#BringBackOurGirls : six mois plus tard, le mouvement continue au Nigeria

Il y a six mois, des lycéennes nigérianes étaient enlevées par les fanatiques de Boko Haram, entraînant une déferlante de réactions grâce au hashtag #BringBackOurGirls. Aujourd'hui, le mouvement continue sur place mais semble s'essouffler à l'international.

Manifestation du mouvement Bring Back Our Girls à Lagos, Nigeria, le 5 mai. (AP Photo/ Sunday Alamba)

Manifestation du mouvement Bring Back Our Girls à Lagos au Nigeria, le 5 mai. (AP Photo/ Sunday Alamba)

Le 14 avril 2014, 276 adolescentes d'une école de Chibok, dans le nord-est du Nigeria, étaient kidnappées par les terroristes de Boko Haram. Quelques semaines plus tard, Aboubakar Shekau, le chef du groupe islamiste, expliquait dans une vidéo qu'il souhaitait les vendre comme esclaves ou les marier de force et proposait de libérer les jeunes femmes en échange de la libération des prisonniers de son mouvement détenus par le gouvernement.

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Une seconde vidéo ne tarde pas à être diffusée. Cette fois-ci, on y voit une centaine de jeunes filles voilées réciter une prière collective. L'objectif du groupe islamiste – dont le nom signifierait "L'éducation occidentale est un péché" – est ainsi confirmé : ses membres veulent appliquer strictement la charia dans un pays qui comprend autant de chrétiens que de musulmans.

Bring Back Our Girls, une indignation internationale éphémère ?

L'indignation est internationale et, rapidement, le mouvement Bring Back Our Girls – "Ramenez-nous nos filles" – devient viral sur les réseaux sociaux.

Des personnalités comme Michelle Obama, Le pape François, Puff Daddy, le récent Prix Nobel de la Paix Malala Yousafzai ou encore des personnalités françaises comme Valérie Trierweiler, Carla Bruni, Léa Seydoux, Christiane Taubira montrent alors leur soutien aux familles.

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Michelle Obama soutient le mouvement Bring back our girls.

Michelle Obama soutient le mouvement Bring back our girls.

Depuis cet élan d'indignation, plusieurs jeunes filles ont réussi à s'échapper mais 219 sont toujours entre les mains des ravisseurs. Pourtant, on n'en entend presque plus parler. Indifférence ou impuissance ? La question est posée par l'ex-première dame de France et par plusieurs internautes qui regrettent que le mouvement "ne soit plus tendance".

Dans la même lignée, Pierre Servent, spécialiste des questions de défense, dénonçait déjà, dans une interview accordée à La Croix en juillet dernier, le côté "éphémère" et "artificiel"  pour ne pas dire l'hypocrisie du mouvement au niveau international.

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Les personnes qui se sont mobilisées ne se sont jamais préoccupées auparavant, ni du Nigeria, ni des autres pays africains comme le Sud-Soudan où il y a des viols, des massacres, des enlèvements tous les jours.

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Sur place, le mouvement continue

Au Nigeria, les membres de Bring Back Our Girls et les familles des victimes ont continué à se réunir de façon régulière à Abuja, capitale du pays. Lundi 13 octobre, 219 bougies étaient allumées pour rappeler que 219 jeunes filles sont encore séquestrées tandis que le lendemain, une marche était organisée jusqu'à la résidence du président Goodluck Jonathan, dans l'espoir qu'une audience leur soit accordée.

Ils souhaitent ainsi pointer du doigt la passivité des autorités nigérianes au même titre que le désintérêt de la communauté internationale car, si plusieurs pays dont la France, les États-Unis ou encore le Royaume-Uni avaient annoncé l'envoi d'une équipe spécialisée pour aider le gouvernement, les résultats ne sont pour l'instant pas concluants.

Ainsi, dans une lettre ouverte publiée dans The Independent et relayée en France par Courrier International, treize experts britanniques appellent le Royaume-Uni à jouer un rôle clé pour combattre l'organisation islamiste.

De nombreuses filles ont été torturées, violées et mariées de force avec leurs ravisseurs. Certaines rêvaient de devenir enseignantes, médecins, ou infirmières. D’autres voulaient devenir ingénieurs, pilotes ou scientifiques. Elles représentaient l’avenir du Nigeria. C’est pour cela que leur sort revêt une telle importance.

Avant de rappeler la dangerosité de Boko Haram, groupe soutenu par l'État Islamique, et qui ne cesse de s'étendre à travers le pays. "Il faut les arrêter", concluent-ils. Alors, faudra-t-il encore six mois lorsque l'on "fêtera" les un an de captivité de ces jeunes femmes pour qu'on s'y intéresse de nouveau ? On espère que non.

Par Anaïs Chatellier, publié le 15/10/2014

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