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Une campagne choc pour prévenir le risque de suicide des LGBT

Publié le

par Aline Cantos

Campagne de prévention contre le suicide © Inter-LGBT, TBWA Paris

Pour la journée nationale de prévention contre le suicide, l'Inter-LGBT s'associe à TBWA Paris dans une campagne choc afin de sensibiliser la population au risque de suicide chez les LGBT.

Le 5 février est désormais destiné à sensibiliser les gens au suicide. Cette journée nationale de prévention, à l'initiative de l'UNPS (Union Nationale de Prévention contre le Suicide), a donné lieu à une campagne poignante réalisée par l'Inter-LGBT et TBWA Paris. L'association Inter-LGBT, à qui l'on doit la Gay Pride organisée chaque année dans la capitale française, s'engage ici afin de mettre en lumière le risque très élevé de suicide des homosexuels, bisexuels et transexuels.

Campagne de prévention contre le suicide © Inter-LGBT, TBWA Paris

"Les gouines se suicident plus que la moyenne" affirment-ils dans une affiche stylisée sur laquelle il est possible de deviner une silhouette féminine dont la tête est transpercée d'une balle. "C'est vrai. Et c'est à force de parler d'eux en ces termes que le taux de suicide des lesbiennes, gays, bi et trans est 4 fois plus élevé" continuent-ils. 

Une atmosphère d'intolérance

Un chiffre alarmant, d'autant plus quand on sait que l'homophobie n'a jamais autant augmenté, avec un pic de hausse en 2013. Au cours de cette année, SOS Homophobie relate un bon de 78% des actes homophobes dans le pays. Selon l'Inter-LGBT, c'est aussi parce que le gouvernement n'a pas entièrement tenu ses promesses. Contactés par Konbini, Sylvie Fondacci et Nicolas Rividi, porte-parole de l'Inter-LGBT en charge de la lutte contre les discriminations, témoignent. La thématique de l'homosexualité a été reléguée au placard et a laissé des milliers de LGBT livrés à eux-mêmes dans une société toujours réticente à les accepter totalement.

Avec l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, nous avons eu une loi contre l’homophobie mais cette loi ne suffit pas. Les engagements du gouvernement n’ont pas été tenus complètement. L’égalité réelle est nécessaire pour les personnes LGBT car la PMA pour les couples de lesbiennes, la filiation, les droits des personnes trans manquent à l’appel. L’avenir pour les LGBT en France doit voir se concrétiser ces mesures pour leur bien-être et leur meilleure inclusion dans la société.

Malgré les efforts des gouvernements successifs dans le sens d'une acceptation de l'homosexualité par la société française, les chiffres de l'homophobie ne cessent de croître. La problématique du mariage pour tous a été clivante, réunissant autour de sa cause deux camps, l'un pour, l'autre contre. Les opposants à la loi Taubira se sont parfois montré très virulents.

Le débat sur le projet de loi a décomplexé une parole homophobe déjà présente dans la société française. Tant que les LGBT ne réclamaient pas l’égalité de manière ostensible et tant qu’aucun gouvernement n’était prêt à aller jusqu’au vote de cette loi, l’homophobie était présente et avérée mais la perspective du vote de la loi a fait se déchainer certains groupes réactionnaires sous prétexte de défendre le mariage et la famille traditionnels, affirment Sylvie Fondacci et Nicolas Rividi.

En avril 2013, une agression homophobe démontre la violence du climat. Un couple d'hommes, Wilfried de Brujin et Olivier Couderc, est pris à parti par une bande de jeunes. Le visage tuméfié de Wilfried, passé à tabac, fera le tour du net, montrant les dégâts de la radicalisation qui a suivi les manifestations. Les motifs de l'agression sont clairs, l'homophobie est la source de cette attaque. Les médias réagissent et montrent à quel point la vie des populations LGBT peut être menacée.

Le documentaire "Homos, la haine", diffusé sur France 2 en décembre 2014, donne la parole aux homosexuels dont le quotidien s'est retrouvé d'une manière ou d'une autre affecté par l'homophobie. Proches, milieu professionnel, espace public, tout peut très vite se transformer en danger potentiel.

L'homophobie toujours peu réprimée

Les réseaux sociaux sont d'ailleurs des acteurs principaux de ces attaques. Twitter a récemment été le théâtre d'un déferlement de haine. "#SiMonFilsEstGay Je le jette dehors tt nu après l'avoir cogner bien comme il faut", "#LesGaysDoiventDisparaitreCar la survie dlespece humain est en jeu", "Moi jsuis de la #TeamHomophobe Anti PD Et Guine"... Les internautes se déchainent et affichent publiquement leur convictions homophobes sous forme d'incitations à la haine bien souvent restées impunies.

