En images : la campagne forte d'un Tunisien après l'attentat à Sousse

Quelques jours après l'attentat qui a frappé Sousse, un Tunisien a décidé de réagir par une campagne de communication sur les réseaux sociaux.

28 juin 2015, 12h55. Deux jours après l'attaque qui a fait 38 morts à Port El Kantaoui, à proximité de Sousse, Selim Ben Hadj Yahia poste sur Facebook quatre images. Ce jeune Tunisien directeur d'une agence de communication basée à Tunis les introduit par ce message :

Après la tristesse et le choc, vient le temps de la réflexion et des interrogations.

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Et de poursuivre :

Et l'interrogation qui m'est venue est la suivante : "Comment puis-je aider, ne serait-ce qu'un peu, mon beau pays qui agonise?" J'ai immédiatement pensé "communication de crise" et j'ai donc essayé de mettre en image ce que j'imaginerais comme message susceptible de parler à nos amis du monde entier. La question est venue simplement "Vous cesseriez de visiter Paris, New York ou Londres après les attentats qu'ils ont subi ?"

Les quatre images qu'il a choisies sont connues. Elles proviennent d'attentats commis sur les tours du World Trade Center en septembre 2001, dans les rues de Londres en juillet 2005 et, enfin, à Paris en janvier 2015. Pour autant, une erreur s'est glissée parmi les photographies publiées : celle provenant de Glasgow est en réalité une erreur, il s'agit d'un accident de camion qui n'est lié à aucun attentat. Qu'importe, le message comme l'objectif sont clairs : faire en sorte que les touristes ne boycottent pas la Tunisie.

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"Un geste symbolique"

En trois jours, le statut imagé de Selim Ben Hadj Yahia a été aimé près de 2000 fois, partagé 3000 et accompagné d'une centaine de réactions. Au commentaire d'un internaute qui souligne qu'inviter aujourd'hui un touriste en Tunisie peut s'avérer "criminel", il évoque un "geste symbolique" :

Je partage ta position dans l'ensemble mais n'oublie pas que le tourisme, c'est juste 7% du PIB et qu'on ne peut se permettre de l'abandonner, du moins à court terme. L'action doit être multi-niveaux et même si nous voulons switcher vers d'autres secteurs, cela doit se faire sur 10 à 15 ans. In fine, c'est un petit geste symbolique, le vrai truc que nous devons avoir c'est UNE VRAIE VOLONTE POLITIQUE au niveau des élus [émoticône clin d'œil]

Interrogé par BuzzFeed, Selim Ben Hadj Yahia affiche de la consternation, une colère froide :

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Pourquoi on aurait le réflexe de ne plus venir en Tunisie parce qu’un salopard a tiré sur des gens, alors qu’il y a eu des drames similaires, voire plus meurtriers ailleurs, et qu’on ne s’est pas dit "je ne mets plus les pieds à Paris ou à New York" ?

Ces deux dernières années, après la période dite du "Printemps arabe", la Tunisie a connu un nouvel engouement, avec la venue de six millions de touristes alors que le secteur est un enjeu économique important : il représente près de 7% du PIB du pays pour 400 000 emplois, soit 10% de la population active tunisienne. Des évènements culturels comme les Dunes éléctroniques ou Djerbahood ont ainsi pu lui donner une image plus attractive et plus jeune. Les attentats de Sousse comme celui du musée Bardo en mars dernier n'ont pas arrangé la fréquentation de la Tunisie.

Pour autant, il n'est pas nouveau qu'une ville ciblée par des attaques terroristes perde, presque logiquement, des touristes. Après les attentats du 11 septembre, New York avait connu une chute de sa fréquentation des visiteurs internationaux pendant près de trois ans, avant de mieux rebondir et d'atteindre des records en 2010.

Les premiers jours après les attentats à Paris à la mi-janvier, le constat était le même : de nombreux touristes pliaient bagage tandis que le nombre de réservations dans les hôtels diminuait de près de 25%, qu'elles proviennent de visiteurs étrangers comme de Français en provenance de province.

Par Louis Lepron, publié le 30/06/2015

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