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Buenos Aires : un demi-million de "foulards blancs" contre l’allègement de peine d’un tortionnaire de la dictature

Publié le

par Astrid Van Laer

Mercredi 3 mai, la Cour suprême argentine a réduit la peine de prison d’un ancien tortionnaire de la dictature. Le 10 mai, 500 000 Argentins ont défilé dans les rues afin de manifester leur opposition à cette décision de justice.

Mercredi 10 mai, un demi-million d’Argentins ont manifesté dans les rues de la capitale, Buenos Aires. La raison de cette gigantesque protestation provient de la décision de la Cour suprême, survenue une semaine plus tôt, d’alléger la peine de prison d’un ancien tortionnaire de l’époque de la dictature, Luis Muiña. Ce dernier avait été condamné à treize ans de prison pour enlèvement et torture d’opposants.

Symboliquement, les manifestants arboraient des foulards blancs, en référence aux Grands-mères de la place de Mai, une association, comme l’explique France Info, qui regroupe les femmes dont les enfants ont disparu entre 1976 et 1983. En mars 1976, un coup d’État militaire a eu lieu en Argentine et a donné lieu à une dictature très répressive et sanglante, qui dura sept ans, jusqu’en 1983.

Comme le rapporte Le Parisien, à l’annonce du verdict, deux autres bourreaux ont demandé la même réduction de peine que Luis Muiña, provoquant un tollé général. Dans la foulée, un tribunal fédéral a jugé cette décision "inconstitutionnelle". Puis, dans la journée, une loi fut votée afin d’empêcher à l’avenir toute réduction de peine pour les auteurs de crimes contre l’humanité.

Contacté par Konbini, Emiliano, un jeune argentin de 26 ans, a néanmoins nuancé cette vision de la journée d’hier. Ce dernier nous a expliqué que selon lui, au-delà des thématiques fortes dont était emprunte la journée d’hier, comme la dictature, les enlèvements, l’opposition politique et la justice, il s’agirait également de questions politiciennes très actuelles, qui prendraient selon lui malheureusement le pas sur le point de départ de cette manifestation et mettent au jour un pays fracturé en deux :

"Bien que je pense qu’il s’agit d’un sujet très important, je n’ai pas pris part aux manifestations d’hier car ici, on en a tous les jours. Parfois, j’ai l’impression qu’on ne sait même plus contre quoi l’on proteste, c’est devenu une habitude.

Hier, comme à chaque fois, cette manifestation a trouvé une tonalité très politique. De nombreuses personnes semblent s’y rendre uniquement car ils sont affiliés à des partis politiques opposés à celui du président, Mauricio Macri, et que c’est une bonne occasion de s’opposer à lui.

L’essence même de la marche était vraiment une cause juste, mais malheureusement je crois que beaucoup de gens n’étaient pas là pour protester contre ce problème-ci."

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