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Daphné Bürki, David Pujadas, Patrick Cohen : le grand mercato des journalistes 2017 est lancé

Publié le

par Théo Mercadier

On fait le point sur les plus gros transferts, et sur ce qu’ils disent de notre paysage audiovisuel.

Télé, presse ou radio : aucun média n’échappe à la dure loi de la concurrence. Pour booster leurs audiences, les chaînes et stations s’octroient donc les services des grands noms du paysage audiovisuel français (PAF) à grands coups de carnet de chèques, déclenchant un véritable mercato. Dès lors, la question de l’identité de nos médias se pose : France 5 peut-elle se permettre d’engager un journaliste marqué Canal+ ? Fut un temps où une telle opération aurait été impossible, où on pouvait reconnaître une chaîne rien qu’au ton de son animateur. Mais aujourd’hui, les Yann Barthès et consorts sont devenus des marques à part entière, pouvant passer d’un média à un autre sans compromission, ramenant d’ailleurs souvent leurs propres équipes de production dans leurs valises.

Les nouveaux modes de consommation de l’info y sont pour beaucoup dans cette interchangeabilité des visages et des programmes. Avant, le téléspectateur lambda chopait sa zapette et lançait machinalement sa chaîne favorite, y retrouvant le ton qui lui était cher. Aujourd’hui, à l’heure du replay et de la mosaïque de la TNT, il cible son programme et se fout allègrement de la chaîne qui le diffuse.

Dans ce grand chassé-croisé des talents édition 2017, c’est Europe 1 qui réalise les plus belles opérations. Ses audiences en berne et ses journalistes en rogne ont en effet poussé la station d’Arnaud Lagardère à enchaîner les prises de guerre pour redorer son blason. Première pèche, Patrick Cohen, qui animera la matinale de 7 heures à 10 heures à partir de septembre. Un job qu’il connaît sur le bout des doigts : il l’a assuré pendant sept ans chez France Inter, boostant les audiences de la deuxième radio de France. Mais passer du service public au secteur privé est souvent mal perçu, et son transfert n’a pas manqué de faire jaser certains de ses confrères de la "maison ronde". On retiendra par exemple ce petit bijou de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek, reprenant Là-bas de Goldman à la sauce Patrick Cohen. Collector.

Une question demeure : les auditeurs suivront-ils leur Patrick préféré chez Europe 1 ? Rien n’est moins sûr. France Inter, peu de publicités, c’est un ton bien à gauche, une couleur qui veut encore dire beaucoup pour bon nombre de citoyens, n’en déplaise à Emmanuel Macron. À l’inverse, Europe 1 balance les pubs à la chaîne et se cale sur le côté droit du spectre politique. Ça risque de faire beaucoup pour les pro-Inter, fans de Patoche ou pas. 

Autre prise de guerre d’Europe 1, Daphné Bürki. Après avoir cartonné à la tête de La Nouvelle Édition sur Canal+ puis C8, elle rejoint donc les grilles de la station pour la rentrée 2017-2018. La direction n’a pour l’instant pas souhaiter communiquer sur le créneau qui lui sera réservé, mais elle devrait a priori animer une quotidienne en matinée. À suivre.

Chaises musicales

Le mercato, c’est aussi des transferts dans l’ombre, mais non moins importants. Alors que les stars du PAF sont la part visible de l’iceberg, les changements de direction initient des mouvements de fonds et des changements de lignes parfois radicaux. Toujours chez Europe 1 (puisqu’on vous dit qu’ils ont mis le paquet !) on notera l’arrivée d’Emmanuel Perreau et Frédéric Schlesinger, deux anciens directeurs de France Inter : c’est en grande partie à eux qu’on doit la grille de programmes de la radio publique qui fait aujourd’hui fureur et explose les scores d’audience. Une expertise qui vaut de l’or et qu’Arnaud Lagardère compte bien exploiter à fond pour relancer sa radio à la dérive. On s’étonnera au passage qu’aucune clause de non-concurrence ne régisse ce genre de transferts et que deux mecs puissent aller dynamiser les audiences de l’ennemi grâce à un savoir-faire acquis après des années de boulot dans leur maison mère.

Et la télé dans tout ça ? On a tout dit, tout écrit sur le sujet, mais si jamais vous étiez en hibernation durant tout le mois dernier sachez que David Pujadas n’anime plus le 20 heures de France 2 et sera remplacé par Anne-Sophie Lapix à la rentrée prochaine. Après 16 ans de loyaux services à la tête du JT, David Pujadas irait assurer la tranche 18 heures-20 heures chez LCI, où il a déjà hanté les couloirs entre 1994 et 2001. Un retour aux sources qui devrait éjecter l’un des autres grands noms du PAF officiant à cette tranche, Yves Calvi, qui n’aura réalisé qu’une maigre saison sur la chaîne d’infos du groupe TF1. Calvi, ou la preuve par l’exemple qu’un grand nom ne ramène pas forcément avec lui ses audiences lorsqu’il change de chaîne : le public de sa précédente émission, C dans l’air sur France 5, ne l’a pas suivi chez la concurrence. Il ira donc voir si l’herbe est plus verte du côté de Canal+.

Et en vrac :

  • Fanny Agostini, figure bien connue de BFM pour y avoir présenté la météo pendant six ans. Elle prendra la saison prochaine les commandes de Thalassa sur France 3, le rédacteur en chef étant apparemment conquis par son profil : "C’est une journaliste, une véritable spécialiste du climat engagée de façon positive : elle sait tout de la biodiversité marine ! Et c’est une fan de l’émission, qu’elle connaît presque par cœur", s’est ainsi réjoui Erik Berg, le rédacteur en chef du magazine.
  • Natacha Polony, exclue de chez Europe 1. La chroniqueuse aux cheveux orange n’assurera plus sa revue de presse quotidienne sur la station. Certains y voient un choix politique, d’autres le symptôme d’une volonté de changement. "Je suis surprise d’avoir reçu ce courrier. Je m’explique difficilement cette décision", a-t-elle déploré, d’autant que son émission Polonium a elle aussi été supprimée de Paris Première. Du coup, Natacha Polony cherche du taf, et pourrait aller voir du côté de Thierry Ardisson sur C8.
  • Enora Malagré qui quitte TPMP, elle y aura quand même tenu 7 ans, chapeau bas. Dans une interview à Pure Médias, elle explique que c’est la séquence homophobe qui a fait déborder le vase : "Ce canular était une erreur, collective, il fallait en tirer les conséquences". Bon vent.

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