La Gendarmerie veut brouiller les réseaux sociaux et intercepter des SMS dans les manifs

Dans un rapport parlementaire, le numéro 1 de la gendarmerie nationale préconise le brouillage des réseaux sociaux et l'interception de SMS, notamment dans le contexte des ZAD.

La gendarmerie veut se doter d'un autre attirail que celui de la force contre les manifestants : celui de la censure de ses moyens de communication (Crédits image : Frog and Onion)

La gendarmerie veut se doter d'un autre attirail que celui de la force contre les manifestants : celui de la censure et de l'interception de certains moyens de communication (Crédits image : Frog and Onion)

Le 26 octobre 2014, Rémi Fraisse décédait de l'explosion d'une grenade offensive lancée par la gendarmerie, lors d'affrontements entre des manifestants opposés à l'édification du barrage de Sivens et les militaires. Par conséquent, une commission d'enquête a été chargée "d’établir un état des lieux et de faire des propositions en matière de missions et de modalités du maintien de l’ordre républicain", soit d'examiner les réponses des autorités dans le cadre de manifestations et d'établissement de Zones à Défendre (ZAD).

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Dans une partie du rapport intitulée "Les conditions des troubles à l'ordre public ont évolué", le texte rapporté par Pascal Popelin note l'importance d'Internet, des réseaux sociaux et des téléphones portables, moyens de communication qui donnent une longueur d'avance aux manifestants. Longuement interrogé dans le rapport, le général Denis Favier, directeur général de la Gendarmerie nationale, corrobore cet aveu de faiblesse : "Nous ne sommes pas assez performants pour tout ce qui concerne les réseaux sociaux", constate-t-il en page 282 du rapport.

Il poursuit :

Un travail colossal reste à mener dans l’exploitation des métadonnées pour développer une analyse prédictive des situations d’ordre public – il s’agirait d’examiner les situations avec la plus grande exactitude possible pour mieux dimensionner le nombre de forces engagées. [...]

À l’occasion de manifestations, on observe que, par le biais de Twitter, de textos, des consignes de déplacement de tel point à tel autre sont données et les forces de l’ordre en sont réduites à suivre plus qu’à anticiper. De ce fait, les réactions ne sont pas forcément élaborées tactiquement au point qu’il arrive que des unités se dispersent et perdent leur force opérationnelle – point de départ de situations susceptibles de dégénérer.

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C'est alors qu'il lance "l'idée", dont il admet qu'elle "peut choquer". D'ailleurs, il y met toutes les précautions possibles :

L’idée peut choquer mais il faudra examiner les conditions permettant, en situation dégradée, d’être plus contraignants sur les réseaux sociaux, d’examiner, sous le contrôle de l’autorité judiciaire et des autorités administratives, la question du brouillage et celle de l’interception de certains textos.

"Beaucoup d'informations"

Comme le note Numérama, Jérôme Léonnet, chef du Service central du renseignement territorial (SCRT), note pour sa part que son service tente déjà par "les moyens du milieu ouvert" de récolter des informations sur les manifestants : grâce aux "logiciels dont se servent les entreprises [pour] identifier, par des mots-clés ou des scénarios, des mots d’ordre ou des réactions" sur les réseaux sociaux, le SCRT peut ainsi "glaner beaucoup d'informations sur les ZAD" – tout en se défendant d'utiliser des "moyens particuliers qui seront offerts prochainement aux services de renseignement du premier cercle", conséquence de la Loi renseignement.

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À lire : Thomas Watanabe-Vermorel : “La loi sur le renseignement relève du totalitarisme”

Selon la Gendarmerie, rattraper le retard sur les manœuvres des zadistes passerait donc par un brouillage des réseaux sociaux et l'interception de certains SMS. Les moyens pratiques de ces ambitions n'ont pour autant pas encore été révélés, que ce soit pour empêcher l'accès aux réseaux sociaux ou l'interception a priori sélective de certains textos. Monsieur Noël Mamère, président de la commission, s'est opposé aux conclusions de ce rapport.

En 2010, c'étaient les appels à manifester sur Facebook que le gouvernement voulait censurer, jugeant que ces volontés de rassemblement contournaient la procédure légale de déclaration préalable.

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Par Théo Chapuis, publié le 02/06/2015

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