Bonne ou mauvaise nouvelle ? Vous allez voir moins de news sur Facebook

Les posts des professionnels devraient, à terme, se faire damer le pion par les nouvelles de vos amis.

(© Facebook)

Cela faisait longtemps que Facebook n’avait pas fait d’annonce aussi pimentée concernant le devenir de ses recettes algorithmiques bien secrètes.

Dans un communiqué de presse du 11 janvier reprenant un post de Mark Zuckerberg, l’entreprise annonce un changement qui bousculera l’affichage des murs de ses deux milliards d’utilisateurs : les nouvelles des "amis" prendront le dessus sur les "contenus publics" (que nous appellerons "news" pour faire plus court).

Mark Zuckerberg explique, non sans manichéisme, ce qui distingue un message d’un ami d’une news :

"Des études ont démontré que lorsque nous utilisons les réseaux sociaux pour nous connecter avec des gens qui comptent pour nous, cela contribue à notre bien-être. On peut se sentir plus connecté, moins seul : sur le long terme, cela renforce le bonheur et la santé.

D’un autre côté, il s’avère que lire des articles ou regarder des vidéos, qu’ils soient divertissants ou informatifs, serait beaucoup moins bénéfique."

Le communiqué de presse ajoute quelques précisions :

"Les pages qui feront des posts suscitant peu de réactions ou de commentaires connaîtront les plus fortes baisses d’affichage. Les pages qui déclencheront des conversations entre amis seront moins affectées."

Les changements auront lieu dans les mois à venir. À terme, Zuckerberg espère que le temps passé sur son réseau se transforme en "time well spent" ("temps bien employé" en VF), concept en vogue et crucial, déjà mentionné dans ses bonnes résolutions pour l’année 2018.

Avec ce recentrage autour de son fond de commerce originel (rapprocher les gens), Facebook espère enrayer trois critiques liées à sa mutation en réseau social incontournable : la progression des fake news, l’ingérence des États dans la vie politique (on pense notamment à la Russie pendant les élections américaines), et l’obsession délibérée de faire rester les utilisateurs le plus longtemps possible pour booster les recettes publicitaires.

La nouvelle est tombée comme un coup de massue chez les professionnels : pléthore sont les commerces, marques et médias – Konbini ne dérogeant pas à la règle — pour qui Facebook est un outil de prédilection permettant de toucher leurs audiences. Pour nombre d’entre eux, si la donne change vraiment, il faudra s’adapter.

Concernant la presse, certaines rédactions accusent le coup avec sérénité. En témoigne, par exemple, la réaction du site américain Motherboad :

"Pour le moment, Facebook est une source de trafic majeure pour Motherboard (c’est aussi le cas pour de nombreux éditeurs de presse). À court terme, ce revirement de Facebook va certainement nous faire du mal.

Nous avons découpé nos documentaires long format en vidéos de deux minutes pour Facebook, nous avons fait des live sur Facebook et nous avons payé Facebook pour que nos fans voient tout ça. […]

Mais, avec le temps, nous nous sommes rendu compte que nos articles les plus populaires sont ceux sur lesquels nous passons le plus de temps, ceux que vous ne trouverez pas ailleurs, peu importe que vous arriviez de Facebook ou d’ailleurs […]."

Enfin, il convient de se méfier des bonnes intentions des grandes annonces. La rubrique Pixels du Monde rappelle que Facebook avait déjà fait une annonce similaire en juin 2016 : "Un changement qui a eu un impact pour les pages professionnelles mais qui n’a nullement entravé les critiques sur le caractère addictif de Facebook."

Par Pierre Schneidermann, publié le 12/01/2018