À Calais, des milliers de mineurs sont livrés à eux-mêmes après le démantèlement de la jungle

Les membres des équipes humanitaires restés sur place appellent la France et le Royaume-Uni à ne pas oublier ces mineurs livrés à eux-mêmes.

Si les médias annoncent depuis mercredi 31 octobre la fin de la "jungle", après le démantèlement du camp de Calais, la réalité est tout autre. Entre 1 300 et 1 600 enfants sont toujours sur place selon un communiqué de l’ONG Human Right Watch. Interviewés par le journal britannique The Independant, des volontaires ont comparé l’atmosphère actuelle qui règne dans la jungle à celle du célèbre roman de William Golding, Sa Majesté des mouches (1954), dans lequel une communauté d'enfants est livrée à elle-même.

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Les témoignages recueillis par le journal et l’ONG concordent. Ils révèlent que ces enfants sont abandonnés à leur sort, alors que les adultes qui veillaient sur eux ont été relocalisés. Michael Garcia Bochenek, conseiller juridique de la division des droits des enfants de Human Right Watch, écrit sur le site de l’ONG :

"Entre 1 300 et 1 600 enfants non accompagnés – originaires pour la plupart d'Afghanistan, du Soudan et d'Érythrée – s’étaient réfugiés dans le camp, dont des centaines étaient admissibles pour un transfert au Royaume-Uni sur la base de liens familiaux. […] Ils étaient censés bénéficier d’une file réservée pour leur permettre de s'inscrire et de recevoir un logement temporaire dans une partie du camp, tandis que le gouvernement français recherchait des solutions à plus long terme.

Mais à la fin de chacun des trois jours d’enregistrement, un grand nombre d'enfants étaient toujours en attente d'être reçus. Mercredi, les autorités ont arrêté l'inscription des enfants vers midi, en indiquant à au moins 150 enfants non-inscrits de revenir au camp. La plupart avaient commencé à faire la queue avant l'aube après avoir été refoulés à la fin de la journée de mardi.

Chaque jour, leur sentiment de sécurité a diminué. Plus de 4 000 adultes ont accepté d’être relocalisés au cours des deux premiers jours, perturbant les structures de soutien social déjà fragiles dans le camp. Comme un bénévole me l'a expliqué : 'Un grand nombre de ces adultes élevaient, de fait, les enfants d'autres personnes et maintenant ces adultes sont partis, laissant les enfants privés du peu de protection dont ils disposaient.'"

Les enfants laissés sans surveillance dorment dans des conteneurs vides près des machines qui déblaient les dernières ruines, ou sous des ponts. Le gouvernement ne fournit plus de nourriture ni d’eau potable.

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Les volontaires humanitaires expliquent que ces enfants, principalement des garçons âgés de 10 à 17 ans, se battent pour survivre dans des conditions inquiétantes, aussi bien d’un point de vue sanitaire que sécuritaire.

Dans cet environnement incertain, il devient difficile de distribuer de l’eau, de la nourriture ou des couvertures aux jeunes. The Independant rapporte que quelques organisations seulement ont réussi à obtenir l’accès à la zone des décombres, entièrement quadrillée, ce qui limite l’aide fournie et aggrave la condition des enfants.

Steve Bedlam, un des volontaires qui a témoigné pour l’article du journal britannique, explique :

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"Les chasses d’eau fonctionnent encore dans les toilettes mais les robinets ont été coupés. Ça a été confirmé par plusieurs enfants. Quand on leur amène de l’eau dans un camion, c’est la folie. Ils se jettent dessus, comme s’ils voulaient attraper six bouteilles chacun.

Quand il y avait encore des centres communautaires, des mosquées, des églises et des écoles, il y avait toutes sortes de gens qui apportaient leur soutien […] Maintenant qu’il n’y a plus personne, ça a doublé notre charge de travail. On n’a jamais autant donné de nourriture. Essayer de fournir trois repas par jour à 1 500 personnes, c’est dur."

Les volontaires encouragent les enfants à rester sur place pour leur propre sécurité, et essayent de veiller sur eux. Mais les gouvernements français et britanniques doivent intervenir, comme le rappelle Michael Garcia Bochenek d’Human Right Watch :

"Cela fait des mois que le gouvernement britannique est au courant que des centaines d'enfants dans les camps étaient probablement admissibles pour un transfert, mais jusqu'à la semaine dernière il avait fait peu d'efforts pour les admettre. […]

Lorsque nous avons rencontré des responsables du ministère de l'Intérieur français en milieu de semaine, […] ils ont déclaré qu'ils prévoyaient des efforts intensifs de sensibilisation tout au long du reste de la semaine afin d’identifier et d’enregistrer tous les enfants non accompagnés restants. En fin de compte, d'autres considérations ont eu la priorité sur les enfants. Par exemple, la préoccupation que prendre plus de temps aurait attiré davantage de migrants à Calais."

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Traduit de l'anglais par Sophie Janinet

Par Lydia Morrish, publié le 01/11/2016

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