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Des types ont trouvé le moyen d'insulter Trump depuis l'espace

Publié le

par Thibault Prévost

Un collectif d'activistes américains a lancé un ballon météo dans l'espace portant une caméra, un GPS et l'image d'un tweet, disons, critique.

L'espace a cette particularité qu'il éveille généralement, chez le peu d'êtres humains qui ont eu le privilège de le visiter mais aussi chez ceux qui vouent leur vie à l'observer, des élans de lyrisme assez peu courants venant de scientifiques et d'ingénieurs gavés à la rationalité et au sens pratique depuis l'enfance. De l'aphorisme piéton de Neil Armstrong retransmis en mondovision un soir de juillet 1969 à l'injonction colonisatrice de Carl Sagan - "nous avons débuté vagabonds, et restons des vagabonds" -, l'espace a de tout temps été l'endroit de déclarations à portée universelle. Le 12 avril, 56 ans jour pour jour après le décollage de Youri Gagarine, les membres du collectif de scientifiques en colère Autonomous Space Agency Network (ASAN) l'ont à nouveau prouvé en envoyant, depuis l'espace, un message à leur président qui, à n'en pas douter, s'inscrira en lettres d'or dans la grande collection des punchlines intemporelles : "regarde un peu ça, espèce de fils de pute."

Pour mener à bien ce qui est "à [leur] connaissance, la première manifestation politique dans l'espace proche", les membres d'ASAN ont imaginé un système aussi élémentaire qu'ambitieux : un ballon météo de 500 grammes, Aphrodite 1, chargé de trois mètres cube d'hélium, équipé d'un GPS, d'une caméra vidéo et d'un tweet de la fameuse phrase imprimé sur un morceau de plastique. Lorsque le collectif d'ingénieurs a pris la photo qui authentifie sa performance, le ballon s'était hissé jusqu'à 27 kilomètres d'altitude, faisant résonner les mots de l'astronaute Edgar Mitchell :

"Une fois sur la Lune, on a envie d'attraper un politicien par le col, le traîner à un quart de million de miles de chez lui et lui dire 'regarde ça, espèce de fils de pute'".

Des mots puissants, qui résonnent désormais à la fois sur Twitter et dans l'atmosphère terrestre. De là à parler de "première manifestation politique dans l'espace", il y a un pas que le Washington Post ne franchit pas. Car si le ballon et son message se sont élevés à une altitude raisonnable et qu'il n'existe aucune frontière claire entre l'atmosphère terrestre et l'espace, le consensus veut que la limite se trouve autour de la ligne de Karman, à 100 kilomètres d'altitude (en partie parce que 100 kilomètres est un chiffre rond qui passe bien). De même, les astronautes de la Station spatiale internationale ont techniquement la possibilité de voter depuis leur vaisseau, ce qui constituerait le véritable premier acte politique spatial. L'initiative d'ASAN, qui voulait critiquer la révision des budgets de la Nasa par l'administration Trump, n'en reste pas moins respectable. Et à en croire l'un des membres anonymes du groupe, joint par le Washington Post, d'autres actions similaires devraient suivre, marquant la naissance du militantisme spatial. Bienvenue dans le futur des revendications politiques.

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