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Au Cameroun, WWF accusé de "violations des droits de l'homme" contre les pygmées

Publié le

par Théo Mercadier

(Source : Pygmées Baka, le grand virage / Laurent Maget)

Le fonds mondial pour la nature (WWF) est dans la tourmente depuis que ses écogardes sont accusés d'exactions répétées contre les populations vivant sur ses zones protégées.

Les Baka ne sont plus les bienvenus chez eux. Ce peuple de chasseurs-cueilleurs qui vit depuis des siècles dans les forêts du sud du Cameroun est depuis 2001 la cible des écogardes du WWF. Cette "milice environnementale" s'écarte régulièrement de sa mission initiale et se joint aux "bataillons d'intervention rapide" (BIR) contre le braconnage, employés à la base par le gouvernement camerounais pour mettre un terme aux agissements des braconniers dans les régions de Lobeke, Boumba Beck et Nkié. Ensemble, les deux brigades font vivre un enfer aux Baka, entre suspicions de violences, tortures et humiliations :

"Les écogardes et les soldats du BIR sont arrivés dans la nuit. Ils ont pris trois lances, trois machettes et un couteau puis ils sont entrés dans ma maison et ils ont battu mes enfants. Ils ont pris nos pagnes et les livres d’école de ma fille et les ont brûlés."

"C’était la saison sèche. Ils nous ont demandé de regarder le soleil. Les yeux nous brûlaient mais ils ont dit que si nous ne le faisions pas, ils nous battraient."

"Ils [les écogardes] sont venus à 5 heures du matin. Il pleuvait. Ils ont commencé à me battre et ils m’ont dit que quand ils auraient fini, ils me trancheraient la gorge."

Des témoignages glaçants, relevés par l'ONG britannique Survival International et révélateurs des nombreuses violations des droits de l'homme sans doute commises par les écogardes du WWF dans la région. Survival a donc méticuleusement monté un dossier de 172 pages présenté à l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) afin de porter plainte contre WWF. La plainte a été jugée recevable par l'OCDE, une première dans la mesure où seules des entreprises étaient jusqu'à présent amenées à justifier de leurs pratiques devant cet organisme. Il est donc difficile d'imaginer l'ampleur des sanctions qui pourraient être prises contre l'ONG en cas de condamnation.

(© Pygmées Baka, le grand virage/Laurent Maget)

(© Pygmées Baka, le grand virage/Laurent Maget)

"Colonialisme vert"

Reste encore à expliquer comment des écogardes censés protéger la faune de la région ont pu à ce point s'écarter de leur mission initiale. Les Baka sont un peuple de pygmées chasseurs-cueilleurs qui vit dans des cabanes faites de feuilles et de branchages pour migrer au cours des saisons. Un mode de vie semi-nomade qui ne rentre pas dans le cadre rigide des conventions dictées par WWF. L'ONG est également accusée de ne pas avoir consulté les Baka avant de mettre en place ces réserves sur leurs terres ancestrales.

Ainsi, pour établir ses différentes zones protégées, l'organisme ne prend en compte que les populations sédentaires (habitations en dur, cultures agricoles, etc.), ce qui laisse les Baka dans un flou juridique dangereux. Une classification bancale des modes d'habitats qui pousse aujourd'hui Survival à parler de "colonialisme vert" et qui interroge sur la légitimité du zonage réalisé par l'ONG sans s'inquiéter du sort de certaines populations locales.

Racisme et tourisme déviant

À ce statut non officiel des Baka s'ajoute certainement aussi un racisme primaire et abject des écogardes à l'encontre de ce peuple de pygmées.

Ce n'est pas la première fois que ce peuple est persécuté. Au mois de novembre, on apprenait que le banquier français Benjamin de Rothschild organisait des safaris géants sur leur territoire : pour 55 000 euros, le touriste déviant s'est vu octroyer le droit de tuer un éléphant. Une opération douteuse à l'origine de nombreuses persécutions contre le peuple Baka, prié par la force des armes de quitter les zones de chasse, et qui avait déjà poussé Survival International à tirer la sonnette d'alarme. Le comble ? L'un des participants à ces safaris n'est autre que... le chasseur Peter Flack, sympathisant notoire de l'antenne sud-africaine de WWF.

Face au drame, WWF a déclaré "prendre très au sérieux toute allégation de violations des droits de l’homme", tout en rappelant qu'il œuvre depuis 20 ans pour "obtenir l’amélioration de la reconnaissance et des droits en faveur de la communauté Baka". Avec certains résultats que l'on connaît... 

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