Campagne de prévention contre le suicide © Inter-LGBT, TBWA Paris

L'expression est très difficilement contrôlable sur internet. Les réseaux sociaux sont la porte ouverte à toutes les formes d'agressivité. Des condamnations ont cependant été prononcées en janvier 2015 à l'encontre des certains de ceux qui ont participé à ces hashtags homophobes. Premières dans leur genre, elles sanctionnent les personnes, cependant le réseau Twitter n'est pas inquiété. La décision de la justice est symbolique mais les sanctions restent très minces. 500€ pour deux des trois internautes présents sur le banc des accusés, 300€ pour le dernier.

L'homophobie reste encore relativement impunie. Si la loi la condamne, il est cependant assez rare que le facteur homophobe soit pris en compte. Les injures sont difficiles à prouver lorsqu'elles sont orales, les agressions sont parfois justifiées autrement par leurs auteurs.

Une dangereuse indifférence

Abandonnant bien souvent les victimes dans leur désarroi, le système de répression de l'homophobie semble encore avoir bien des progrès à faire. Face à l'intolérance et à l'indifférence, nombre sont ceux qui choisissent de mettre fin à leur vie. Alors que les 3 à 4% de la population totale est soumise au risque de suicide, le taux grimpe jusqu'à 13% pour les populations LGBT. La détresse, face à une atmosphère hostile est souvent accentuée par un rejet de la part des proches. L'isolement, la solitude sont autant de facteurs qui accentuent le risque de suicide.

La jeunesse est la principale victime de ce cycle d'intolérance. Certains se retrouvent, parfois encore mineurs, mis à la rue par leurs parents. Des associations comme le Refuge luttent contre l'isolement des jeunes LGBT. Un accueil et un accompagnement y sont proposés afin de sortir ces jeunes de la détresse. Cependant, les moyens sont rares, les places manquent et bon nombre de jeunes sont toujours livrés à eux-mêmes malgré de telles initiatives. L'homophobie est plus que jamais un fléau. Les récents conflits sociaux n'ont fait qu'accentuer l'urgence de la situation.

La campagne de prévention contre les risques de suicide apparaît ici comme une sonnette d'alarme dont la cible englobe l'intégralité de la population. Ceci ne se limite pas à la seule prévention contre les risques de suicide. Les insultes et expressions dégradantes sont le quotidien des homosexuels. Sylvie Fondacci et Nicolas Rividi précisent :

Il s’agit d’un message destiné au grand public pour lui faire prendre conscience que les insultes blessent les LGBT mais aussi directement adressé aux pouvoirs publics qui ont la responsabilité de mettre en place des actions de lutte et de prévention. C’est une interpellation contre les LGBT-phobies au-delà du suicide qui en est sans doute le volet le plus grave.

Des gestes du quotidien responsables d'un taux de suicide record

À force d'utiliser ces mots, certains en viennent même à en oublier leur sens. En septembre 2014, l'Inter-LGBT avait déjà soulevé le problème à travers un spot diffusé sur Fun Radio. L'audience de la chaîne, relativement jeune, est la première visée. "Ça n'a pas l'air bien méchant dit comme ça. Et pourtant, les personnes lesbiennes, gays, bis et trans se suicident en moyenne 4 fois plus que les autres" peut-on entendre. Les habitudes du quotidien sont les cibles du spot qui rappelle à tous que c'est à cause de petits gestes que se créent de grands drames.

Habituellement ce sont les violences physiques qui sont dénoncées. Avec cette campagne, nous avons souhaité montrer que les plaisanteries stupides, les paroles blessantes, les injures ont des conséquences graves sur les personnes lesbiennes, gaies, bi et trans au point d’entraîner un taux de suicide plus élevé chez ces personnes que dans le reste de la population.

Les chiffres montrent que le taux de suicide des personnes lesbiennes, gaies, bi et trans est 4 fois supérieur à celui de la moyenne nationale en France, nous confirment Sylvie Fondacci et Nicolas Rividi.

Cette nouvelle campagne donne à voir les dangers de la société et de ses pratiques pourtant désormais courantes. Tant qu'ils seront des "gouines" ou des "pédés", les jeunes homosexuels subiront toujours le dangereux malaise qui les mène parfois à écourter leur vie.