannabis observé depuis 2003". Plus préoccupant encore pour l'OFDT, "les usages réguliers progressent" et "le regain de l'usage régulier de cannabis met fin à la baisse observée depuis 2003".

Graphique montrant l'évolution des pratiques concernant tabac, alcool et cannabis chez les jeunes de 17 ans (Crédits image : Enquêtes ESCAPAD, OFDT)

Graphique montrant l'évolution des pratiques concernant tabac, alcool et cannabis chez les jeunes de 17 ans (Crédits image : Enquêtes ESCAPAD, OFDT)

Publicité

L'OFDT observe donc "une recrudescence importante" de l'expérimentation, même si celle-ci reste en deçà des chiffres de l'année 2003, pour laquelle l'observatoire avait noté un pic de consommation. Fait intéressant : alors que les filles sont moins consommatrices que les garçons, l'OFDT note l'esquisse d'une "convergence des comportements". C'est encore plus le cas au niveau de l'usage régulier où "l'augmentation parmi les filles paraît plus prononcée" avec 5,8% de filles en faisant l'usage au moins 10 fois dans le mois contre 3,4% en 2011.

Car en fait, de l'expérimentation à la prise régulière, tous les niveaux ont augmenté. D'abord, alors que 41,5% des adolescents de 17 ans y avaient goûté au moins une fois voilà trois ans, ce chiffre s'élève désormais à 47,8%, soit près d'un ado sur deux. Les garçons passent de 44% à 49,8% et les filles de 38,9% à 45,8% – elles étaient 40,9% en 2003.

Plus d'un jeune de 17 ans sur quatre (25,5%) déclare avoir fumé un joint dans le mois, contre 22,4% trois ans plus tôt. Près d'un sur dix (9,2%) rentre dans la case des "fumeurs réguliers" (c'est-à-dire qu'il en consomme au moins dix fois dans le mois) contre 6,5% en 2011. Reste l'usage quotidien, qui passe lui de 3 à 4%.

Publicité

Le groupement d'intérêt public insiste sur un point : il n'y a pas de quoi se vanter de ces nouveaux résultats. Selon ses chiffres, plus d'un garçon sur quatre (25,7%) et près d'une fille sur cinq (17,3%) présentent un risque élevé d'usage dit problématique ou de dépendance – soit 8% de l'ensemble des ados de 17 ans contre... 5,3% en 2011.

Taux de THC de plus en plus fort

François Beck, directeur de l'OFDT, confirme cette fulgurante tendance à la hausse chez les jeunes : "Il s'agit d'augmentations très nettes par rapport à l'enquête de 2011". S'il juge la tendance "délicate à interpréter", elle s'inscrit dans un contexte d'offre "de plus en plus forte" en Europe, avec la France devenue "terre de production, et plus simplement de consommation". Il remarque d'ailleurs que cet attrait du cannabis se développe en parallèle de "taux de THC en nette augmentation".

Mais l'offre n'est pas tout et la crise a sans doute sa part de responsabilité. Selon lui, les perspectives d'un avenir moins rose avec "une pression croissante liée à la conjoncture économique et les difficultés d'emploi et d'insertion" est à mettre en relation avec la hausse de consommation du cannabis comme de substances "stimulantes" comme la MDMA et la cocaïne.

Publicité

Selon Le Monde, s'il fallait en croire les enquêtes précédentes, l'usage de cannabis chez les adolescents tendait plutôt à se stabiliser ces dernières années. La hausse s'installera-t-elle comme tendance ? Les prochaines études le diront. À savoir qu'un travail de l'INPES rendu au début de l'année 2015 montrait déjà une reprise à la hausse de la consommation chez les 18-64 ans après une stabilisation dans les années 2000.

Quoi qu'il en soit, la ganja est de loin le produit illicite le plus consommé (17 millions de Français l'ont expérimenté, 550 000 en feraient un usage quotidien et 1,4 million en consommeraient au moins 10 fois par mois) et celui qui est le plus rentré dans les mœurs, notamment grâce au hip-hop, au cinéma...

L'échec de la politique de répression

La consommation du cannabis qui repart à la hausse, du moins chez les jeunes, n'est qu'un énième argument contre la politique de répression de la "War on drugs". Les Français, avec les Danois, sont les citoyens européens les plus portés sur la Marie-Jeanne, et cela devant les Néerlandais ou les Espagnols, dont les autorités pratiquent pourtant une régulation plus souple sur la substance. Cette politique coûte cher : le gouvernement consacre chaque année un budget de 568 millions d'euros en répression, parmi lesquels 300 millions sont alloués aux seules interpellations.

François Beck lui-même admet la complexité du combat contre la marijuana :

Le cannabis est un produit dont on savait déjà qu’il touchait des milieux sociaux très variés et était consommé sur l’ensemble du territoire. Ce caractère transversal se double aujourd’hui d’une diffusion transgénérationnelle.

Pour terminer, parce qu'elle résume bien la situation en France et parce qu'elle est toujours d'actualité, on vous remet la vidéo de la très bonne pastille de data-journalisme de France 4 Data Gueule.

Par Théo Chapuis, publié le 21/04/2015

Copié

Pour vous :