AccueilÉDITO

Vidéo : des proches de jeunes partis pour le jihad témoignent

Publié le

par Théo Chapuis

Le ministère de l'Intérieur et le secrétariat d'État à la Famille présentent une campagne de sensibilisation à la galère des familles dont des membres sont partis pour la Syrie.

Saliha, mère d'un jeune Sabri, disparu en Syrie. Pour le lui annoncer, un combattant a appelé son époux et lui a dit que son fils, renommé de son nom de jihadiste et non pas par son prénom, était mort en martyr. (Capture YouTube)

Ce mercredi 7 octobre, le gouvernement dévoile à la télévision et dans les salles de cinéma une campagne de sensibilisation, ou plutôt une riposte à la propagande jihadiste. Selon le quotidien Libération, cela fait plus d'un an que l'État planche à l'élaboration d'un "contre-discours", d'une réplique à opposer à la politique de séduction opérée par les recruteurs.

C'est désormais chose faite. Dans de très courtes vidéos, le ministère de l’Intérieur et le secrétariat d’État à la famille mettent en scène Baptiste, Saliha, Jonathan et Véronique. Quatre personnes, sobrement filmées face à la caméra, dont on écoute le récit de leur triste point commun : avoir un fils, une fille, une sœur parti(e) pour le jihad, la plupart du temps pour la Syrie – selon l'OSDH, 300 000 personnes seraient mortes dans le conflit depuis mars 2011.

Ce qui fait la force de ces témoignages, à visionner également en ligne sur le site de la place Beauvau, c'est leur simplicité. Quelques citations extraites de ces vidéos sont tout à fait poignantes, surtout dans la bouche d'un père, d'une mère, d'un frère.

Comme celui de Véronique, d'Île-de-France : "C'est très difficile de raconter ce qu'on vit parce que c'est mal vu, c'est mal compris, il y a beaucoup d'amalgames". Plus encore, celui de Saliha, habitante de Belgique : "Quand je lisais cette phrase "Maman, je suis en Syrie", mon cerveau me disait "Maman, je suis mort". Et je disais à mon mari "Écoute, Sabri est mort" [...] Il allait fêter ses 19 ans [...] Peu importe les origines, peu importe la religion au départ, ça peut arriver à tout le monde". Quant à Baptiste, de Picardie il estime que "nous ne sommes pas des parents de terroristes, nous sommes des victimes".

Ci-dessous, l'une de ces vidéos :


Témoignage de Véronique - Ile-de-France
par Ministere_interieur

Toutes les vidéos s'achèvent par la mention d'un numéro vert, le 0800 005 696, qui renvoie à un service d'assistance à destination des familles dont l'un des membres est parti "faire le jihad". Jonathan, l'un des témoins, décrit le but de la manœuvre :

Nos témoignages ont un sens : aider les autres parents et montrer à ceux qui seraient tentés par le jihad ce que vivent les familles. En le faisant nous nous portons garants de ce numéro d’appel. À ceux qui sont derrière de jouer leur rôle.

Plus de 3 000 candidats au jihad repérés

Cette campagne est aux antipodes de la précédente, révélée fin janvier 2015. Dans cette initiative de prévention qui optait déjà pour un volet vidéo, l'objectif recherché n'était pas de jouer sur l'affect. Au contraire, elle se bornait à répéter quelques slogans musclés aux airs de malédiction :

“Ils te disent: sacrifie-toi à nos côtés, tu défendras une juste cause. En réalité, tu découvriras l’enfer sur terre et mourras seul loin de chez toi” - “Tu élèveras tes enfants dans la guerre et la terreur”.

Selon le ministère de l'Intérieur, au moins 134 ressortissants français sont "présumés avoir trouvé la mort [au jihad]". Un formulaire de signalement est également disponible sur le site stop-djihadisme.gouv.fr. Il aurait déjà permis d'enregistrer les cas de 3 063 "signalements de personnes en situation de basculement". Près de 23% des signalements concernent des mineurs, parmi lesquels les jeunes filles sont majoritaires. Les femmes représentent 40% des signalements au total.